Dossier spécial

L’éolien : pour qui souffle le vent?

Par Roméo Bouchard le 2024/02
Image
Dossier spécial

L’éolien : pour qui souffle le vent?

Par Roméo Bouchard le 2024/02

J’ai coordonné en 2007 un ouvrage collectif L’Éolien : pour qui souffle le vent?, après le lancement de la première vague d’appels d’offres d’Hydro-Québec pour des projets éoliens en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, dans la foulée de la Stratégie énergétique 2005-2015 adoptée à la suite de l’abandon du projet de centrale au gaz du Suroît.

Beaucoup d’écologistes avaient hautement salué ce virage inespéré du gouvernement et d’Hydro-Québec vers les énergies propres et renouvelables. Mais les citoyens concernés, à qui on promettait un nouveau créneau de développement de leur région, ont vite déchanté. L’information remarquablement concrète fournie par les auteurs réunis dans ce quasi « manuel de l’éolien citoyen » demeure précieuse et largement actuelle, même si on a par la suite jugé le développement éolien inutile (puisqu’Hydro nageait dans les surplus d’énergie), puis de nouveau utile (pour exporter de l’électricité en Nouvelle-Angleterre). L’éolien est maintenant jugé indispensable, pour mettre en place la filière batterie qui doit décarboner nos autos individuelles et sauver l’industrie automobile et nos banlieues – mais à quel prix?

Le collectif d’auteurs réunis dans Pour qui souffle le vent donne l’essentiel d’un cours « Énergie éolienne 101 ». Il traite des principaux impacts connus sur l’environnement et le milieu, de l’absence de participation des communautés dans de tels projets. Il pose la question de la privatisation et de la nationalisation du développement éolien au Québec et trace un portrait de l’éolien dans le monde.

Il suffit de citer quelques extraits de l’introduction et de la conclusion de l’ouvrage pour en démontrer la pertinence encore aujourd’hui pour qui veut bien comprendre la nouvelle vague de mégaprojets éoliens qui débarquent en ce moment, un peu partout au Québec, en milieu habité, là où les lignes de transmission d’Hydro-Québec peuvent accueillir sans trop de frais l’énergie produite par ces moulins à vent, plutôt que de favoriser l’autonomie énergétique des communautés.

« Les Gaspésiens et tous les Québécois découvrent avec stupéfaction que le modèle de développement éolien mis en place par le gouvernement et Hydro-Québec n’est ni plus ni moins qu’une trahison et une fraude scandaleuses. En plus de céder cette source d’énergie douce (et les milliards de profits qu’elle est appelée à générer) à des compagnies privées plutôt qu’à Hydro-Québec, la formule d’appel d’offres retenue par le ministère des Ressources naturelles livre les communautés régionales en pâture à ces compagnies et à leurs mégaprojets. Compagnies privées qui sont, au surplus, majoritairement situées à l’extérieur du Québec. []

Sans préavis, sans information, sans encadrement et sans soutien, les municipalités, les MRC, les citoyens et les agriculteurs se sont retrouvés du jour au lendemain confrontés aux projets gigantesques des promoteurs et aux tractations secrètes de leurs prospecteurs de vent. []

L’ampleur de la spoliation est apparue au grand jour lors du colloque organisé à Rimouski par le maire d’Amqui, Gaétan Ruest, et le professeur Jean-Louis Chaumel de l’Université du Québec à Rimouski : tous ont déploré le manque d’encadrement, l’arbitraire et l’insuffisance des redevances locales et des retombées régionales. Tous questionnaient la décision de confier l’exploitation de cette nouvelle source d’électricité à des entreprises privées et étrangères plutôt qu’à Hydro-Québec. []

Tout le monde est en faveur de l’énergie éolienne, une énergie douce, verte, propre, renouvelable au surplus, qui se prête naturellement à un développement démocratique et à un partenariat des communautés régionales et autochtones en difficulté économique, comme en fait foi l’expérience européenne. Il est inacceptable que nos dirigeants aient profité de ce préjugé favorable pour tenter de refiler l’éolien en douce à l’entreprise privée, selon une formule qui favorise les mégaprojets industriels et l’opposition sociale. []

Dans le dossier de l’éolien, ce n’est pas la question environnementale qui inquiète le plus – en autant bien sûr qu’on sache encadrer correctement les développements – mais plutôt la propriété des parcs et des profits qu’ils génèrent. []

Hydro-Québec ou les promoteurs privés? Voilà le premier grand enjeu du modèle de développement éolien du Québec. Le deuxième, c’est la place que les promoteurs (publics ou privés) feront aux projets locaux de petite envergure et à la population dans le partage des bénéfices. De la réponse à ces deux questions dépend en grande partie l’acceptabilité sociale et environnementale des projets1. »

1. Extraits de l’introduction et de la conclusion de L’éolien. Pour qui souffle le vent?, sous la direction de Roméo Bouchard, Écosociété, 2007, 127 p.

Partager l'article