Dossier spécial

ACCEPTABILITÉ SOCIALE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE :QU’EN EST-IL DANS LE DÉVELOPPEMENT DE LA FILIÈRE ÉOLIENNE?

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ACCEPTABILITÉ SOCIALE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE :QU’EN EST-IL DANS LE DÉVELOPPEMENT DE LA FILIÈRE ÉOLIENNE?

Aujourd’hui, les Québécois veulent avoir leur mot à dire sur tout projet qui a un impact direct sur leur milieu de vie surtout quand il soulève des inquiétudes, et c’est ce qui se passe actuellement avec le développement éolien en milieu agricole et habité. Promoteurs et experts jugent ces inquiétudes non fondées, avec l’appui tacite des élus. Pourtant, cette exigence est au cœur de la Loi sur le développement durable du Québec. La stratégie gouvernementale de développement durable 2023-2028 confirme la nécessité de « favoriser la participation de tous au développement durable du Québec ». Surtout, elle souligne que la participation citoyenne est essentielle pour prendre en compte les besoins et les préoccupations de la société, elle exige une responsabilité partagée entre gouvernements, entreprises, société civile et individus, et indique qu’il est nécessaire d’analyser les impacts potentiels économiques, sociaux et environnementaux de tout projet ou politique et de prendre des décisions qui préservent l’environnement, font la promotion de l’équité sociale et garantissent un avenir viable pour tous.

La politique énergétique du Québec vise à assurer la sécurité énergétique de la province en maintenant une efficience économique. Elle exige une réduction de la facture énergétique dans le respect des contraintes environnementales de même que l’acceptation et le soutien de l’ensemble de la société, seule garantie de sa réussite.

Elle engage des institutions politiques, économiques, sociales et tous les citoyens, car lechoix d’une source d’énergie est un choix de société. À ce titre, le cadre proposé et les objectifs poursuivis par le développement éolien nous interpellent :

  • S’agit-il d’un mode de développement économique respectueux de l’environnement?
  • Est-il efficace en consommation énergétique, en consommation de ressources, en regard des émissions de carbone?
  • Est-il socialement inclusif?
  • S’agit-il plutôt d’un mode de développement perpétuant la croissance économique considérant que l’environnement continuera de fournir les services écologiques sur lesquels repose notre bien-être?

Force est de constater que la société québécoise se voit aujourd’hui imposer, dans l’urgence, l’éolien comme support majeur de la transition énergétique. Posons alors quelques questions légitimes à nos élus :

  • Les rapports coûts/bénéfices s’appuient-ils sur des études indépendantes?
  • Les impacts cumulatifs sur la santé (humaine et animale), les valeurs du territoire et de l’environnement (sous prétexte de les sauver) ont-ils été mesurés de manière indépendante?
  • Ne risquons-nous pas de sacrifier un grand pan du territoire agricole et de perturber à long terme de nombreux milieux de vie?

Devant l’apparente unanimité des dirigeants (gouvernement, MRC, municipalités, Hydro-Québec) sur l’urgente nécessité dedévelopper l’éolien, il est difficile de poser des questions sur sa pertinence, les coûts de son développement, la localisation des infrastructures ou les conséquences environnementales de son implantation. Tellement difficile que lorsque des questions sont posées, elles le sont souvent du bout des lèvres!

Pourtant, il n’y a pas que les citoyens touchés de près qui y perdent, mais l’ensemble des Québécois. Le territoire est maintenant occupé par des industriels qui ont acquis des droits pour des décennies pour développer leur filière et satisfaire l’appétit pécuniaire de leurs actionnaires. L’éolien va coûter cher aux citoyens du Québec, car son développement est financé par l’État : actions accréditives et autres avantages fiscaux, obligation de rachat de l’électricité à prix fixe (que l’éolien produise ou non) et installation du système de raccordement de la production éolienne au réseau de distribution d’Hydro-Québec.

Mais, il y a plus! Le coût social risque d’être plus important, car la mise en œuvre forcée de cette filière oppose les citoyens entre eux : d’un côté, ceux qui veulent bénéficier des redevances et de l’autre, ceux qui veulent protéger leur milieu de vie. Cela amènera des tensions sociales pour de nombreuses années dans les territoires visés, car nulle part au Québec, personne n’aura plus la certitude que son droit à la qualité de vie sur ses terres sera respecté.

C’est pourquoi l’acceptabilité sociale d’un tel projet est plus qu’une nécessité! La population s’attend à un jeu ouvert des élus et des promoteurs : elle veut être respectée, consultée, écoutée, elle veut comprendre, elle veut conserver sa qualité de vie. Pour réussir, élus et promoteurs devront publier des informations objectives, organiser des séances d’information (pas des séances de promotion), rencontrer les résidents du secteur, écouter leurs commentaires, les prendre en compte et retourner consulter si nécessaire après que des modifications auront été apportées au projet initial. Ce dialogue est incontournable à la compréhension des objections citoyennes et des contraintes mutuelles; le promoteur doit s’adapter au milieu et non l’inverse.

S’imaginer que l’acceptabilité sociale d’un projet puisse se résumer à une simple résolution d’appui d’une municipalité et d’une MRC relève d’un affront à l’idée même du développement durable. Hydro-Québec, le gouvernement, les MRC et les municipalités doivent retourner à la table à dessin s’ils souhaitent réellement partager les valeurs fondamentales d’une démocratie participative dans laquelle tout le monde aura la chance de partager ses réserves mais aussi ses convictions.

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