Dossier spécial

L’éolien au Québec : une cage à homards

Par Jean-Francois Vallée le 2024/02
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Dossier spécial

L’éolien au Québec : une cage à homards

Par Jean-Francois Vallée le 2024/02

En mars 2021, le journaliste Rémy Bourdillon produisait pour Le Mouton Noir un dossier Web étoffé sur les parcs éoliens en construction dans l’est du Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie1. En amorce à ces articles réunis sous le titre « Au Royaume du vent », notre journaliste affirmait que, déjà, ces mastodontes étaient devenus une composante indissociable du paysage du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Nous étions alors à l’aube de la création de l’Alliance de l’énergie de l’Est, une créature réunissant désormais les MRC de Montmagny jusqu’aux îles de la Madeleine dans un partenariat dit « égalitaire » 50/50 entre des promoteurs privés et les communautés locales. Ce type d’entente a prévalu pour le parc Nicolas-Riou, fort de 68 éoliennes semées dans le secteur de Lac-Boisbouscache, au sud de Saint-Mathieu-de-Rioux.

Des partenariats comme ceux de l’Alliance peuvent réjouir si on se rappelle qu’en 2007, un collectif d’auteurs avait dénoncé la privatisation presque totale de cette énergie renouvelable au profit d’entreprises étrangères. Les textes colligés par Roméo Bouchard dans Pour qui souffle le vent (Écosociété) mettaient le doigt sur le bobo : pourquoi enlaidir nos paysages et artificialiser des pans entiers de notre territoire sauvage au profit d’étrangers? Il urgeait alors de permettre aux municipalités d’engranger une plus grande part des profits de leurs gisements éoliens. Mais le modèle de l’Alliance est-il le meilleur? Aujourd’hui, de plus en plus d’élus comme de citoyens en doutent.

Le Mouton Noir tient à revenir sur ces enjeux parce que de nouveaux parcs éoliens envahiront bientôt l’ouest du Bas-Saint-Laurent, autant dans la MRC du Kamouraska, du Témiscouata que de Rivière-du-Loup. Saint-Antonin, Pohénégamook, Saint-Elzéar-de-Témiscouata et le territoire non organisé de Picard, au sud de Saint-Alexandre-de-Kamouraska, sont notamment dans la mire de Boralex.

On comprendra qu’au-delà des alléchantes redevances, plusieurs « mais » demeurent et laissent souvent aux élus comme aux citoyens l’impression d’être piégés dans une cage à homards. Doit-on absolument développer tout le potentiel éolien de nos régions, déjà développé au point où le réseau d’Hydro-Québec du BSL est saturé? Doit-on consentir à altérer une part considérable de nos paysages pour engranger des profits, même s’ils font saliver les MRC comme les communautés locales? Plus largement, à l’ère de l’anthropocène, doit-on contribuer à renforcer l’empreinte humaine sur la nature, dans un monde qui la confine, la morcelle et la détruit sans pitié?

Bien des gens ont une opinion sur la question.

L’incontournable Roméo Bouchard, d’abord, qui dit avoir déchanté devant le modèle éolien privé/public choisi par le gouvernement et Hydro-Québec, qu’il qualifie « ni plus ni moins de trahison et de fraude scandaleuses ». Tout aussi indigné, l’ancien maire d’Amqui, Gaétan Ruest, croit que le vent est un bien commun, comme l’eau, qu’il ne faut pas le privatiser, même partiellement. « Que viennent faire des compagnies privées Invenergy (Matapédia) et Énergie de France (Madawaska) dans cette galère, alors qu’Hydro-Québec pourrait faire le travail? Il faut développer de vraies alliances locales et communautaires », lance-t-il au cours d’une conversation. [NL1] [JV2] [NL3] 

Rachel Fahlman, fondatrice du mouvement« Vent d’élus », réclame quant à elle une véritable consultation publique sur la transition énergétique du Québec et appelle à la résistance pour que le vent demeure une ressource entièrement publique et au service des Québécois.

Sylvain Pillenière, conseiller municipal de Lotbinière, présente les convictions qui rassemblent les militants du regroupement « Vent d’élus », qui dénoncent à la fois « l’empressement des promoteurs privés et des MRC à concrétiser ces projets et plusieurs manquements aux principes démocratiques, comme la transparence, l’impartialité et la participation citoyenne ». Ses membres sont indignés par le fait qu’on a tout misé sur l’éolien sans réel débat de société, et que les élus sont sommés de se transformer en promoteurs.

Maxime Laplante, agronome et producteur biologique de Lotbinière et cofondateur de l’Union paysanne, aborde le manque de transparence des séances de consultation menées dans sa région et les divisions locales que créent ces projets.

Jean-Pierre Ducruc, ex-conseiller municipal de Sainte-Croix (Lotbinière), agriculteur et membre de Vent d’élus croit « que les Québécois veulent avoir leur mot à dire sur tout projet qui a un impact direct sur leur milieu de vie ». Et c’est sans compter que « l’éolien va coûter cher aux citoyens du Québec, car son développement est financé par l’État ».

Pierre-Emmanuel Picard, du groupe français « Vent des maires », traite de la motivation des fondateurs de ce groupe et du contexte de l’éolien et des énergies renouvelables en France.

Enfin, Richard Langelier, fondateur du groupe « Sortir le Québec des énergies fossiles », dit que s’il urge de trouver des sources d’énergie alternatives, il ne faut pas le faire n’importe comment.

Alors, bonne lecture des différentes pales de ce dossier étoffé!

1. Rémy Bourdillon, « Quelles sont les retombées des parcs éoliens? », Le Mouton Noir, mars 2021, https://www.moutonnoir.com/2021/03/quelles-sont-les-retombees-des-parcs-eoliens/


 [NL1]Cette citation n’est pas dans le texte de Ruest

 [JV2]C’est le fruit d’une conversation téléphonique avec lui. Si ça ne convient pas, on pourrait citer ceci : « Cessons de faire l’autruche, et admettons que les vrais gagnants de ce modèle d’affaires sont les promoteurs,les développeurs, les opérateurs, les turbiniers et les banquiers ». Il se dit persuadé de l’importance de nationaliser ce secteur et de le confier à H-Q.

 [NL3]ok

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