Actualité

Beaucoup de sport

Par Mathieu Perchat le 2024/02
Image
Actualité

Beaucoup de sport

Par Mathieu Perchat le 2024/02

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le 6 février 2024, la ville de Rimouski a dévoilé son Plan d’Action 2024. Les prochains projets que la ville souhaite réaliser ont été révélés. Par exemple, la nouvelle planification stratégique Rimouski2023, la refonte du Plan d’urbanisme, la favorisation de projets destinés à la création de logements, l’amélioration du Colisée Financière Sun Life en vue de jeux sportifs en 2025, ou encore la réalisation d’un inventaire communautaire des gaz à effet de serre.

Ce qui ressortait de la présentation était à la fois un travail sur la relation avec la population, un désir de rendre possible des projets immobiliser d’émerger, tenter de se diriger vers des projets écologiques en favorisant le transport collectif et actif, mais aussi d’investir dans les complexes et installations sportives.

C’est sur ce dernier point que nous allons nous concentrer, car les complexes sportifs sont revenus plusieurs fois durant la séance d’information, surtout par les investissements qu’ils demandent ( plus de 30 millions pour un des complexes sportifs).

La place du sport en ville semble alors importante pour qu’une ville mobilise autant de ressource dans une ère de crise climatique et sociale.

Le sport dans la ville

Si le sport prend une telle place dans la société, c’est en raison de sa capacité à rassembler grâce au symbolisme qu’il véhicule, de grands investissements se dirigent alors vers ce secteur.

Mais le sport offre aussi la possibilité pour la population de s’approprier la ville, en le pratiquant dans les espaces publics ou semi-publics. Ce qui entraine également la rencontre avec d’autres personnes, qui elles, pratiquent leurs propres activités sportives, entrainant une négociation de l’espace qui tend à l’harmonie par l’agencement préalable de l’espace.

L’espace urbain est lui-même parfois transformé pour qu’il puisse accueillir des activités sportives, comme le Red Bull Crashed Ice qui transforme les rues du Vieux-Québec en patinoire.

Or, avec notre espace urbain actuel, surtout dédié à la consommation, à « l’affrontement implicite ou explicite des goûts » (Le Bel, 2012), le sport et sa pratique redonnent une liberté à cet espace partagé. Mais cette liberté redonnée se fait au prix d’une lutte entre projets sportifs, décisions publiques, population et promoteurs.

Le sport et les investissements

Cependant, les villes tendent à circonscrire l’activité sportive à des espaces dédiés, devenant un secteur à investissement. De tels complexes deviennent également les lieux dédiés à accueillir de méga-évènements sportifs, comme les jeux du Québec à Rimouski. Pour justifier la mobilisation de ressources, la santé physique et le sentiment d’appartenance sont souvent mobilisés, et donc instrumentalisés. Car autrement, comment justifier l’utilisation de plusieurs millions dans ce secteur, au lieu de les employer pour transformer l’espace urbain afin de le rendre cohérent avec le réchauffement climatique.

Pour les municipalités, investir dans ces structures leur permettent de mettre en valeur l’image de leur ville, cela pour attirer davantage de tourisme et d’investisseurs. C’est très clairement ce qui a été déclaré durant le Plan d’action 2024 avec l’impact des jeux : plus de tourisme, de nouveaux investisseurs, l’image de la ville grandie auprès des autres municipalités, ce qui lui a valu de tenir de nouveaux jeux sportifs en 2025. Cependant, et comme nous l’avons suggéré, « cela implique des choix difficiles dans les priorités budgétaires et, ultimement, sociales » (Le Bel, 2012).

Ce type de sport est alors très restrictif, et brime au contraire la capacité de la population à faire corps avec la ville par la pratique sportive.

Le vélo, le jogging, la marche, et d’autres sports de ce type devraient au contraire bénéficier de plus important investissement au détriment de complexes servant de vitrines pour tourisme et investisseurs. Ainsi, imposer sa présence par une pratique sportive dans la ville revient à prendre une position politique, que ce soit par le vélo ou par le hockey sur glace.

« En somme, dans un univers où l’individu bataille sans cesse, le sport et la façon dont on le pratique sont plus que du loisir : c’est une prise de position » (Le Bel, 2012).

Pierre-Mathieu Le Bel, « Le sport en ville. Pour une appropriation citoyenne », À Babord !, no. 45, été 2012.

Partager l'article