Actualité

La faim justifie les moyens

Par Robins des ruelles le 2025/12
Image
Actualité

La faim justifie les moyens

Par Robins des ruelles le 2025/12

Nous sommes les Robins des Ruelles. Lundi soir, nous avons volé pour
3000$ de denrées alimentaires au Métro de la rue Laurier à Montréal, une
chaîne d’épicerie ayant enregistré plus d’un milliard de dollars de
profit pour l’année 2025. Nous avons déposé les aliments sous un sapin à
la Place Valois dans Hochelaga-Maisonneuve.

Nous avons frappé là, mais ça aurait pu être ailleurs.Bien sûr, ce Métro
est réputé comme étant « le plus cher de l’île », bien sûr les gardiens
y battent au besoin les clients, bien sûr à l’époque cette succursale
n’a pas hésité à évincer des locataires pour s’installer dans le
quartier. Mais nous aurions pu choisir une autre cible, vous en
choisirez d’autres. Nous savons que nous ne sommes pas seuls. N’importe
qui peut s’organiser et devenir un Robin des ruelles. Ce geste était
avant tout une invitation.

Le président de Métro, Éric Laflèche, s’octroie un salaire avec prime
avoisinant les 6,1 millions de dollars, tandis que ses employés sont
payés au salaire minimum pour surveiller d’autres pauvres scanner leurs
articles. Il faut se l’avouer, les caisses en libre-service apparues
dans les dernières années n’ont rien de libre. Clôturées, gardées et
surveillées par une employée, des gardes de sécurité et des caméras dans
tous les angles, difficile de faire plus étouffant. L’alarme rouge de la
caisse se déclenche au moindre poids inexact sur la balance. Mais qu’en
est-il du poids de la faim ?

Ce mois-ci, nous avons vu des personnes pleurer à l’épicerie et arrondir
leurs fins de mois avec de la nourriture en cannes ; une aînée voler du
thon au Dollorama ; au pied d’une personne menottée devant un Maxi,un
sandwich préparé en guise de preuve. Les Robins des Ruelles sont à
l’image de tous ces gens, pris dans un système qui profite de leurs
ventres vides. Un système qui nous rappelle à tous les repas qu’il faut
travailler pour vivre. Nous n’avalons rien de cela, c’est en autre chose
que nous croyons.

Êtes vous aussi fatigués que nous ? Nous sommes tannés de travailler
jusqu’à l’épuisement seulement pour avoir de la misère à payer nos
factures et notre panier d’épicerie.  Nous ne voulons pas seulement
survivre, nous voulons vivre. Et de cette vie, nous espérons bien plus.
Comprenez bien, pas plus d’heures de travail, plus de factures à payer.
La réponse ne se trouve certainement pas dans l’effort palliatif des
banques alimentaires et encore moins dans les différentes réformes qui
ne font que faire tenir ce système un peu mieux. Elle se trouve d’abord
dans notre refus.

Nous répondons donc à l’appel des Soulèvements du Fleuve à riposter.
Tant que le profit de quelques-uns primera, nous mangerons mal et trop
peu, et n’aurons plus de toit sur nos têtes. Se défaire de l’emprise du
marché sur notre subsistance, voilà notre horizon politique. Se défaire
du monde de l’économie qui régit nos vies et de la confiance en « nos »
institutions dont nous n’attendons plus rien. Donnons-nous les moyens de
nos ambitions : exproprions les chaînes d’épiceries, créons des cuisines
collectives, changeons les parkings en grands potagers, les champs de
monoculture en garde-manger collectif. Ce monde ne leur appartient pas.

Notre horizon doit se lier au tapage de nos pas fermes qui descendent
dans la rue. Le prix du pain augmente et l’histoire se répète. Ceux qui
espèrent n’entendre dans le présent que le silence de la paix sociale
doivent se préparer à être déçus. L’avenir appartient à ceux qui se
soulèvent. Nous ne resterons pas affamés bien longtemps.

Solidairement

Partager l'article