Actualité

Prendre soin des forêts

Par Mathieu Perchat le 2024/03
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Prendre soin des forêts

Par Mathieu Perchat le 2024/03

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Au niveau du bout du boulevard Arthur-Buies à Rimouski, la municipalité a déjà amorcé la découpe d’arbres. Ces derniers comportent plusieurs essences caractéristiques des milieux humides. En effet, cette coupe se situe à proximité d’un marécage cartographié par Canards Illimités. Ces travaux risquent fortement d’entamer l’intégrité d’un milieu humide ainsi qu’un cours d’eau, ce qui risque d’entraîner des conséquences négatives sur l’environnement.

Cette opération de déboisement laisse fortement perplexe, surtout dans un contexte de réchauffement climatique fortement visible actuellement avec des températures anormalement douces. Il est bon de rappeler que la ville de Rimouski a adopté une politique de l’arbre, et cette politique ne se limite pas à la frontière urbaine. Il va alors être question de regarder l’importance de considérer les forêts et la place de l’arbre dans un contexte urbain.

L’humain en forêt

Le terme « forêt » renvoie à la vision d’un refuge pour la vie sauvage, ou encore d’un lieu nourricier. Il invoque aussi des aspects esthétiques et culturels, comme la contemplation, le calme ou encore la peur. Et pour finir, il réfère également au système de production de bois.

Avant que l’espèce humaine n’investisse la Terre, les forêts recouvraient toute la surface des continents, mis à part les déserts, les toundras et les savanes. Cette capacité à coloniser chaque espace est rendue possible par une alliance entre les végétaux et les communautés de micro-organismes vivants dans le sol. Ce sol revêt alors une importance primordiale, il est le fruit d’interactions plurimillénaires entre les végétaux, le sol minéral et l’atmosphère (Loustau, 2023).

Les activités d’exploitation des espaces boisés en sont venues à réduire la surface forestière à 31 % des surfaces continentales (Loustau, 2023). Avec les activités de déboisement, l’agriculture et l’élevage, l’étalement urbain, la pollution des eaux et de l’atmosphère ainsi que le réchauffement climatique, les forêts vivent actuellement une grande vulnérabilité. Les forêts primaires deviennent rares, la plupart des forêts d’aujourd’hui sont le produit de reboisement de terres « ayant été déboisées pour des usages non forestiers […] et 96 % de ces forêts sont exploitées et gérées » (Loustau, 2023).

Or, l’écosystème forestier offre de nombreux services indispensables à l’humanité : « production de biens marchands, protection du climat, régulation hydrologique, refuge de biodiversité, lieu d’activités récréatives, valeur culturelle et spirituelle » (Loustau, 2023). C’est la raison pour laquelle la préservation mais surtout l’accroissement des forêts est un enjeu majeur.

En effet, l’action humaine est une actrice essentielle pour que les forêts puissent croitre au lieu de péricliter. De telles actions se composent d’accompagnements réalisés par la sylviculture ou encore l’ingénierie écologique et ce, bien entendu, sans artificialiser les espaces forestiers.

La forêt en ville

Les arbres ont également leur place au sein des villes, car ce sont de précieux alliés pour réduire la pollution et les ilots de chaleur. Cependant, le milieu urbain fragilise l’arbre en raison de la pollution des sols, la limitation de l’espace souterrain et la réduction de l’ensoleillement. L’espace urbain est comme un canyon pour l’arbre (Glavany, 2023).

C’est la raison pour laquelle la plupart des arbres en ville sont malades. Les municipalités travaillent fort et développent beaucoup de moyens pour les maintenir à flot. « La revue Nature Climate Change a publié une étude portant sur 164 métropoles dans le monde démontrant que 71 % des » arbres sont en grandes vulnérabilités (Glavany, 2023).

Il est alors temps de ne plus concevoir l’arbre comme un ornement des villes et de le choisir pour répondre aux défis locaux et climatiques.

Pour arriver à instaurer une place de choix à l’arbre dans l’espace urbain et aux forêts en périphéries des villes, il est nécessaire que les municipalités soient éclairées par un débat démocratique nourrit par la science et l’expertise. « De ce point de vue, le Canada a la chance de disposer d’un formidable réseau d’expertise forestière qui ne demande qu’à être mobilisé » (Glavany, 2023).

Loustau, Denis. « Forêts et changement climatique : voir loin, clair et large ! », Après-demain, vol. 68, no. 4, 2023, pp. 10-12.

Glavany, Jean. « Planter des arbres, nouvel enjeu politique ? », Après-demain, vol. 68, no. 4, 2023, pp. 42-45.

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