Actualité

Préserver la presse locale

Par Mathieu Perchat le 2024/05
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Préserver la presse locale

Par Mathieu Perchat le 2024/05

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

L’information véhiculée actuellement par les médias les plus courants est conformiste, redondante, trop institutionnelle et souvent sans plus-value. Les médias se veulent et doivent être factuel, sans considérer le biais qui leur permet de décrire ces faits. L’information est alors low cost, « produite par des journalistes précarisés, alimentée par des dépêches reproduites à l’infini » (Bonnet, 2024). Mais si les médias sont autant low cost, c’est en raison de leur dépendance aux investisseurs publicitaire et au gouvernement : on ne peut mordre la main qui nous nourrit.

L’un des modes informatifs qui pourraient proposer des informations comportant une vraie plus-value serait celui des médias locaux. Or, ils sont souvent dévastés et dépendant des services de communication des collectivités locales. C’est pour cette raison qu’ils sont si peu nombreux dans nos régions. Par exemple, les émissions de Télé-Sourire à Petite-Vallée et Télé-Soleil à Saint-Maxime-du-Mont-Louis avaient perdu leur diffuseur en mars 2024. Cependant Télus est prêt à leur proposer une chaîne de diffusion.

Depuis le XIXe siècle, les journaux locaux vivaient grâce aux revenus publicitaires ce qui permettait un prix de vente accessible. Or, depuis les années 2000 ayant connues l’arrivée des médias sociaux et des sites gratuits, les journaux locaux vivent une forte pression (Sonnac, 2024).

Pour pallier ces entraves, des médias locaux se tournent vers d’autres méthodes de financement : abonnements, dons, achats à l’article, systèmes mixtes ou publicité (Bonnet, 2024).

Le numérique

Les médias locaux utilisent également la distribution numérique, leur assurant une indépendance envers les services de communication des collectivités locales. En effet, ces derniers ont vu leur point de diffusion papier diminuer grandement, dont s’ajoute une augmentation des coûts de distribution, représentant jusqu’à 40 % du prix de vente. « La chute de la diffusion de la presse papier et la baisse du lectorat constituent la seconde conséquence : les annonceurs se déplacent massivement vers le numérique » (Sonnac, 2024).

Pourtant, c’est là se rendre dépendant du référencement des moteurs de recherche et les réseaux sociaux.

Les médias locaux deviennent alors otage des plateformes et des GAFAM. Et plus particulièrement de Google (et sa maison mère Alphabet) et Facebook (Meta) (Ballarini, Tredan, 2024). Ces derniers ont massivement investi dans les industries médiatiques et culturelles, occupant maintenant une position hégémonique. « Facebook est la première plateforme d’accès à l’information, YouTube, la première interface audiovisuelle des moins de 30 ans et Amazon, la plus grande bibliothèque au monde » (Sonnac, 2024). L’accessibilité et la distribution de l’information est alors maitrisée par les GAFAM.

Par exemple, ces plateformes imposent certaines normes d’écriture, mais aussi exigent implicitement d’avoir dans son équipe de rédaction des spécialistes du référencement. Plus particulièrement, Meta et ses algorithmes de recommandation forment une véritable réorientation du travail journalistique, en mettant en avant certaines thématiques jugées plus populaires que d’autres. Et cela sans considération de la qualité éditoriale des productions (Ballarini, Tredan, 2024).

« Les sites plus sérieux n’échappent pas à cette course de vitesse qui structure depuis toujours l’actualité chaude, traitée par des forçats de l’info chargés de « bâtonner » des dépêches d’agence au plus vite afin de bénéficier du meilleur référencement, surfer sur d’éphémères buzz » (Ballarini, Tredan, 2024).

Un système qui tend à faire vivre dignement ces médias locaux, c’est un système qui permet la transmission d’une information qui représente son territoire, mais aussi qui offre des points de vue différents sur les faits. Ce qui est essentiel pour préserver une démocratie saine.

Les médias locaux devraient alors exploiter au maximum leur avantage : la proximité avec la population locale. Ce qui demande une implication dans la communauté, une capacité à transmettre la voix de chaque partie pour rendre possible un dialogue. Le territoire local est tellement vivant et impact significativement la vie des populations. La connaissance des évènements par une fenêtre médiatique de qualité est essentielle pour convenablement véritablement habiter son territoire.

Ballarini, Loïc, et Olivier Tredan. « Liaisons dangereuses », Revue Projet, vol. 398, no. 1, 2024, pp. 20-24.

Bonnet, François. « Expansion en milieu hostile », Revue Projet, vol. 398, no. 1, 2024, pp. 56-60.

Finez, Ludovic. « Journaliste. Un métier à reconquérir », Revue Projet, vol. 398, no. 1, 2024, pp. 64-67.

Sonnac, Nathalie. « Quand les géants font les empires », Revue Projet, vol. 398, no. 1, 2024, pp. 44-49.

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