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Je slame, tu slames, nous slamons

Par Mathieu Perchat le 2024/05
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Je slame, tu slames, nous slamons

Par Mathieu Perchat le 2024/05

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Ce soir se tiendra à 20h au Musée du Bas-Saint-Laurent de Rivière-du-Loup une soirée slam. Les slameuses et slameurs clameront leur texte au milieu de deux expositions de photographies. L’une d’elles est le fruit d’Alice Boutten et Sandrine Vachon, intitulée « Le bal de la cité », et la seconde est proposée par Catherine Arsenault nommée « La fabuleuse trajectoire de Madame Elsie ». Cette union porte comme objectif de faire apprécier différents styles artistiques au public en même temps.

Le slam en tant que forme d’expression artistique commence à monter en popularité dans la région, démontrant son importance et, surtout, sa nécessité.

Qu’est-ce que c’est ?

En effet, par les caractéristiques propres au slam, cette forme de poésie offre l’opportunité d’évoquer avec force des mots dans le but de heurter le public. Le slam, provient de l’anglais « to slam » signifiant « claquer » (Mazars, 2014, p. 771). De ce fait, il est tout indiqué pour dénoncer des injustices, partager de forts vécus (positifs comme négatifs) ou encore évoquer une histoire absurde à travers un personnage.

Il se décline sous la forme d’un poème lu à haute voix sur scène face à un public, sans musique ni accessoire, ne devant pas dépasser 3 minutes. La limitation temporelle permet d’éviter que des personnes occupent la scène interminablement (ce qui arrive quand même). Une dimension compétitive caractérise cette forme d’expression et est présente depuis le départ. Le public joue le rôle de jury qui va noter le Slam présenté. La dimension compétitive permet de stimuler la performance scénique. Le Slam a alors la particularité de présenter tout un ensemble de règles (Lempen, 2016, p. 115). 

Contenant et contenu : l’indéterminé

Ces règles sont loin d’être une limitation, elles permettent au contraire d’ouvrir la créativité et la liberté des Slameuses et Slameurs. Toute personne peut proposer son texte. Il n’y a aucune limite d’âge, de genre, d’origine et de milieux. Tout le monde peut monter sur scène pour partager un écrit.

Le lien entre le slam et l’expression de forts ressentis est inhérent au nom slam et à son histoire. Mais il ne se limite pas à dénoncer. Il permet l’exploration de la langue, de l’écriture et des réactions que le public peut avoir. La scène devient aussi un espace pour jouer et expérimenter, en un mot, pour créer.

La déclamation publique est alors une composante essentielle du slam, autant que l’écriture du texte. La forme de ce dernier peut arborer n’importe quel style, allant du récit conté, à un poème scandé, jusqu’à un jeu du corps avec très peu de texte. La seule prérogative, c’est la logique du partage. Le texte peut être aussi bien autobiographique, soulevant des vécus lourds et douloureux, de la fiction ou un propos engagé. 

L’autre aspect important du slam déjà évoqué réside dans l’interprétation corporelle du texte. Il n’y a pas que la voix et les mots, mais aussi le corps qui ponctuent le poème clamé : « le slam se situe à la croisée de l’acte et de la pensée, du corps et du langage » (Lempen, 2016, p. 120).

Une atmosphère bienveillante caractérise les évènements de slam, à la fois par l’esprit de partage, mais aussi par la potentielle double posture entre performeur.euse et public : chaque personne dans la salle est éventuellement une slameuse ou un slameur (Lempen, 2016, p. 116). Ainsi, le slam est un art de la joute poétique qui actualise une démocratie par et pour la population (Peillon, 2007, p. 177).

Lempen, Olivia. « Les écrits en scène. Le slam, au carrefour du corps et du langage », Cliniques, vol. 12, no. 2, 2016, pp. 112-126.

Mazars, Christine, « Le champ de la voix dans le « slam poésie » », Adolescence, vol. 324, no. 4, 2014, p. 771-786.

Peillon, Catherine, « Slam, un art poétique », La pensée de midi, vol. 20, no. 1, 2007, p. 176-181.

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