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De l’acier pour décarboner

Par Mathieu Perchat le 2024/04
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De l’acier pour décarboner

Par Mathieu Perchat le 2024/04

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Au Bas-Saint-Laurent et Gaspésie, les mines et les claims bénéficient de privilèges sur le territoire. En effet, il n’existe pas de mécanismes forts pour contrôler leurs activités et les empêcher dans certaines situations.

Par exemple, l’article 9 du Règlement sur les habitats fauniques pose une interdiction d’activité minière sur tous les habitats d’espèce menacée est posée. Cependant, une exception autorise les activités minières dans l’habitat du Caribou de la Gaspésie. Le caribou est pourtant une espèce particulièrement vulnérable à ce type d’activité industrielle. Des limitations existent, mais elles ne se présentent que sous l’aspect d’avis à fournir au ministère de l’exploitation forestière et minière. Ces avis ne sont qu’à titre informatif, leur rôle est d’informer une prochaine mise en place de travaux et non une demande d’autorisation ou de permis.

De ce fait, l’industrie minière n’a pas véritablement de limites imposées et à respecter. Ce statut particulier est justifié par les discours officiels, grâce à leur ‘’rôle majeur‘’ dans la transition écologique. En effet, le métal ainsi extrait servirait à la réalisation de technologies, comme les éoliennes ou les voitures électriques.

En résumé, la solution à la plus importante crise de notre siècle réside dans l’industrie la plus polluante jamais créée : l’industrie minière. Explorons ensemble pourquoi cette industrie est la plus polluante.

Électricité et métaux

En vingt ans, les extractions minières ont doublé et cette croissance n’est pas prête à diminuer. En effet, avec l’électrification de nombreux secteurs, la demande en batteries, en panneaux solaires et en éoliennes augmente pour produire de l’énergie renouvelable. De ce fait, la transition écologique devrait se faire par l’industrie minière, si on se fie aux entreprises, institutions et gouvernements. Or, leur discours n’est absolument pas réaliste.

Par exemple, électrifier tout un parc automobile n’est pas un projet réaliste. Pour modifier le parc automobile de la France, il faudrait mobiliser et utiliser toute la production annuelle de cobalt du monde, ainsi que deux fois la production annuelle de lithium du monde.

La transition écologique représente simplement la récupération du discours écologique par le système capitaliste en l’adaptant afin de continuer son fonctionnement : « Une mine de cuivre est devenue miraculeusement une mine pour la transition » (Izoard, 2024). À ne pas comprendre dans cette récupération l’œuvre de personnes très très méchantes, c’est simplement le système qui tend à se maintenir en œuvrant à des solutions répondant aux pressions exercées par la crise écologique.

Une mine est polluante, pourquoi ?

Qui dit « utilisation de l’énergie électrique » dit « croissance de la demande de métaux ». Or, cette industrie et son impact environnemental ne sont que très rarement considérés dans l’esprit collectif, comme l’est l’impact des énergies fossiles avec les émissions carbone. Nous passons donc d’une dépendance aux énergies fossiles à une dépendance de l’extraction minière : « notre système n’a jamais autant reposé sur l’extraction minière qu’aujourd’hui » (Izoard, 2024).

L’extraction minière est très polluante en raison de sa très grande consommation d’eau et d’énergie, mais aussi en raison des larges espaces qu’elle occupe et déforeste. Le Canada est l’un des pays « au cœur de la tourmente extractiviste » (Izoard, 2024). Comme nous l’avons vu avec l’exemple dans l’introduction, les gouvernements du Québec et du Canada favorisent l’industrie minière en mettant en avant son développement écologique, qui est intenable en raison des ressources (eau, espace, énergie, etc.) qu’il faut mobiliser pour extraire des métaux.

Or, pour limite l’impact de la crise climatique, il faudrait fermer la grande majorité des mines du monde. C’est pourquoi l’ouverture de nouvelles mines ne devrait pas être une option envisageable.

Ce secteur devrait être limité dans ses productions, tout comme avec ses émissions de GES. Cette limitation devrait être posée au niveau sociétal, en se questionnant sur la nécessité pour le bien-être humain des immenses centres de données, des avions, des VUS électriques ou encore les canettes d’aluminium.

En résumé, « Il faut arrêter de se laisser intimider par le déterminisme technologique, soit l’idée que le progrès suit cette direction et qu’on ne peut rien changer. Ce sont des choix idéologiques et politiques très précis avec du financement public très important. Il faut cesser de penser que les technologies sont inéluctablement déployées et qu’on ne peut pas revenir en arrière. » (Izoard, 2024).

Celia Izoard, La ruée minière au XXIe siècle : Enquête sur les métaux à l’ère de la transition, Éditions de la rue Dorion, Montréal, 2024, 344 pages

Roxane Léouzon, « «La ruée minière au XXIe siècle»: le mensonge de la transition énergétique », Le Devoir, 5 février 2024, URL : https://www.ledevoir.com/lire/806617/coup-essai-mensonge-transition-energetique

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