
L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local
La science, souvent perçue comme une entité homogène et indiscutable, repose en réalité sur une multitude de communautés qui décrivent le réel à travers des méthodes collectives. Cette spécificité confère au savoir scientifique une légitimité fondée sur l’évaluation par les pairs et la vérification expérimentale ou logique. Toutefois, ces savoirs, souvent produits en silo, restent circonscrits à des domaines de validité précis, ce qui complexifie leur intégration dans le processus décisionnel politique.
L’assemblée populaire de Rimouski qui a eu lieu le dimanche 23 février est un exercice concret de réintroduction et d’appropriation des savoirs scientifiques par la population. Cet événement vise à s’approprier ces savoirs, les extraire des silos et de les intégrer activement dans leurs réflexions et actions collectives.
La science face à la société et à la politique
Les savoirs scientifiques ne sont ni neutres ni autosuffisants. Ils sont certes indispensables pour décrire des phénomènes, mais ne peuvent être la seule voix dans le débat public. Comme l’affirmait Max Weber, « ce n’est pas au savant de dire le bien et le juste ». Dès lors, la reconnaissance publique des discours scientifiques passe par un travail de légitimation démocratique des institutions scientifiques. Celles-ci doivent s’ouvrir à la société pour débattre des enjeux scientifiques et participer à la résolution des problèmes publics.
L’expérience sociétale constitue un test pour la fonction sociale des savoirs scientifiques. Ceux-ci doivent être évalués, transformés et adaptés en fonction des besoins sociaux. Ainsi, la production scientifique peut s’ancrer dans une culture démocratique et surtout participative capable d’affronter les enjeux sociétaux majeurs, qu’ils soient écologiques, sociétales ou éthiques.
Articuler les savoirs pour mieux comprendre et agir
Réintégrer les savoirs scientifiques dans la société implique de repenser leur production. Il est essentiel de les articuler avec d’autres formes de savoirs – théologiques, politiques, pratiques – qui possèdent leurs propres référentiels. Comprendre et se comprendre pour agir nécessite donc de reconnaître la pluralité des modes d’élaboration des savoirs et de favoriser leur mise en dialogue.
Oser la « friction des savoirs », c’est faire le pari de la démocratie. Ce pari engage chaque communauté à rendre compte de sa perspective et à la rendre accessible aux autres. En retour, la démocratie confère à tous une responsabilité majeure : celle de produire un savoir commun, fruit de la reconnaissance et de l’interaction entre des savoirs individuels et collectifs différenciés.
Vers une co-construction des savoirs
Les processus de co-construction des savoirs peuvent être vus comme une forme d’émancipation des praticiens et praticiennes. Ils permettent d’éviter la marginalisation de certains savoirs et favorisent une approche plus inclusive et participative. Cette dynamique est essentielle pour une société plus démocratique, où les savoirs scientifiques ne sont pas simplement imposés, mais partagés et discutés.
En somme, réintégrer les savoirs scientifiques dans la société suppose de réinterroger leur place et leur mode de diffusion. Seule une démarche démocratique, ouverte et participative, permettra de faire de la science un outil véritablement utile au bien commun.
Source :
Fontenaille, Raphaëlle., et al. « Démocratie. La place des savoirs ». Revue Projet, 2024/6 n° 403, 2024. p.59-62. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-projet-2024-6-page-59?lang=fr.


