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Déserts alimentaires à Saint-André-de-Kamouraska ?

Par Mathieu Perchat le 2024/03
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Déserts alimentaires à Saint-André-de-Kamouraska ?

Par Mathieu Perchat le 2024/03

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le 20 mars, Le Dep du village de Saint-André-de-Kamouraska a mis un terme à ses opérations. Ce dépanneur était le fruit d’un groupe de citoyennes  et citoyens portant comme souhait d’offrir des services essentiels au sein de leur communauté. En effet, Le Dep proposait des produits locaux, biologiques et en vrac, des aliments sains et à haute valeur nutritive. Ces ressources devenaient accessibles pour les lieux de résidence aux alentours. En plus d’être un dépanneur, des lunchs avec des sandwichs, du café et des viennoiseries étaient proposés. Ce qui permet de le considérer comme un élément facilitant la saine alimentation.

Mais aussi, Le Dep du village était une coopérative qui permettait de renforcer la communauté en devenant un lieu dans lequel la population pouvait investir et s’impliquer. Sa disparition laisse la crainte que le village devienne un désert alimentaire. C’est pourquoi le maire de Saint-André-de-Kamouraska a sollicité l’aide du gouvernement provincial.

La question qui nous habite concerne le désert alimentaire : qu’est-ce qu’un désert alimentaire, comment se produit-il et comment l’éviter ?

Définitions

Un désert alimentaire est un secteur qui présente un faible accès à des aliments à haute valeur nutritive (fruit et légume frais, céréales et légumineuse brutes, viande fraiche, etc.). Si l’accès à ces denrées alimentaires nécessite de parcourir plus d’un kilomètre en milieu urbain, et plus de seize kilomètres en milieu rural, alors le lieu de résidence se situe dans un désert alimentaire.

Ainsi, un désert alimentaire se définit comme : « un secteur économiquement défavorisé et caractérisé par un faible accès à des commerces offrant des aliments de haute valeur nutritive » (Robitaille, Bergeron, 2013, p. 23).

Dans le mode de vie nord-américain, les épiceries constituent les lieux privilégiés pour se procurer des aliments de qualité et à bon prix ; c’est pourquoi leur localisation est très importante. Les concentrer à une seule place engendre des déserts alimentaires. C’est pourquoi près de 45,5 % de la population du Québec subit un faible accès aux commerces d’alimentation, ce qui suggère une vulnérabilité (Robitaille, Bergeron, 2013, p. 23). Et 5,7 % de la population vit dans un désert alimentaire.

Les solutions

Les recherches scientifiques ont pu dégager plusieurs solutions efficaces pour lutter contre cette vulnérabilité et les déserts alimentaires. Ces stratégies consistent à implanter de nouveaux commerces ou de nouveaux lieux de production dans des lieux à risque. Comme ce que faisait Le Dep du village.

Les États-Unis connaissent encore actuellement de grandes difficultés avec les déserts alimentaires, aussi bien dans les milieux ruraux qu’urbains. Pour endiguer le problème, des États soutiennent matériellement et financièrement les communautés pour favoriser l’implantation de commerces proposant des aliments de qualités.

Ce sont souvent des coopératives gérées par la communauté elle-même, qui permettent d’offrir ce que la population à véritablement besoin. Cependant, pour qu’une coopérative fonctionne, il est nécessaire qu’elle arrive à attirer la clientèle désirée, « car le projet, bien que pris en charge par les gens de la communauté, n’était pas mis en œuvre par des personnes ayant les connaissances et l’expertise requises pour gérer un tel magasin » (Robitaille, Bergeron, 2013, p. 24).

Ce qui illustre très bien la difficulté à gérer un commerce de proximité. Les ressources de soutiens ne se limitent donc pas à l’aide financière ou matérielle, mais aussi à mettre à disposition des ressources et des connaissances techniques, liée à la gestion, à l’étude de marché, etc.

L’accès à une alimentation riche peut être favorisé également par l’amélioration des transports publics, permettant de « mieux desservir les clients sans voiture ou ne pouvant débourser pour le carburant et ceci même en milieu rural » (Robitaille, Bergeron, 2013, p. 24). Des alternatives aux épiceries peuvent aussi favoriser cet accès, comme les marchés publics, les kiosques à la ferme ou les jardins communautaires.

En résumé, ce qui ressort de ces solutions, c’est l’importance de mettre au centre décisionnel la communauté pour véritablement répondre à ses besoins. La population des lieux vulnérables devrait se réunir pour discuter de sécurité alimentaire. En plus de tisser des liens et le sentiment d’appartenance, ces échanges permettent de construire des solutions inclusives et réalistes. « Les communautés devraient elles-mêmes faire leur diagnostic et déterminer comment optimiser leur environnement alimentaire » (Robitaille, Bergeron, 2013, p. 25), accompagné par le soutien des institutions pour accéder à certaines ressources.

Robitaille, É., & Bergeron, P., Accessibilité géographique aux commerces alimentaires au Québec : Analyse de situation et perspectives d’interventions, Direction du développement des individus et des communautés, Montréal, 2013, URL : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/1728_accessgeocommalimentqc.pdf

Camille Lacroix, « Bientôt plus de dépanneur à Saint-André-de-Kamouraska », Radio-Canada, 10 mars 2024, URL : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2056157/dep-village-fermeture-saint-andre

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