Dossier spécial

L’éolien : après 25 ans, sommes-nous maîtres chez nous?

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Dossier spécial

L’éolien : après 25 ans, sommes-nous maîtres chez nous?

Le vent : un bien commun?

À qui appartient l’air que l’on respire et le vent qui souffle? De toute évidence, c’est un bien commun, tout autant que l’eau potable que nous buvons! Ne serait-il donc pas plus juste et équitable que les Québécois et les Québécoises soient les seuls bénéficiaires de sa mise en valeur?

Comportement de colonisé?

Depuis 1998, cette immense richesse collective suscite la convoitise et fait le très lucratif bonheur des nombreux promoteurs privés de toutes provenances qui se goinfrent goulûment dans la valeur ajoutée du turbinage de notre vent.

Cessons de faire l’autruche et admettons que les vrais gagnants de ce modèle d’affaires sont les promoteurs, les développeurs, les opérateurs, les turbiniers et les banquiers. À nous les pinottes et disons-leur « Merci »!

Rappelons-nous que c’est le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard (1996-2001), 4e successeur de René Lévesque, qui a donné le feu vert à Hydro-Québec Production pour ouvrir la filière de production d’énergie éolienne au secteur privé.

Cette opération de colonisé débuta par deux projets négociés en mode gré à gré par 3Ci avec HQ Production, et ce, sans que Lucien Bouchard et son gouvernement n’aient préalablement sollicité ni obtenu un mandat politique clair des Québécois pour aller de l’avant.  

Je suis vraiment attristé de voir que cette approche de colonisé a toujours cours chez nous, tout particulièrement dans le sud du Québec, comme le rappelle Rachel Fahlman, instigatrice du nouveau regroupement « Vent d’élus », dans un article du présent dossier.

L’œuvre des puissants et omniprésents lobbyistes

L’ouverture sans mandat de la filière éolienne aux voraces promoteurs privés était-elle l’œuvre de puissants lobbyistes et de généreux pourvoyeurs des caisses électorales? Sinon comment expliquer que la mise en œuvre de cette décision n’ait pas été précédée par l’élaboration et l’adoption par le gouvernement Bouchard d’un solide cadre réglementaire comme l’ont préalablement fait avec grande sagesse l’Ontario et la Nouvelle-Écosse?

Une grosse affaire d’argent

Adrian Ilinca, ingénieur et professeur en génie électromécanique à l’UQAR et spécialiste du développement éolien, m’a déjà dit : « Les projets de parcs éoliens, ce ne sont que des opérations d’argent! »

En voici un exemple très éloquent : le promoteur 3CI, fondé par un couple d’ingénieurs ayant travaillé pour Hydro-Québec, fut la toute première organisation privée à tirer ses épingles du jeu. Profitant de leur réseau de contacts, ces initiés d’HQ obtinrent des contrats de gré à gré avec HQ Production qui leur permirent d’élaborer et de réaliser les deux premiers parcs éoliens au Québec, soit le Nordais et celui des monts Mont-Miller, qu’ils ont rapidement revendus à grands profits dans les années qui suivirent.

De même, le promoteur Hydroméga a, de son côté, bâti sa fortune en réhabilitant à son compte à partir de 1987 des minicentrales hydrauliques délaissées par HQ en obtenant des contrats fermes avec cette dernière pour l’achat de l’électricité! Voilà un autre cas de privatisation en douce chez HQ, avec la bénédiction du gouvernement libéral de Robert Bourassa (1985-1989).

Une turbine 100 % québécoise?

Nos gouvernants ont-ils vraiment la volonté politique d’extraire le maximum de retombées de l’énorme potentiel éolien du Québec tout comme l’a fait le Danemark ?

Si oui, comment expliquer qu’ils n’aient pas encore demandé à l’IREQ de concevoir une turbine à 100 % québécoise? Qu’ils ne viennent pas nous servir l’excuse que nous n’avons pas les ressources humaines et financières requises pour nous investir avec succès dans un tel projet, alors qu’avec le scientifique québécois et chercheur à l’IREQ Pierre Couture, nous avons inventé le fameux moteur roue!

L’approche communautaire

J’ai été le tout premier maire québécois à proposer d’ouvrir le développement de la filière éolienne en milieu habité aux collectivités locales par un modèle économique communautaire.

Le 10 octobre 2006, à l’invitation de Jean-Louis Chaumel,  ingénieur et professeur en génie mécanique à l’UQAR, j’ai présidé le tout premier et très réussi colloque éolien québécois : « Municipalités : le défi des éoliennes ».

L’étincelle qui, par la suite, a donné naissance à l’Alliance de l’énergie de l’Est est issue de mes réflexions, recherches et nombreuses communications sur cette approche alors que je siégeais au Conseil régional des Élus et des Élues du Bas-Saint-Laurent (CRÉEBSL). Avec la complicité de l’ex-maire de Rivière-du-Loup Michel Morin, nous avons réussi à semer cette idée au sein du CA de la CRÉEBSL!

Par contre, je n’ai jamais été favorable à des projets de mégaparcs éoliens en territoires habités et en copartenariat à 50/50 avec de gros promoteurs privés. J’ai toujours plutôt préconisé des parcs éoliens à 100 % communautaire de plus petite taille. Et pour cause : ils s’intègrent beaucoup mieux dans les milieux habités.   

Le modèle d’affaires actuellement privilégié au Québec est irrespectueux des principes fondamentaux de la démocratie tels que la transparence et l’acceptabilité sociale. De toute évidence, les élus qui gouvernent actuellement le Québec ne changeront pas ce modèle, car il fait trop bien leur affaire!

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