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Musique savante / musique populaire

Par Mathieu Perchat le 2024/01
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Musique savante / musique populaire

Par Mathieu Perchat le 2024/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le 17 décembre a eu lieu à Rimouski, un concert présenté par l’école de Musique. Ce concert réalisé par les élèves est surtout perçu comme présentant de la musique savante. C’est là une bonne occasion pour réfléchir à cette notion de musique savante qui est obligatoirement accompagnée d’une autre notion, celle de musique populaire.

Cette distinction est toujours d’actualité, plus précisément dans un large champ d’études. Mais elle provoque chez les chercheuses et chercheurs une certaine forme de malaise, ce qui les pousse à réaliser de multiples précautions.

Ce malaise ressenti provient de la distinction qui classifie deux types de personnes : celles qui sont distinguées en écoutant de la musique savante « en silence dans une salle prestigieuse » (2023, p. 2). Et celles qui dansent sur une musique peu complexe.

Or, ce malaise n’est vraiment pas neuf, et a donné lieu à plusieurs tentatives de résolution.

Pop et savant

La musique savante désigne un style musical issu d’une tradition occidentale, parfois appelée musique classique ou musique d’écriture. Cette musique est très souvent valorisée par cette distinction culturelle qu’elle traduit. Or, les musicien.nes et chercheur.ses dans ce domaine déplorent cette qualification qui les relais à un « savoir morne réservé aux élites dominantes » (2023, p. 4).

La musique populaire a plusieurs définitions. Elle peut désigner la musique du peuple, « c’est-à-dire une musique faite par le peuple » pour le peuple. Les musicien.nes ne se revendiquent pas alors professionnel.es, ce qui a tendance à faire pencher cette définition vers la musique folk.

La vocation première de la musique populaire est alors de faire danser le public. Elle se destine à un large public, ce qui lui porte d’être qualifiée de musique de masse appelée musique pop. Alors que la musique savante n’a aucune fonction, elle est simplement appréciée silencieusement. Une pure production esthétique.

Ce qui est présupposé avec la musique pop, c’est qu’elle doit être simple pour être appréciée par les populations les moins éduquées. Ce qui implique que cette musique est la « mauvaise musique ».

On constate alors que cette classification n’est pas neutre, elle relève d’une hiérarchisation porteuse d’une idéologie.

Pourtant, certains types de musiques mettent à mal cette catégorisation, comme le jazz. Il est à la fois produit par un peuple opprimé pour le peuple, à vocation esthétique et fonction dansante. Mais pourtant, il a acquis une certaine réputation dans le monde de la musique savante, sans pour autant être porteur de ce qualificatif. « Il n’est pas assez digne pour être considéré comme « savant ». Mais […] il n’est pas non plus assez « populaire » » pour être une musique pop (2023, p. 8).

Et les musicien.nes ?

Du point de vue des musiciens et musiciennes, cette catégorisation est beaucoup moins tranchée. En effet, une préférence pour qualifier leur musique d’hybride, qui relève à la fois du savant et du populaire domine (2023, p. 12). Ce qui traduit un besoin de rendre légitime leur apprentissage et connaissance dans le domaine musical, toute en affirmant que jouer de la musique pop est tout autant faire de la musique.

Ainsi, cette distinction contient bon nombre de problématiques que les chercheuses et chercheurs tentent de pallier en proposant d’autres modèles de distinctions qui ne reposent pas sur cette hiérarchie simpliste et porteuse de certaines valeurs.

« Musique savante / musique populaire ? Réflexions critiques sur une distinction », Rue Descartes, vol. 104, no. 2, 2023, pp. 1-15.

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