Actualité

La dette écologique

Par Mathieu Perchat le 2024/01
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La dette écologique

Par Mathieu Perchat le 2024/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Lors de la séance extraordinaire du conseil municipal de Rimouski le lundi 18 décembre présentant l’acceptation de vendre un terrain pour qu’un Costco s’installe, plusieurs citoyennes et citoyens ont invoqué la responsabilité que nous avons envers les générations futures avec le lègue environnemental transmis. Et cet héritage ressemble bien plus à une dette qu’a un véritable don.

Il pourrait être alors intéressant d’étudier cette question de dette écologique pour saisir la véritable portée de nos actes quotidiens permis par une structure sociétale particulière.

De quoi parle-t-on ?

La notion de dette écologique a deux dimensions : spatiale et temporelle. La première renvoie à la dette que contractent les pays du nord envers les pays du sud en pillant leurs ressources et en exploitant leurs populations. La dimension temporelle renvoie à la dette des générations passées envers les générations futures, par exemple en raison de la mauvaise gestion des ressources naturelles et de leur surexploitation.

Mais ces différentes dimensions sont en général interreliées, par exemple, la dette des pays du nord envers les pays du sud relève de la dimension spatiale mais aussi temporelle.

Une troisième dimension se trouve au cœur de cette notion de dette écologique, qui est l’environnement : l’espèce humaine entretient une dette envers la nature, par exemple « l’évolution de notre empreinte écologique » (Pouchain, 2014, p. 2).

La spécificité de la dette écologique, qui se compose des trois dimensions spatiale, temporelle et environnementale, est qu’elle est non-intentionnelle. En effet, elle s’est ajoutée après la consommation sans qu’il y ait eu une volonté de la créer. Elle est représentée par le « Jour du dépassement », qui symbolise le jour à partir duquel notre consommation annuelle a dépassé les capacités de renouvellement de la planète.

« En 1987, le « jour du dépassement » se produisait en décembre, en 1995 en novembre. En 2013, le « jour du dépassement » était le 20 août » (Pouchain, 2014, p. 2).

De quoi se compose-t-elle ?

Très simplement, elle est engendrée par un échange écologique inégal. Plus précisément, les prix des produits importés dans les pays riches ne couvrent pas « les coûts sociaux et environnementaux induits par leur production » (Pouchain, 2014, p. 3). Les prix des produits que l’on consomme ne contiennent pas les couts écologiques que leur production engendre, ce qui produit une dette écologique des pays du Nord vis-à-vis du Sud. Car en plus de surexploiter leurs ressources humaines et environnementales, les pays riches peuvent surconsommer ces produits, entrainant ainsi une accumulation de dettes.

Un juste prix est alors nécessaire pour entrer dans un développement durable, et dans une vérité écologique des produits consommés. Par exemple, un chandail ne peut avoir comme valeur 20$, car ce cout ne contient pas à la fois le cout environnemental de la production de coton, de l’influence écologique que provoque la teinture du textile, de la couture à réaliser, etc. Et c’est grâce à ces faibles prix que des enseignes comme H&M ou Shein peuvent produire autant de textiles.

Qui doit quoi à qui ?

Mais alors, à qui doit-on cette dette ? La première réponse serait à l’environnement. Mais cette réponse repose sur l’idée qu’il est possible à l’espèce humaine de restaurer la planète. Or, un tel projet irréalisable dans les faits, a surtout comme vocation de soulager notre mauvaise conscience en nous détournant des dommages irréversibles que nos modes de vie ont sur la planète.

« Cette possibilité de restauration n’est qu’un mythe, car une nature restaurée ne sera toujours qu’un artefact créé par les [humain.es] pour répondre aux besoins d’autres [humain.es]. » (Pouchain, 2014, p. 5).

Ainsi, la dette écologique se présente comme largement non-remboursable. Les ressources dans lesquelles nous puisons sont en réalité un don, et nous nous comportons comme des enfants gâtés vis-à-vis de ce don.

Car pour que ce ne soit pas un don, il faudrait que nous puissions rendre au moins autant que nous recevons.

La seule chose que l’on peut rendre au monde, c’est un usage raisonné des ressources mises à notre disposition. Et pour ce faire, il ne faudrait plus puiser dans les ressources, mais être capable d’inventer et de produire de la nature (Pouchain, 2014, p. 6).

Mais cela ne résoudrait que la dimension environnementale, or pour que la dette écologique soit remboursée dans sa totalité, il faut prendre en compte les dimensions anthropocentriques (spatiale et temporelle). Il faut alors instaurer cette dette envers les pays du sud en mettant sur pied des politiques en faveur de cette restauration. Et très clairement, un Costco ne permet véritablement pas de créer de la nature, ou de consommer équitablement les ressources à un juste prix. C’est même tout l’inverse.

Mais alors, qui doit payer ?

En acceptant cet héritage, la responsabilité qui l’accompagne est alors également intégrée. Les générations actuelles bénéficient des cette inégalité, de ce fait, « il pourrait donc être légitime de faire payer les générations actuelles pour les erreurs commises par les générations antérieures » (Pouchain, 2014, p. 7).

Delphine Pouchain, « La dette écologique : d’une notion politique à un concept philosophique ? », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 5, n°1 | Février 2014, mis en ligne le 04 février 2014, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/developpementdurable/10208 ; DOI : 10.4000/developpementdurable.10208

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