Actualité

Un boulevard pour l’industrie ou une ville durable

Par Mathieu Perchat le 2024/04
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Un boulevard pour l’industrie ou une ville durable

Par Mathieu Perchat le 2024/04

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Pour revitaliser son côté Est, la ville de Rimouski prévoit d’acheter une quinzaine de terrains. Ce projet vise la construction d’une voie d’accès pour que le quartier industriel rejoigne le port. Un projet de décontamination de la zone pour permettre l’émergence de logements est également prévu. La zone résidentielle en bordure de cette nouvelle avenue devrait bénéficier d’une zone tampon constituée d’arbres ou autres végétaux.

Cependant, est ce qu’une revitalisation passe par la construction d’un boulevard à camions ? La décontamination est pourtant une bonne chose. En connaissant une crise du logement et de mains d’œuvres, investir autant de fonds publics pour construire une route et satisfaire aux industriels ne semble pas le choix de vitalisation le plus judicieux. Ce type de projet se place dans une conception de la ville qui semble appartenir à une autre époque. Une telle vision ne remet pas en question le rôle de la ville dans un contexte de crise climatique.

Pour qu’une ville puisse jouer son rôle de lieux de connectivité[1], de créativité et d’innovations, elle devrait se repenser à travers la durabilité. Une ville est confrontée à un ensemble de changements profonds, autant économiques, sociaux, et climatiques, qui demandent à être pris en compte dans l’exemple de Rimouski.

Pour qu’une ville soit durable, donc qui répond aux mutations actuelles et à venir, elle doit tenir compte des limites écologiques de la planète, et permettre à toustes un accès aux services essentiels.

Une autre économie

Pour qu’une ville deviennent durable, donc favorable à l’épanouissement humain et environnemental, il est nécessaire de repenser la manière dont son aménagement est réalisé et « revisiter les schémas de penser » (Lipovac, Boutonné, 2019, p. 5).

Un projet politique doit alors permettre de repenser et guider les stratégies d’aménagement et de développement urbain, « mais aussi l’ensemble des politiques d’une collectivité locale : éducation, formation, et en particulier l’économie et l’emploi » (Lipovac, Boutonné, 2019, p. 5). Cela commence par réinterroger l’approche économique de la ville, en mettant un accent sur l’économie de la fonctionnalité.

L’économie de la fonctionnalité se caractérise par un développement des ressources immatérielles, comme les compétences, l’expertise, la confiance, etc., au lieu de se centrer sur le flux de matière. Cela entraine une réduction de l’utilisation de ressources matérielles.

Ensuite, l’économie de la fonctionnalité se centre surtout sur les bénéficiaires ou les usagers. En d’autres termes, ce n’est pas la valeur d’échange qui compte, comme une vente de produit ou de service, mais plutôt la valeur d’usage. Cette valeur revient à se demander si un service est utilisé, de quelle façon, etc.

Et pour finir elle se caractérise par un ancrage les solutions dans un territoire afin de rendre la ville durable.

En d’autres termes, l’économie de la fonctionnalité pense conjointement l’accès et l’usage, le bien et le service, et non uniquement l’achat. Cette position permet de se centrer sur la qualité de vie, le cadre de vie, et le bien-être dans leur ensemble.

En conclusion

La ville durable pensée par l’économie de la fonctionnalité offre une « meilleure adéquation entre les solutions offertes par les entreprises et les évolutions des modes de vie » (Lipovac, Boutonné, 2019, p. 8). Les bâtiments et entreprises seront «sur-mesure», donc en cohérences avec les besoins et pratiques des occupants (habitants, entreprises, visiteurs…) actuels, mais aussi futurs.

D’où l’importance d’ancrer chaque élément de la ville dans son territoire, incluant ses défis, limites et forces. « Malgré la grande diversité des publics, (collectivités, aménageurs, promoteurs, entreprises, société civile, chercheurs) et des cultures professionnelles, il émerge une certaine prise de conscience partagée des enjeux relatifs à la ville durable » (Lipovac, Boutonné, 2019, p. 9).

Jean-Christophe Lipovac et Antoine Boutonné, « Villes durables : leviers de nouveaux modèles économiques et de développement? », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 5, n°1 | Février 2014, mis en ligne le 04 février 2014, consulté le 30 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/developpementdurable/10221 ; DOI : 10.4000/developpementdurable.10221


[1] Qui ne passe pas par la construction de routes qui favorisent au contraire la séparation des lieux sur lesquelles elle passe.

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