Actualité

Révéler le patrimoine plutôt que le conserver

Par Mathieu Perchat le 2024/02
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Révéler le patrimoine plutôt que le conserver

Par Mathieu Perchat le 2024/02

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

La question de la préservation du patrimoine est plus que légitime à poser actuellement, principalement en raison de la crise du logement avec la modernisation et la création de logements, mais aussi avec la crise écologique amenant l’utilisation de ressources pour la préservation. Par exemple, dans son nouveau plan quinquennal, la ville de Rimouski a ciblé un site archéologique majeur comme zone de développement résidentiel. Or, sur ce site se trouvent des artefacts de plus de 9000 ans d’une grande importance historique concernant l’occupation du territoire au Bas-Saint-Laurent.

Il y a un manque de considération envers les richesses collectives, que ce soit du patrimoine bâti, ou archéologique, ou plus généralement culturel, ce qui crée une opposition entre patrimoines et les crises actuelles.

Et pourtant, avec la crise environnementale et notre culture de l’accumulation d’objets culturels, on devrait se poser la question de ce qui doit être préservé. En effet, ce n’est pas tant de figer dans une éternité tout objet culturel, mais plutôt de comprendre ce qui fait culture : la capacité de ces objets à raconter un récit partagé (Irle, 2024, p. 132). Ce qui donnerait encore plus d’importance aux objets culturels à préserver.

Les objets culturels du passé avec ceux du présent

Chaque objet culturel nécessite une mobilisation de ressource pour être préservé. Et avec la réduction des ressources disponibles, certains d’entre eux vont irrévocablement se détériorer jusqu’à disparaitre. Or, pour le moment, notre culture occidentale accumule beaucoup d’objets culturels. Par exemple, le stock de l’Opéra de Paris correspond à plus de 1500 containers. Bien entendu, chaque chose comporte une certaine valeur culturelle, mais en raison de cette masse, seule une petite partie d’entre eux peuvent être présentés au public.

Sans parler du fait que la production culturelle et artistique continue plus que jamais à nous fournir en objet culturel. Si chacun d’eux était du plastique et jeté à la mer, alors un septième continent verrait le jour (Irle, 2024, p. 132). Concernant le numérique, c’est près de 360 milliards de films qui sont produits chaque jour sur Internet. Et il faudrait quatre-vingt-deux ans pour qu’une personne puisse visionner toutes les vidéos YouTube postées en une journée. Cette masse représente donc un enjeu de visibilité et de découvrabilité, à la fois entre les objets culturels du passé, et entre ceux du passé et du présent.

Comment préserver et conserver la culture ?

Parmi tous ces objets se pose l’obsession de la préservation et de la conservation.  D’où l’importance majeure de nous demander ce qui fait culture. Il est certain qu’elle se fait moins dans l’accumulation que dans « la capacité à en faire des récits partagés, suffisamment divers et semblables pour apparaître infinis mais communs » (Irle, 2024, p. 133).

La crise écologique nous demande, pour ne pas dire exige, de mettre à mal notre envie d’accumuler. Et pour y parvenir, il va falloir exercer un travail de mémoire, d’oubli et d’omission, pour ne garder que les objets culturels qui représentent le mieux la richesse de la culture passée et présente.

Ensuite, les conserver et préserver demande un cout énergétique conséquent : « thermo-hygrographes, psychromètres, systèmes de contrôle de chauffage, systèmes d’humidification, ventilation, climatisation, filtration d’air » (Irle, 2024, p. 134).

Donc, les ressources allouées à cette préservation doivent vraiment en valoir le coût. Car des pratiques de conservation bien trop importantes sont un véritable gâchis.

Très certainement que le site archéologique situé à Rimouski est l’un des objets culturels à conserver en raison de l’histoire qu’il permet de révéler.

En résumé, « ce que nous léguons aux générations futures, c’est essentiellement du plastique et des emmerdes. Préserver nos patrimoines bousculés pourrait nous aider à retrouver le sens des histoires. Les légendes, les rêves, l’espoir, quand on les préserve, ça se conserve assez bien, ça motive, et ça n’émet pas de CO2 » (Irle, 2024, p. 139).

David Irle, « Révéler le patrimoine plutôt que le conserver », NECTART 2024/1 (N° 18), pages 128 à 139.

Jean-François Nadeau, « L’immobilier risque-t-il d’avaler un riche site archéologique à Rimouski? », Le Devoir, 6 décembre 2023, Url : https://www.ledevoir.com/societe/803331/rimouski-immobilier-risque-il-avaler-riche-site-archeologique-rimouski?fbclid=IwAR2sZNnR4vhV2UIVwyRQL_1Hsq0iRiVdT1v-qoKBpqhJszmucFizxNCOt0k

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