Actualité

Vieillissement et spiritualité

Par Mathieu Perchat le 2024/03
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Vieillissement et spiritualité

Par Mathieu Perchat le 2024/03

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Selon les prévisions de l’Institut de la statistique, dans une vingtaine d’années, la société québécoise deviendra une des plus vieilles de l’Occident : une personne sur quatre sera âgée de 65 ans ou plus en 2031. Par exemple, la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine connaît le déclin démographique le plus rapide au Québec.

Quant à la région du Bas-Saint-Laurent, elle présente toujours la population la plus âgée du Québec. Plus du quart de la population (28,4 %) est âgée de 65 ans et plus, soit la proportion la plus élevée de la province.

S’occuper de cette partie de la population qui présente un haut taux de vulnérabilité devient alors un enjeu, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Cependant, l’erreur serait de comprendre le vieillissement comme une maladie, et donc de pathologiser toute la population concernée. Une telle considération permettrait de gérer les soins à l’aide de protocoles standardisés qui empêchent une personnalisation des soins.

La pathologisation entraine une perte d’humanité par cette standardisation. En effet, le personnel soignant, étant en faible effectif, vit une surcharge de travail. La personne vulnérable ne devient alors plus qu’un corps à s’occuper, engendrant une dépossession de son soi et de ses désirs. 

Cette dépossession risque d’amener la personne à ressentir une perte de sens généralisée dans sa vie. Surtout que le déménagement dans un CHSLD n’est pas qu’un simple changement de lieu de vie, c’est surtout le signe d’un « changement d’état de la personne » (Merchez, 2024). L’exercice d’une spiritualité devient alors une solution pour maintenir la sensation d’un sens à son existence, et ainsi reposséder son soi et revitaliser ses désirs. Une pratique de la spiritualité est alors nécessaire, mais rendue compliquée à réaliser dans un CHSLD.

La question qui habitera cet article est : pourquoi la spiritualité permet-elle ce maintien, mais aussi quelle forme de soutien offre-t-elle aux personnes âgées dans une situation de CHSLD ?

Spiritualité

Ce que l’on entend par spiritualité, c’est la relation entre le soi et des réalités qui dépassent la simple matérialité. Et ce type de relations est un besoin fondamental chez les personnes. Si ce besoin est négligé, un déséquilibre arrive obligatoirement, car chaque personne ressent une nécessité « de s’élever, de vivre des expériences transcendantes » (Merchez, 2024).

Grâce à la spiritualité, il devient possible pour la personne de donner un sens à sa vie ; de mieux se connaître, car une distance est prise avec le quotidien, permettant d’adopter un autre point de vue. C’est pourquoi la personne peut mettre en valeur son potentiel en le développant vers un but fixé.

La spiritualité est alors un outil indispensable pour que les personnes en perte d’autonomie puissent parvenir à réduire leur sentiment d’impuissance face à un système de santé qui tend à accentuer cette réalité physique.

Mais pour que la spiritualité soit pleinement efficace, il est nécessaire que la personne soit reconnue par ses pairs (personnel soignant et résident.es), la spiritualité étant le sentiment de lien. Ainsi, l’existence de la personne et sa valeur sont reconnues à travers le regard d’autrui, fonctionnant comme un miroir : « pour pouvoir être, je dois être autre, sortir de moi, me chercher parmi les autres » (Merchez, 2024).

Être âgé dans une société jeuniste 

Il faut rappeler que notre société valorise la jeunesse, ou plus exactement les corps productifs. Ce qui devient un obstacle pour les corps vieillissants à être reconnus comme des altérités. En effet, dans l’altérité, il y a l’alter (le même) et la différence, ce qui n’est pas moi. Dans ce contexte culturel, le corps vieillissant est alors « l’autre moi » que je ne souhaite pas devenir, ce qui réduit la possibilité de le reconnaître comme autre semblable à moi. La conséquence est que l’humanité de la personne est réduite, se manifestant sous la forme d’un paternalisme et d’une infantilisation de la personne âgée matérialisés par les protocoles.

Le besoin de spiritualité est très nettement négligé dans ce contexte, même si les CHSLD et les CISSS ont reconnu ce besoin en maintenant la tenue de messes et d’autres événements religieux. Souvent, ce besoin n’est pas clairement exprimé par les personnes prises en charge. Surtout dans nos institutions hospitalières qui ont été conçues à l’origine à partir d’une idée d’enfermement et de conditionnement.

Le renouveau de l’importance accordée à la spiritualité indique que ces institutions sont sur la bonne voie. Le besoin de spiritualité des personnes est alors considéré, il doit se faire et se fait en leur donnant la possibilité de choisir les conditions de la pratique, dans toute leur singularité. Seulement, l’état des institutions rend ces acquis très précaires. Il est très facile de retomber dans une tendance à réduire cette liberté pour renforcer un contrôle. Les institutions, dont le fonctionnement est fragilisé, favorisent la mise en place de protocoles liberticides.

En résumé, la spiritualité dans un contexte hospitalier, traduit un besoin d’« être reconnu par les autres[, il] confirme son pouvoir et développe le sentiment fondamental d’être quelqu’un qui compte pour autrui et pour soi-même » (Merchez, 2024).

Merchez, Léa. « Vieillissement et spiritualité en ehpad Penser la singularité du sujet âgé », Le Journal des psychologues, vol. 409, no. 2, 2024, pp. 75-80.

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