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IA – Tremblez! C’est le temps des dindes!

Par Eric Normand le 2025/12
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IA – Tremblez! C’est le temps des dindes!

Par Eric Normand le 2025/12

Certaines grandes œuvres littéraires font œuvre de contes, d’allégories éthiques qui accompagnent le narratif de l’humanité, la prévenant du danger de la tentation faustienne, comme du ridicule combat de moulins à vent. Frankenstein est l’une d’elles. Qui ne connaît pas l’histoire de ce docteur qui, voulant mettre ensemble « toutes les meilleurs ti-bouttes », a créé un monstre.

Pourtant.

C’est ce que nous propose l’IA en 2025 : mettre les meilleurs ti-bouttes ensemble.

En quelques années, l’intelligence artificielle a pris une place énorme dans nos vies, mettant à mal la construction du langage dans notre symbolisation sociale.

Sans vergogne, nous jugeons que la rédaction est un travail ingrat, comme de pelleter le charbon, et que mieux vaut laisser la machine s’en charger. Facile. Il suffit de faire des moyennes et de mettre tout ça ensemble. Ça fait tout.

Et voilà que l’IA est partout. On s’en sert pour faire nos courses ou des recherches scientifiques, pour préparer un voyage, faire une demande de subvention, écrire un cv… avec les doigts dans les trous de pied.

On lâche prise sur la posture énonciative, on met au neutre, on ne choisit pas les « mots qui sonnent », on laisse la machine dire machine.

Bien sûr, il y a du positif dans ce que peut nous amener l’intelligence artificielle si nous la mettons au profit de l’équité et si elle peut travailler pour nous. Mais il me semble qu’il faut la regarder en face et tenter d’observer comment l’IA modifie nos façons de symboliser et s’intègre dans la manière selon laquelle nous nous nommons.

Après tout. Il ne faudrait pas trop lui faire confiance.

Bien qu’elle ait potentiellement accès à une masse d’information, l’IA a tendance à inventer des choses, des sources. (C’est peut-être parce qu’elle a longtemps travaillé dans la police !) Une récente expérience d’une université américaine montrait que, sur des questions scientifiques, parfois jusqu’à 70 % des sources citées étaient fictives.

Quand je lui demande comment ça s’explique, elle me renvoie à des articles scientifiques.

J’ai moi-même été berné par la suggestion de promenade que mon chat Gépété me proposait à Bruxelles : entre ateliers d’artistes, friperies chics et disquaires. C’était trop beau pour être vrai.

Savoir / plaire

Derrière son apparente connaissance de son savoir encyclopédique, l’IA veut te plaire et se transforme au gré des discussions. De prime abord, elle te flagorne : « Quelle bonne idée, humain! », elle veut te mettre en confiance. Et pour la première fois, je comprends le sentiment du chien qu’on tente de dresser…

Impressionné, tu lui poses les questions qui te traversent, tu crées des images avec elle, en toute complicité. Elle calcule. Plus vous échangez, mieux elle te connaît; tu as droit à un discours adapté pour client-type, l’IA amie du woke, un brin rebelle ou l’IA amie du gars de la nouvelle nouvelle droite qui sait de mieux en mieux le réconforter dans ses valeurs de marde. Bon calcul!

Calcul mental

Pour écrire une phrase simple, l’IA dépense une grande quantité d’énergie. Chaque mot de la réponse est le résultat d’un calcul probabiliste complexe. L’IA prédit le mot le plus probable pour suivre le mot précédent en se basant sur les modèles appris. Ce processus est répété jusqu’à ce que la réponse soit complète.

C’est un peu comme si, pour faire un pas, il vous faudrait l’énergie équivalente à 100 km de voiture. Si on calcule un peu, on se rend compte que nous avons négligé l’empreinte négative de l’IA avant de nous en servir à qui mieux mieux.

Il y a quelques semaines, j’entendais deux jeunes dire : « Je suis moins éco-anxieux depuis que Mark Carney est au pouvoir, parce qu’il ne parle pas d’écologie. » J’imagine que ça adonne bien que la montée en force de l’IA arrive en même temps que ce gros mouvement de droite populiste. Ça doit bien aller, les conservateurs ne parlent pas d’écologie.

Si, il y a dix ans, on parlait de réduire massivement le nombre de voitures, l’Angleterre prévoit aujourd’hui une hausse de 500 % en dix ans de la demande énergétique pour alimenter les « data centers » dédiés à l’IA. Une production énergétique qui utilise une grande quantité d’eau en plus de générer une augmentation importante des émissions de CO2.

Et pendant que quelques artistes wokes se privent de voyager par conscience écologique, une étude de l’Université de Massachusetts montre que le processus de formation de certains modèles d’IA peut émettre près de 626 000 kg de CO2, ce qui équivaut à près de 125 voyages aller-retour entre New York et Pékin en avion. Dans sa carte blanche pour La Presse, l’auteur Stéphane Dompierre suggerait que « l’IA est un homme blanc médiocre ». Et ben, vous savez quoi ? Il roule en Hummer.

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