Actualité

Des élections vraiment légitimes ?

Par Mathieu Perchat le 2024/03
Image
Actualité

Des élections vraiment légitimes ?

Par Mathieu Perchat le 2024/03

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le maire actuel de Rimouski a évoqué son souhait de se représenter aux prochaines élections municipales pour continuer les projets de son mandat actuel. Par exemple, le projet de résidence situé à Pointe-au-Père, le boulevard reliant la zone industrielle avec le port, ou encore l’arrivée du Costco, mais aussi la revitalisation du centre-ville pour ne citer que ces projets.

La grande majorité des projets évoqués reçoit une opposition de la part d’une partie de la population. Cette dernière est souvent comprise par le pouvoir comme constituée de groupuscules insignifiants, non représentatifs de l’avis général. L’avis de cette partie de la population est mis de côté par le pouvoir décisionnaire. Ce dernier se justifie en évoquant que c’est une « écrasante majorité » qui l’a élu, comme le rappelle Radio-Canada et Guy Caron lui-même. Par extension, cette élection légitimise alors tous les projets mis en place.

Regardons un peu plus proche cette légitimité que s’accorde le pouvoir en consultant les chiffres de l’élection (absents du site de la ville). Guy Caron a remporté son élection municipale avec 80.71% des votes. Mais avec un taux de participation de 44,0 % de la population citoyenne rimouskoise (excluant les personnes immigrantes). Donc, ce sont 80% des 44%, qui correspondent à 13 976 personnes[1] qui ont voté. Le pouvoir municipal actuel ne représente donc qu’une petite partie de la population. Or, sur les 50 000 habitant.es, seuls 35 000 en capacité de voter. Ce nombre de votes jugé si écrasant ne l’est pas tellement. De plus, le taux de participation se trouve en dessous de la moyenne à l’échelle de la province, qui se trouve entre 45 et 50%.

Nous sommes alors en droit de nous demander si le pouvoir municipal actuel et les projets que son administration ont amenés sont vraiment légitimes. Car les 13 976 personnes qui ont voté ne représentent en rien une majorité. En effet, descendre en dessous de 50% de participation électorale amène à se poser des questions de légitimité sur le pouvoir en place.

L’abstention et ses raisons

L’abstention est due au manque de temps lié à la vie courante, ce qui éloigne de la vie politique ; mais aussi, elle est le fruit d’un rejet de la politique telle qu’elle est pratiquée actuellement, et cette raison est invoquée par « près de 90 % des abstentionnistes lors des dernières élections » (Bordeleau, 2021).

Surtout lorsqu’on comprend le vote comme l’expression de valeurs et de représentations du territoire. Son abstention participe alors à l’une de ces expressions. L’abstention n’est pas une indifférence face à la politique, « les abstentionnistes expriment et défendent leurs idées politiques, que ce soit dans des syndicats, dans des groupes de quartier, des groupes de gens, de militants anticapitalistes, antiracistes, écologistes, de femmes » (Bordeleau, 2021).

Ainsi, le refus de voter provient d’une grande politisation. De ce fait, les groupuscules insignifiants qui s’opposent à des projets sont en réalité la partie politisée et impliquée de la population de la ville.

Par exemple, la communauté Mohawks de la région de Montréal présente le plus haut taux d’abstention mondial, avec 98.4 %. Cet abstentionnisme révèle un refus du système colonial qui ne peut représenter cette communauté et ses valeurs de vie.

En effet, l’électeur municipal est généralement propriétaire de son logement, plus âgé, plus riche et plus éduqué que la moyenne de l’électorat. Donc, l’élection municipale tend à ressembler à un entre-soi opaque aux autres valeurs et avis. Car il faut rappeler que l’abstentionnisme est provoqué aussi par une impression de flou, d’une absence d’accessibilité et semble ne pas présenter de réel projet politique.

Cependant, que le taux d’abstention soit de 44 ou 90% ne change rien à la gestion des lieux par le pouvoir. Son exercice reste le même, même si son taux de vote est de 5 %, 20 % ou 40 %.

Marie-Christine Rioux, « Guy Caron élu à la mairie de Rimouski », Radio Canada, 7 novembre 2021

Statistique Canada : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/220216/dq220216d-fra.htm

Breux, S. & Vallette, S., « Voter à l’échelle municipale au Québec : significations et portée chez certains jeunes électeurs », Revue Jeunes et Société, vol 4, num 2, 2020, pages 50 à 70, Url : https://doi.org/10.7202/1070525ar

Jean-Louis Bordeleau, Le Devoir, 20 septembre 2021, Url : https://luxediteur.com/labstention-langle-mort-du-suffrage/


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_municipales_de_2021_dans_le_Bas-Saint-Laurent

Partager l'article