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L’auto : moins cher que le bus !

Par Mathieu Perchat le 2024/04
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L’auto : moins cher que le bus !

Par Mathieu Perchat le 2024/04

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Les 14 et 15 mars, les 77 chauffeurs d’autobus d’Orléans Express se sont prononcés pour une grève illimité.. Les revendications concernaient surtout les avantages sociaux ainsi que les salaires. Cependant, quelques jours plus tard, une entente est intervenue entre le syndicat et l’administration .Toutefois, les ententes sont restées secrètes.

Ce que cette confrontation nous explique implicitement, c’est la nécessité de préserver ce moyen de transport encore très fragile, surtout laissé dans les mains du privé. Car le transport par autocar reste l’un des modes de transport le plus avantageux pour la collectivité en termes de mobilité. En effet, l’amélioration du transport sur un territoire donné n’est pas corrélée à l’augmentation du nombre d’infrastructures de transport (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 123), comme le laisse penser le projet de l’A20 entre Rimouski et Mont-Joli.

Pour optimiser les infrastructures de transport, il est nécessaire de prendre en compte le coût en km parcourus, incluant les coûts cachés. Voici un exemple de coûts cachés : les déplacements en autos produisent de la pollution et de la nuisance sonore, ce qui augmentent les soins en santé, les infrastructures pour réduire ces nuisances, etc. Quant au coût visible, il fluctue en fonction des périodes de temps et dans des territoires définis. Par exemple, « la congestion entrainant une hausse de la pollution, des retards générés, du bruit » (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 123).

La variabilité (comme la congestion) dans l’utilisation des modes de transport traduit, c’est l’utilisation d’un mode de transport. Plus de dernier est utilisé, plus il est efficace et rentable jusqu’à une certaine limite que l’utilisation. En effet, l’utilisation peut se transformer en une sur-utilisation, faisant chuter l’efficacité du transport.

En d’autres termes, « la surrentabilisation des infrastructures de transport par les mobilités amène une contre-productivité immédiate de la mobilité et de sa durabilité sur le long terme » (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 123). Ainsi, une surutilisation d’un mode de transport entraine une grande perte d’efficacité en termes de coût (incluant l’usage) : « la surfréquentation crée des externalités négatives contreproductives » (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 123).

Le plus utilisé est celui de la voiture individuelle, au point de tomber au-delà de la limite de l’efficacité. Ce mode de transport est alors surutilisé. Étudions alors ce qu’il coute vraiment par rapport à d’autres modes de transports, l’impact de la surutilisation en s’appuyant sur une étude réalisée dans la ville de Québec qui compare les coûts des différents modes de transport en 2023 (Voisin, Dubé et Coelho, 2023).

Le comparatif des coûts pour les transports motorisés

Il va être question de comparer les mode de transport de l’auto, du bus, de la marche et du vélo dans un contexte de congestion des réseaux, puis dans un contexte de fluidité sur 18 000 km parcourus par année.

Dans un contexte de fluidité, la voiture coûte environ 16 500 $ pour un individu, alors que le bus lui couterait 18 365 $ (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 125).

Cependant, en ajoutant les coûts indirects et cachés, le cout de l’auto s’élève à 93 000 $, mais ce coût supplémentaire n’est pas supporté par l’utilisateur, mais par la collectivité. Quant au bus, les coûts indirects et cachés s’élèvent à 17 000 $, que la collectivité va devoir s’acquitter. Par exemple, les coûts du transport en auto pour l’individu n’incluent pas la construction et l’entretien des infrastructures routières, ou encore l’impact sur l’environnemental et la santé par les pouvoirs publics.

En résumé, avec l’auto, l’individu est gagnant, mais au détriment de la collectivité. La voiture est alors un choix tout à fait compréhensible pour l’individu, mais ce choix amène une pression plus forte sur la société.

Le comparatif des coûts pour les transports actifs

En prenant donc en compte les coûts indirects et cachés, le km parcouru coute 3 fois plus cher en auto qu’en bus. Ce dernier est alors le transport le plus efficace aussi bien en périodes de congestion (2,18$ du km), qu’en période de fluidité (1,97$ du km) (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 123).

Pour la collectivité, chaque mode de transport motorisé coute cher : « La collectivité contribue à 55% du coût total du mode Bus et à 85% du mode Auto » (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 124). Alors que les coûts des modes de transports actifs sont surtout supportés à 82% par l’individu.

Dans les modes de transports actifs, le plus avantageux reste le vélo ; son coût est inférieur que celui de la marche. Le critère qui fait une différence est celui du temps de déplacement.

Comparatif de tous les modes de transports

En résumé, l’auto est le mode de transport qui coûte le plus cher à la collectivité : « pour chaque 1 $ dépensé [pour un] déplacement, la collectivité paie 5,77$ » (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 124). Mais, la collectivité ne supporte que « 1,31$ pour le mode Bus, 0,24$ pour le mode Marche et 0,22$ pour le mode Vélo » (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 124).

Pourtant, pour l’individu, l’auto reste le choix le moins dispendieux lors d’un contexte de fluidité. « Autrement dit, faire des choix de société durables concernant les modes de transport futurs est un défi majeur économiquement et sociétalement » (Voisin, Dubé et Coelho, 2023, p. 128).

Marion VOISIN, Jean DUBÉ, Leandro C. COELHO, « Évaluation comparative des coûts totaux des déplacements selon le mode de transport utilisé sur le territoire de la communauté métropolitaine de québec », Faculté des sciences de l’administration, Québec, 2023.

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