Actualité

Le vent, une ressource (in)finie ?

Par Mathieu Perchat le 2024/06
Image
Actualité

Le vent, une ressource (in)finie ?

Par Mathieu Perchat le 2024/06

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le 10 juin à 19 h, à l’Hôtel Levesque de Rivière-du-Loup a eu lieu la 1re partie de l’audience publique du BAPE sur le projet de parc éolien Pohénégamook – Picard – Saint-Antonin – Wolastokuk. Cette audience avait comme objectif de permettre à la population de s’informer du projet et de pouvoir poser des questions. Au regard du déroulement de l’audience et de la grande quantité de questions, l’organisme a décidé d’ajouter deux audiences supplémentaires.

En effet, ce projet soulève beaucoup d’interrogations étant donnée sa nature invasive. Il consiste à implanter jusqu’à 80 éoliennes d’une hauteur maximale d’environ 200 m pour une capacité de production maximale de 480 MW. Ce projet éolien est le fruit de l’association entre Énergies renouvelables Invenergy Canada (Invenergy) et l’Alliance de l’Est. Le projet éolien se divise en trois phases distinctes : la construction, l’exploitation et la fermeture. L’étude d’impact couvrira ces trois phases.

Le début de la construction aurait lieu après l’obtention du décret gouvernemental et de l’émission des autorisations ministérielles, soit vers le mois d’août 2024. La mise en service est prévue en décembre 2026.

L’implantation des éoliennes se fera principalement en milieu forestier, sur des terres publiques appartenant aux MRC de Kamouraska, de Témiscouata et de Rivière-du-Loup. La superficie occupée s’élèvera à 35 845 ha. Cette implantation comprend la totalité des infrastructures, comme les réseaux de chemins, les réseaux collecteurs souterrains et les postes de raccordements au réseau d’Hydro-Québec.

Les limites de l’éolien

Bien que l’énergie éolienne soit qualifiée d’énergie verte, elle n’est pas sans incidence sur l’environnement et s’ajoute à la liste des perturbations anthropiques des milieux naturels. Cette forme de développement peut être à l’origine de la mortalité d’individus de différentes espèces fauniques, principalement des oiseaux et des chauves-souris.

En conséquence, les éoliennes ne sont pas sans conséquence pour les écosystèmes. Elles entrainent la destruction, l’attraction et la peur de toute une partie des espèces.

De plus, la production massive d’énergie renouvelable contribue à maintenir la croissance continue. Une transition écologique ne passe pas vers une augmentation de la production d’électricité pour remplacer les énergies fossiles, mais par une diminution de la demande en énergie.

Sans oublier que la construction de parcs éoliens dépend en effet de matières premières dont l’extraction demeure polluante et énergivore. Le déploiement massif de parcs éoliens accentue une dépendance aux matières premières, notamment métalliques. Ce mode de production nous place dans une situation de dépendance envers l’industrie la plus polluante.

De ce fait, les énergies renouvelables comme celles produites par les parcs éoliens ne sont qu’un verdissement de systèmes productifs. En effet, l’exploitation du vent et de l’espace affecte profondément les territoires dédiés à ces activités.

Transformer le vent en ressource implique donc de déployer de multiples activités sociotechniques : travail d’exploration, d’évaluation, calculs économiques pour déterminer les seuils de rentabilité et les modèles d’exploitation adaptés.

En résumé, « les transformations qui accompagnent les injonctions à la « transition énergétique », comme la multiplication des parcs éoliens, contribuent à la pérennisation du mode de production capitaliste et les rapports d’exploitation» (Doris, Patinaux, 2023).

Buu-Sao Doris, et Leny Patinaux. « Les inerties de la transition : la reproduction des paysages capitalistes en Europe, des mines de cuivre aux éoliennes », Politix, vol. 144, no. 4, 2023, pp. 99-123.

Partager l'article