Actualité

Conserver son leadership à tout prix

Par Mathieu Perchat le 2024/04
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Conserver son leadership à tout prix

Par Mathieu Perchat le 2024/04

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Plusieurs séances publiques du conseil municipal de Rimouski ont trouvé une présence citoyenne plus manifeste. En effet, la citoyenneté s’est fait entendre pour marquer son opposition face à certains projets qui comportent la destruction d’espaces boisés et humides dans un contexte de crise climatique.

L’incapacité du conseil de ville a véritablement écouté et considéré ces préoccupations a amené une partie de la population à s’exprimer différemment. En effet, en restant dans le cadre règlementaire arbitrairement construit par la ville, les personnes prenant le micro pour exprimer leurs inquiétudes en s’appuyant sur les recommandations du GIEC, se faisait dire de la part du maire : « c’est votre opinion ». Avec une telle médiation, il est tout à fait logique que la population sorte des cadres imposés pour changer de moyen de communication afin de se faire entendre.

Démontrant d’autant plus son incapacité à communiquer, le conseil de ville a fait appel le 25 mars à des agents de la Sûreté du Québec, comme si la population, qui faisant entendre des chants d’oiseaux ou brandissaient silencieusement des bannières dans la salle du conseil, représentait une menace. Alors que l’un des conseillers a clairement fait preuve d’une violence physique en tentant d’arracher une bannière après s’être levé brusquement de sa chaise sous une colère. Très clairement, le conseil de ville démontre une incapacité à communiquer avec la population. Ce qui est logique, les membres sont plus souvent en communication avec la chambre du commerce…

L’appel de la Sûreté du Québec était une volonté de la part du maire à vouloir conserver son leadership en utilisant la coercition. L’utilisation de la répréhension et de la violence est peu utile, elle relève d’une culture typique qui valorise la confrontation au dialogue. Les règlements en sont l’un des artefacts, permettant de se cacher derrière, surtout dans un contexte aussi chargé de pouvoir comme l’est un conseil de ville.

Le leadership à éviter et possible

Le leadership employé par le maire relève d’une culture qui valorise la dureté émotionnelle et l’impitoyabilité, mais aussi du respect de la hiérarchie. Une mise à distance des affects est alors la marque de cette forme de leadership. Il y a une compétition entre deux parties, ville contre citoyen.es, urbain contre forêt, social contre environnement.

Ce leadership se fonde alors sur la construction de rivalité et d’antagonismes : « Cette concurrence de toutes contre tous, la population contre l’institution repose sur des imaginaires institués socialement qui conditionnent nos pensées et orientent nos actions » (Deslandes, 2024, p. 54).

Le leadership vers lequel il faudrait se tourner est celui qui lie plutôt qui sépare par l’établissement d’antagonistes. Il se baserait plutôt sur la relation et le souci du collectif.

Pour y arriver, il est nécessaire d’avoir comme valeur éthique « le non-durable, le vulnérable, le transformé ou ce qui est appelé à évoluer » (Deslandes, 2024, p. 54). En d’autres termes, faire preuve d’une pensée flexible qui laisse place à la flexion et la ré-flexion, la base de toute pensée.

Ghislain Deslandes, Jean-Philippe Bouilloud, « Sortir de la masculinité hégémonique ? Théorie du leadership et fluidité du genre », Cités 2024/1 (N° 97), pages 43 à 55

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