Dossier spécial

En France, un collectif d’élus contre l’implantation abusive et autoritaire des éoliennes

Par Pierre-Emmanuel Picard le 2024/02
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Dossier spécial

En France, un collectif d’élus contre l’implantation abusive et autoritaire des éoliennes

Par Pierre-Emmanuel Picard le 2024/02

Le problème de l’éolien concerne toute la planète. C’est une question mondiale. Confrontés à des projets d’éoliennes qu’ils ont combattus et qu’ils continuent de combattre, des groupes se sont formés. Il y a Vent des maires en France, Vent d’élus au Canada et probablement des mouvements comparables dans d’autres pays.

Vent des maires est une initiative de deux maires ruraux français, Brigitte Pistre et Michel Couder ainsi que de Pierre-Emmanuel Picard, rejoints rapidement par Eric Houdas, conseiller municipal.

Pourquoi lutter contre l’éolien?

La première raison concerne l’utilité des éoliennes pour fournir de l’électricité et lutter contre le réchauffement climatique. La situation de la France est très spécifique puisque 70 % de l’électricité est produite par les centrales nucléaires. Dans ce contexte, beaucoup de gens s’opposent aux énergies renouvelables intermittentes (EnRi, qui incluent les éoliennes et les panneaux solaires), car ils jugent ces types d’énergie quasiment inutiles. Pourquoi en effet dépenser de l’argent pour des EnRi qui vont nécessiter un « backup » comme disent les Français, alors que nos centrales nucléaires peuvent fonctionner toute l’année, en émettant très peu de carbone et en étant pilotables? Cette première motivation a été à la base de nombreuses associations anti-éoliennes, notamment des associations pronucléaires. Bien sûr, les plans d’investissements en EnRi se sont accélérés après l’accident de Fukushima, et en raison de la pression de nos voisins européens et de tous les lobbies et les organisations antinucléaires qui ont beaucoup d’intérêt à l’être.

La seconde motivation concerne la façon dont les projets éoliens sont développés chez nous. Comme l’énergie est d’intérêt national, il a été décidé que leur mise en œuvre serait facilitée et qu’elle ne nécessiterait pas de permis de construction. De fait, le préfet départemental est habilité à donner toutes les autorisations nécessaires dès qu’un promoteur éolien lui soumet un projet. Les habitants des communes, les maires et les élus municipaux n’ont quasiment aucun droit. Les éoliennes peuvent être construites à 500 m des maisons, et par une dérogation légale le bruit qu’elles peuvent émettre peut être supérieur au bruit maximal autorisé pour les autres activités. C’est la principale raison de la création de Vent des maires : « Face à l’éolien, il faut que la parole des maires soit entendue et respectée. » Nous voulons que le droit et la réglementation régissant l’implantation des éoliennes respectent le droit et la réglementation générale.

Depuis le début de l’année 2023, une première reconnaissance du rôle des élus locaux a été établie, puisqu’il leur est demandé de dresser les cartes favorables ou défavorables à l’éolien, commune par commune. Mais ce n’est qu’un tout petit début, car les zones favorables ou non sont soumises à l’approbation du préfet, et quelle que soit la zone, le préfet peut autoriser ou interdire un projet. En France on aime tout ce qui est complexe, surtout quand cela permet au pouvoir central de faire ce dont il a envie.

Redonner la parole aux maires

Vent des maires est un collectif. Les candidats membres y adhèrent librement et simplement. À ce jour, 523 maires s’y sont joints, 283 conseillers municipaux, une cinquantaine de parlementaires (députés et sénateurs), des associations, des citoyens. On compte en tout plus de 1 000 adhérents, ce qui en fait une force respectable en France, et en tout cas unique.

Vent des maires soutient des manifestations locales et régionales, a un site Internet, est présent sur les réseaux sociaux, diffuse de l’information pour faire le point sur telle ou telle mesure, apporter son point de vue et son conseil.

Notre objectif est toujours le même : replacer le processus d’implantation des éoliennes dans le champ de la démocratie locale, ce processus d’implantation étant essentiellement régi par le juridique. En France, si vous vous opposez à un projet, la plupart du temps il faudra l’attaquer en justice ; même si le droit est régulièrement restreint par les gouvernements successifs. La route est donc longue.

Fort heureusement, il y a une prise de conscience sur la véritable nature des éoliennes et celle des énergies renouvelables, c’est-à-dire une prise de conscience vraiment écologique : quand on transforme l’environnement avec des éoliennes, il faut voir tous les impacts – positifs et négatifs – sur la faune et sur la flore, sur les paysages et sur les monuments, sur les ouvriers qui vont extraire les matières premières puis les transformer, et d’abord, et en priorité, il faut voir les impacts sur la vie des habitants locaux qui vont être directement concernés par les éoliennes. Avoir une vision locale et globale, rationnelle et scientifique, décider de façon démocratique des projets de transformation, n’est-ce pas cela l’écologie ?

Réalistes, pleins d’espoir, nous sommes déterminés à continuer le combat

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