Actualité

Éducation et écologie

Par Mathieu Perchat le 2024/03
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Éducation et écologie

Par Mathieu Perchat le 2024/03

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Lors de la Semaine rimouskoise de l’environnement, une activité organisée par le comité Mobilisation forêt Pointe-au-Père invitait la population à découvrir la biodiversité du site de la forêt de Pointe-au-Père. Le but premier de cette activité était de sensibiliser les familles aux espèces qui habitent les lieux, puisqu’une sensibilisation par la connaissance ouvre à une compréhension plus profonde de la nécessité de protéger ces espaces.

La Semaine rimouskoise de l’environnement se place dans une volonté d’amorcer chez la population un désir de se diriger vers une transition écologique. Cela sans utiliser de méthodes chocs pour mobiliser des émotions fortes, comme c’est souvent le cas dans des évènements de mobilisation écologique. On peut prendre l’exemple d’un atelier de sensibilisation qui relate des informations précises sur un phénomène, comme la disparition de la biodiversité, en soulignant que « le bétail représente 60 % de la biomasse animale mondiale, 60 % des vertébrés ont disparu depuis les années 1970 » ; ou encore que « les 19 dernières années sont les plus chaudes enregistrées depuis 1850 » (Blanc, 2023). En effet, les évènements écologiques ont tendance à mobiliser de fortes émotions à l’aide d’informations déprimantes et révoltantes afin de susciter l’engagement et la sensibilisation. Ce que la Semaine rimouskoise de l’environnement a réussi à éviter.

Nous allons donc voir dans cet article les raisons qui poussent les activistes à se diriger vers ce type d’évènements chocs pour s’adresser, alerter et mobiliser la population.

Stratégie choc

La première stratégie à laquelle on pense lorsqu’il s’agit de sensibilisation à la cause environnementale, c’est de présenter de manière brutale des données décrivant l’état actuel de la planète et ses futurs possibles. L’objectif est de transformer la tristesse, l’angoisse ou encore la colère en émotions mobilisatrices, comme le dégoût et l’indignation. Cela grâce à la désignation claire des menaces et des acteurs.  

L’une des justifications amenées par les organisateurices de ces évènements serait qu’une sensibilisation plus douce manque de lucidité envers la situation catastrophique. En effet, la gravité de la situation mise en relief par des informations précises sur l’état actuel de la planète amène à croire qu’il est impossible d’en parler de manières douces, sous peine d’amoindrir, d’enjoliver la situation. La violence des informations serait le signe de la gravité de la situation.

Au sein des collectifs mobilisés, les informations partagées entre les personnes militantes sont présentées sous le même modèle : brut et choquant. Cela leur permet de se maintenir dans un engagement émotionnel. Ce qui amène à continuer à cultiver cette pratique de sensibilisation à l’extérieur des collectifs. De ce fait, il est logique que si les émotions que leur suscite l’imagerie apocalyptique sont à l’origine de leur militantisme et de leur engagement, la sensibilisation auprès d’autres publics risque de prendre une forme similaire.

En conséquence, ce type de transmission d’informations véhiculé dans les groupes militants n’est pas une stratégie communicationnelle, mais une pratique culturelle. C’est pourquoi, pour comprendre la raison de la prédominance de cette pratique culturelle au sein des groupes militants, il convient de saisir quelle catégorie de la population compose ces groupes militants.

Le militantisme majoritaire

Les évènements de sensibilisation à la cause environnementale sont souvent affiliés à la science pour se connecter avec les éléments qui peuplent les écosystèmes. Ce qui donne une place importante au discours scientifique.

Cette affiliation n’est pas anodine, elle provient surtout du capital scolaire des personnes investies dans le militantisme. Une très grande majorité d’entre elles ont au moins une maitrise (environ 70 %). C’est la raison pour laquelle les aspects objectifs et scientifiques sont utilisés majoritairement.

La « vérité » que transmet le discours scientifique se saisit comme une nécessité pour faire comprendre l’ampleur de la catastrophe. La croyance qu’entretiennent les personnes mobilisées par la cause est qu’un choc moral mobilisateur en découlera obligatoirement. Cela en raison de leur rapport avec la pédagogie universitaire, qui suscite une sensibilisation différente.

Éducation et choix stratégiques

Pourtant, ce mode opératoire ne peut pas toucher toutes les personnes issues d’autres pratiques culturelles. Par exemple, « prendre au sérieux les discours savants sur les changements climatiques n’implique pas nécessairement la sensation de vertige qui saisit certains lorsqu’ils et elles apprennent la disparition de vastes étendues de forêts vierges » (Blanc, 2023).

En effet, se sensibiliser à la cause environnementale peut se faire par bien d’autres manières, comme par une éducation physique et morale. Dans ce type d’éducation, le corps devient un vecteur tout aussi légitime pour apprendre son milieu et se sensibiliser à l’écologie. Utiliser la sensibilité esthétique, comme la contemplation, peut également convenir, mais il faut savoir qu’elle est historiquement associée à la classe moyenne et supérieure. Dans ces classes à fort capital culturel, une autre pratique de sensibilisation est véhiculée par l’expression des sentiments à travers des discussions sur l’écologie dans les milieux naturels. « Parler de la nature et de la cause environnementale, c’est parfois parler de soi » (Blanc, 2023).

Comme nous l’avons vu, le choix de mobiliser des informations chocs provient de l’origine culturelle et sociale des personnes militantes. Cependant, il existe une pluralité de pratiques de sensibilisation, comme l’a très bien démontré la Semaine rimouskoise de l’environnement. Mais il ne faut pas blâmer le militantisme qui nous choque. Ces émotions mobilisées qui sont ressenties par les militants eux-mêmes proviennent avant tout d’un amour de la nature profondément ancré. « Autant de sentiments qui mériteraient d’être explorés et contextualisés, au regard des relations de sociabilité particulières induites par ce militantisme qui donne la part belle à la convivialité » (Blanc, 2023).

Blanc, Julie. « « Dire la vérité du changement climatique, même si ça fait mal ». La sensibilisation à la cause chez les militants écologistes », Réseaux, vol. 242, no. 6, 2023, pp. 127-162.

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