Actualité

Le corps en manifestation

Par Mathieu Perchat le 2023/12
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Le corps en manifestation

Par Mathieu Perchat le 2023/12

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Lors de la semaine du 19 novembre, de nombreuses manifestations ont eu lieu au Bas-Saint-Laurent et partout au Québec par le Front Commun pour exiger de meilleures conditions de travail ainsi qu’un salaire bonifié. Tôt mercredi, entre 1500 et 2000 personnes ont marché dans les rues de Rivière-du-Loup. Environ 2000 personnes se sont réunies dans les rues de Rimouski jeudi matin. Vendredi midi, des personnes du service infirmier et d’inhalothérapie ont marché le long de la rue d’assaut à Matane

Ce qu’on peut constater, c’est que la marche dans l’espace public est l’un des moyens privilégiés pour protester et manifester. Historiquement, les premières contestations ont spontanément pris la forme d’une marche déambulatoire dans les rues par les collectifs. La question que l’on peut se poser serait : pourquoi la marche a-t-elle ce pouvoir contestataire ?

La marche comme symbole contestataire

La marche, outre son aspect exploratrice et excursionniste, est un des symboles de la contestation. Sa spécificité réside dans le fait que les personnes qui prennent part aux marches revendicatrices ne sont pas obligatoirement impactées ou concernées par un projet. La marche devient alors le moyen pour participer à un combat et sensibiliser aux luttes qui peuvent être extérieures à certains vécus.

La visibilité dans l’espace public que la marche offre grâce aux distances parcourues constitue l’une des forces de cette forme de contestation. Combinée aux prises de paroles médiatiques et aux lieux-étapes distincts de la marche, il est possible d’accroitre le nombre de personnes s’opposant à un projet ou une injustice en simplement se greffant à la marche. Ce qui fait amplifier physiquement l’opposition, ce qui lui donne corps et force (Libaert, 2023, p. 74).

La manifestation est le type de marche qui représente le mieux la contestation. En effet, par la marche, les personnes qui manifestent forment un bloc de corps qui accentue l’idée d’une cohésion sociale luttant et s’exprimant face à un projet, grâce à des slogans, pancartes et chants à travers les espaces urbains.

« Il y a dans la marche autant un symbole d’opposition à une situation ou à un projet qu’une mise en valeur d’un lien social » (Libaert, 2023, p. 75).

Les médias

Depuis l’arrivée des médias de masse et de leur puissance, la marche contestatrice a pris une dimension nouvelle : celle d’être un des supports communicationnels propices à attirer l’attention des médias, et ainsi colporter le message contestataire.

C’est dans ce contexte que les médias ont remplacé le terme de « manifestation » par celui de « marche » pour à la fois ajouter une « touche de modernité et de positivité » (Libaert, 2023, p. 75). Ce que l’on peut constater dans les différents articles de Radio-Canada couvrant les manifestations actuelles, en disant que ces personnes marchent pour de meilleures conditions, et non manifestent contre la précarisation du service public.

Cependant, les termes ne changent pas le fond du sens de la marche comme étant l’un des plus puissants symboles de la contestation sociale.

Libaert, Thierry. « Le marcheur, figure de la contestation environnementale », Hermès, La Revue, vol. 91, no. 1, 2023, pp. 74-76.

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