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La vie a-t-elle du sens ?

Par Francis Leduc le 2024/04
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La vie a-t-elle du sens ?

Par Francis Leduc le 2024/04

Moi, sincèrement, l’environnement je m’en fous pas mal! Puisqu’au fond, que veut-on vraiment sauver? Notre confort délétère? Les humains? Notre néocolonialiste des plages dans le Sud? L’allée des décorations dégueulasse au Wal-Mart ? Ne serait-ce pas plutôt pour sauver la vie – dans son ensemble – que nous devrions sacrifier une partie dérisoire de notre confort démesuré? Ne serait-il pas anthropocentrique de désirer que les conditions d’habitabilité terrestre ne soient pas mortifères – uniquement pour sauver Homo sapiens – eu égard des autres espèces animales? La vie n’est-elle pas le sacrée en tant que tel, le beau avant l’art : n’est-elle pas la vraie richesse de cette planète?
Si nos valeurs abondent dans ce sens alors pourquoi n’entend-on jamais parler de la 6e extinction massive du vivant ? La vie s’éteint sur Terre et il semble que ça n’émeut presque personne. Oui oui : la vie s’éteint sur Terre! Ce n’est comme pas vraiment un fait divers qu’on peut lire et continuer à scroller, indifférent, les pieds dans ses pantoufles devant Netflix qu’on n’écoutes même pas. Cette extinction n’est pas une hypothèse ou une prédiction, c’est un fait établi, un constat du réel : le rapport planète vivante du WWF[1] révèle une chute dévastatrice de 69 % des populations d’espèces en moins de cinquante ans. Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve ça très alarmant, angoissant, dérangeant…
Cette extermination délibérée (disons-le, puisque c’est exactement ce qu’il s’agit) n’est pourtant pas causée par la dérive climatique. Surprise! On se fait ramasser par un météorite, aliéné dans un semblant de cécité volontaire, sans trop savoir d’où il vient : c’est « Don’t look up » version ombilicale. La cause nodale de cette 6e extinction massive n’est pas météoritique cette fois-ci, elle est causée par l’étiolement des espaces habitables des animaux non humains : ils n’ont tout simplement plus de lieu où (sur)vivre.
N’importe qui, au vu de quelques images satellites, se rendra aisément compte que, partout autour du globe, ce qui accapare le plus grand volume d’espace est l’agriculture. Des millions de kilomètres carrés de forêt, jadis gorgée de vie, ont été complètement réduits en champs de monoculture[2]. « Ouais, il faut bien manger…! » Oui… mais. Et là attention! Ce « mais » pourrait effriter votre croyance qui interprète la « normale » comme étant méliorative – puisque c’est la « normale »… Par chance nous pourrions aisément nous passer de plus de la moitié de l’agriculture et ainsi nourrir les 25 000 personnes – dont 10 000 enfants – qui meurent de faim chaque jour![3] Hallelujah !? De plus – comme si ce n’était pas déjà suffisant – nous pourrions redonner aux vivants un espace afin qu’ils puissent s’émanciper et a fortiori ne pas « disparaître », repello avada kadavra!
Il faut comprendre (c’est là où le bât blesse) que notre consommation de cadavres d’êtres vivants sentients requiert neuf fois plus de végétaux[4] qu’une alimentation en conformité avec notre physionomie naturelle[5]. Ça semble complètement fou comme idée de perdre le confort que la saveur de leurs chairs nous procure – mais – si nous voulons être en adéquation avec nos valeurs il va falloir réduire notre contribution à leur torture. Ah! Et j’oubliais… Ce régime alimentaire carné est l’une des causes cardinales de la dérive climatique[6]. Mais bon, après tout, c’est « normal » autant que : notre dentition de lion, notre vitesse de guépard, notre venin de vipère, notre vision de faucon, notre odorat de loup, notre force d’ours, nos griffes d’aigle, notre estomac de hyène et notre mâchoire d’alligator…
Il est impératif aujourd’hui de se questionner sérieusement sur ce qui fait sens ; ce qui, pour nous, importe véritablement. La vie sur Terre nous supplie d’être conséquents avec nos valeurs et faire preuve de clémence à son endroit… Il ne suffit in fine que de faire l’effort d’imaginer que la normalité peut être absolument autre.
[1] Le Rapport Planète vivante du WWF révèle une chute dévastatrice de 69 % des populations d’espèces en moyenne en moins de cinquante ans – WWF.CA
[2] What are the carbon opportunity costs of our food? – Our World in Data
[3] Chaque jour, 25 000 personnes meurent de faim | Nations Unies
[4] (PDF) Livestock: On our plates or eating at our table? A new analysis of the feed/food debate (researchgate.net)
[5] Alimentation humaine : Que dit le corps ? | Végétik (vegetik.org)
[6] Food systems are responsible for a third of global anthropogenic GHG emissions | Nature Food

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