Actualité

L’ambiance sensorielle de l’espace urbain

Par Mathieu Perchat le 2024/05
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L’ambiance sensorielle de l’espace urbain

Par Mathieu Perchat le 2024/05

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le samedi 11 mai, la ville de Rimouski a organisé un atelier de formation sensoriel de l’espace urbain destinée à toute la population. Il consiste à percevoir autrement le territoire grâce à la mise en avant des sensations vécues lors d’une déambulation guidée. Accompagné d’un urbaniste de l’équipe municipale, le groupe a parcouru le chemin allant du sentier du Littoral jusqu’au centre-ville. L’objectif de cet atelier est de récolter le ressenti de la population sur cette portion de territoire.

L’étude de l’ambiance en urbanisme

Ce que la ville réalise ici, c’est une étude de l’ambiance, concept principalement utilisé en architecture, représentant l’expérience d’un espace habité (Chelkoff, 2008, p. 6). Il permet de mesurer l’affection que produit un lieu sur les personnes qui le fréquentent pour résoudre des problématiques (comme la nuisance sonore) ou atteindre des objectifs (comme l’attractivité d’un lieu).

L’urbanisme a également intégré ce concept pour prendre en compte la dimension qualitative des espaces urbanisées[1]. Ce type de dimension contient les sensations, les émotions et les perceptions ressenties à l’égard d’un espace urbain. Cette intégration a comme but de « mettre en valeur l’expérience vécue par l’entremise de chacun des cinq sens dans nos villes constituées de bruits, de matières, de couleurs et d’odeurs » (Thibaud, Balez, Boyer, Couic, Fiori, et al., 1998, p. 77).

Au quotidien, nous faisons toutes et tous expérience des lieux que l’on traverse et dans lesquels nous vivons. Seulement, notre concentration cible bien d’autres éléments, malgré l’impact significatif qu’ont ces lieux sur nous. La méthode des parcours commentés qu’applique la ville a été approuvée depuis plusieurs années dans les travaux de recherche traitant des ambiances urbaines (Thibaud, Balez, Boyer, Couic, Fiori, et al., 1998, p. 79).

La méthode des « parcours commentés »

L’objectif de cette méthode est de comprendre les ambiances que construisent les lieux grâce à une démarche in situ (en situation) en accordant une importance essentielle aux ressentis. Ils sont examinés grâce à des comptes-rendus de perception en mouvement remplis au fur-et-à mesure de la déambulation guidée.

La redondance et la récurrence de certains ressentis permettent t’attester l’influence réelle d’une ambiance d’un lieu ; « par ce premier corpus, on rend compte à la fois de ce qui est perçu et des manières de percevoir in situ » (Thibaud, Balez, Boyer, Couic, Fiori, et al., 1998, p. 78).

Dans le déroulement de la méthode des « parcours commentés », ces informations sensorielles sont ensuite mises à l’épreuve par un second retour sur les sites. Cela pour but de « préciser les conditions d’apparition des phénomènes perçus à travers des observations » (Thibaud, Balez, Boyer, Couic, Fiori, et al., 1998, p. 78).

Quelques problèmes

L’étude de l’ambiance par la méthode des « parcours commentés » tient compte de trois types de problème liés à l’étude de l’ambiance :

L’ambiance d’un lieu se constitue d’une pluralité d’éléments de différentes natures. Cette pluralité s’exprime chez les habitants et habitantes par la stimulation de plusieurs sens par lieu. Ce qui cause la prise en compte d’une pluralité de disciplines (l’étude des sons, étude psychologique, etc.). Ces deux éléments composent la complexité des ambiances.

Le second problème est lié à l’objectivité ou subjectivité de l’ambiance. Comment une telle étude réalisée par la méthode des « parcours commentés », se composant de ressentis subjectifs, peut-elle être objective ? En réalité, l’objectivité et la subjectivité sont remplacé par une autre compréhension. Elle consiste à construire une objectivité par l’« objectivation des données de terrain issues de différentes approches disciplinaires » (Thibaud, Balez, Boyer, Couic, Fiori, et al., 1998, p. 77). Pour faire simple, les différentes disciplines utilisées amènent une compréhension unifiée, qui fonde l’objectivité de la méthode.

Le dernier problème réfère à la modification de l’ambiance par l’usage d’un lieu que peut en faire certaines populations. Par exemple, un parc pour enfant qui est investie par des sportifs entraine un changement radical de l’ambiance souhaité à l’origine du projet. Ce qui pourrait altérer l’efficacité de la méthode des « parcours commentés ».

Ainsi, l’utilisation de cette méthode se fait en prenant en compte ces difficultés.

La méthode des « parcours commentés » est alors adaptée à saisir les ambiances urbaines vécues par la population dans le quotidien. Le fait que la ville de Rimouski utilise cette méthode démontre une préoccupation du vécu de sa population.

La ville de Rimouski va pouvoir alors porter un regard critique sur les aménagements et les qualités de vie des lieux pour les rendre plus propices à l’émergence de pratiques durables. Par exemple, favoriser la mobilité durable en rendant les lieux agréables à la marche.

Jean-Paul Thibaud, Suzel Balez, Nicolas Boyer, Marie-Christine Couic, Sandra Fiori, et al. ,« Comment observer une ambiance ? » Les Cahiers de la recherche architecturale / Les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine, Paris : Ed. du patrimoine, 1998, Ambiances architecturales et urbaines (n°42-43), p. 77-90.

Grégoire Chelkoff, « Expérimenter l’ambiance par l’architecture », Ambiances [En ligne], 4  2018, mis en ligne le 05 décembre 2018, consulté le 13 janvier 2020.

https://rimouski.ca/rubrique/activites-durbanisme-sensoriel

[1] L’architecture n’équivaut pas à l’urbanisme. Très simplement, le premier renvoie à une réalisation artistique, alors que l’urbanisme traduit l’aménagement d’un territoire. La différence réside dans l’intensification de ces deux propriétés

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