
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local
Investir dans la culture de l’automobile revient à investir dans la précarité. Le pont de l’A20 au Bas-Saint-Laurent, dont la construction s’élève à 29,3 millions de dollars, en est un exemple frappant. Ce montant pourrait pourtant être alloué à la création d’un réseau de transport collectif plus inclusif et efficace, réduisant ainsi le trafic et les inégalités sociales. L’absence d’un tel réseau accentue les disparités, notamment celles liées au genre, dans la mobilité quotidienne.
Le genre, un facteur clé de la mobilité
En effet, la mobilité n’est pas qu’une question de moyens de transport, c’est aussi une question d’équité. Le genre joue un rôle déterminant dans la capacité de se déplacer. Les jeunes parents, particulièrement les mères, voient leur mobilité considérablement réduite dès l’arrivée des enfants. Cet impact se répercute directement sur leur vie professionnelle et personnelle, limitant les déplacements qu’elles peuvent effectuer en une journée.
Malgré leur intégration au marché du travail, les femmes continuent de porter une charge disproportionnée de travail domestique. En moyenne, les hommes canadiens réalisent 37 % moins de tâches domestiques, ce qui contraint les femmes à consacrer plus de temps à des déplacements non rémunérés. Elles effectuent des trajets 20 % plus courts que les hommes, mais avec davantage d’arrêts, pour assumer des responsabilités comme conduire les enfants à l’école ou effectuer des courses. Cette complexité dans leur chaîne de déplacements restreint leurs opportunités professionnelles et amplifie leur précarité.
La mobilité et ses conséquences socioéconomiques
Les inégalités de mobilité entraînent des conséquences profondes, en particulier pour les mères monoparentales, responsables de 75,1 % des familles de ce type. Dépendantes des transports collectifs souvent inadaptés, elles subissent des contraintes qui les forcent à accepter des emplois à temps partiel, plus proches de leur domicile. En 2023, les femmes sont encore dix fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel en raison de leurs responsabilités familiales.
Cette réalité limite leur mobilité professionnelle et constitue un frein majeur à l’égalité des sexes. Les services de transport collectif, souvent conçus sans prendre en compte les besoins spécifiques des femmes, aggravent cette situation. Les horaires et les trajets sont rarement compatibles avec des chaînes de déplacement complexes comprenant plusieurs arrêts.
Une solution : des transports collectifs adaptés
L’amélioration des services de transport en commun représente une voie prometteuse pour réduire les inégalités de genre et soutenir la transition écologique. Adapter ces services aux besoins des femmes et des familles, en augmentant la fréquence des passages, en élargissant les plages horaires et en desservant davantage la périphérie, permettrait de répondre aux contraintes de mobilité domestique.
De plus, la surreprésentation des hommes dans les instances de décision, notamment au ministère des Transports, oriente encore les politiques publiques vers l’électrification des voitures, négligeant le développement des transports collectifs. Une plus grande présence des femmes dans ces lieux de pouvoir pourrait rééquilibrer les priorités, au bénéfice d’une société plus équitable et durable.
Vers une mobilité juste et inclusive
Réinvestir les sommes destinées à des infrastructures favorisant l’automobile, comme le pont de l’A20, dans un réseau de transport collectif ambitieux aurait des impacts multiples : réduction du trafic, amélioration de la qualité de vie et diminution des inégalités. Ce choix stratégique serait non seulement un pas vers l’égalité entre les sexes, mais également un levier pour une transition écologique inclusive et équitable.


