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Consultons et développons… peu importe le résultat de la consultation!

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Consultons et développons… peu importe le résultat de la consultation!

En avril 2022, Guy Caron annonçait que le secteur situé entre la rue du Sieur et l’avenue des Violettes à Pointe-au-Père allait devenir « le plus important développement résidentiel depuis les Prés du Saint-Rosaire ». Dans la foulée, il spécifiait que la Ville aurait recours à un programme particulier d’urbanisme (PPU) pour développer ce « nouveau milieu de vie ». Étant donné que, selon le plan de zonage actuellement en vigueur, seules les habitations unifamiliales sont permises sur le site visé, le PPU devrait servir à élargir le type de constructions possibles. En effet, un PPU permet d’adopter en masse des modifications au plan d’urbanisme pour développer rapidement un secteur.

Toutefois, plusieurs personnes s’opposent au projet, notamment parce que le site visé est déjà un milieu de vie, communément appelé « la forêt magique », et qu’il constitue une réserve de biodiversité à protéger.

Une pré-consultation privée…

Un an plus tard, la Ville amorce le processus de consultation qu’elle avait promis en même temps que l’annonce du projet. Tout d’abord, « les parties prenantes » ont été rencontrées en petits groupes avant la consultation auprès de la population. Parmi ces « parties prenantes », nous avons appris que la Ville a rencontré des investisseurs potentiels. Bien que ces informations soient a priori publiques, l’administration s’est montrée très réticente à partager le nom des personnes ou des entreprises ayant participé à cette phase de pré-consultation. Au moment d’écrire cet article, le service du greffe de Rimouski n’a toujours pas répondu aux demandes d’accès à l’information qui lui ont été adressées à ce sujet. Rappelons qu’un article de Pivot1 a révélé que la municipalité de Rivière-du-Loup a instrumentalisé un programme particulier d’urbanisme afin de favoriser l’entreprise Medway dans un projet de développement résidentiel et commercial.

…et une consultation publique compartimentée

Pour lancer la période de consultation publique, la Ville a tenu une séance d’information sur le projet le 10 mai dernier, à laquelle près de 150 personnes ont participé. Pour plusieurs, l’idée de construire un nouveau quartier résidentiel sur cette forêt entretenue et aimée par la population du quartier était impensable. Parmi leurs inquiétudes, on comptait la perte de la biodiversité, de la résilience écologique du milieu – notamment la détérioration des nombreux milieux humides – ainsi que de la qualité de vie dans le quartier. En réponse à la tension palpable dans la salle, le directeur du Service d’urbanisme, Jean-Philip Murray, a assuré qu’il n’y avait pas d’inquiétude à y avoir puisque rien n’était encore décidé, et que la Ville allait écouter les demandes de la population dans la réalisation du projet.

En effet, le PPU oblige la municipalité à consulter la population. Des « ateliers de travail » ont été tenus le 25 et le 27 mai à cet effet. Votepour.ca, la firme responsable de la consultation Rimouski-2030, a été engagée pour tenir ces exercices de participation citoyenne auxquels une quarantaine de personnes ont participé. Toutefois, il semble important de souligner que le mode de fonctionnement des ateliers, par petits groupes de travail et mots-clés rédigés sur des « post-it », limitait sérieusement toute forme de débat. Premièrement, parce que le « post-it » ne permettait pas l’élaboration d’arguments complexes et nuancés, mais aussi parce que la séparation des participants et des participantes en petits groupes rendait impossible le partage collectif des idées et de l’information. À ce sujet, la Ville a démontré une forte volonté d’éviter les débats en grand groupe, tant dans ses séances d’information et de consultation qu’au conseil municipal. Malgré les limites importantes du mode de consultation, les personnes présentes ont exprimé une forte opposition au projet, comme en témoignent les nombreux « post-it » rédigés pendant l’activité.

Un autre mode de consultation, en ligne celui-là, était organisé par la municipalité même. Sans grande surprise, aucune place n’était prévue pour que la population s’oppose au développement du secteur. Par contre, comme il était possible de suggérer de nouvelles questions, un citoyen a suggéré l’énoncé « Il devrait y avoir un développement résidentiel sur la forêt de Pointe-au-Père »… et 78 % ont répondu être plutôt ou totalement en désaccord. Cette forte opposition est également visible dans les commentaires laissés sur la page Web de la consultation2.

Toujours la sourde oreille au conseil municipal

Somme toute, à toutes les étapes de la consultation menée par la Ville, la population s’est montrée sceptique quant à la pertinence de détruire ce milieu de vie alors que de nombreux terrains sont sous-utilisés au centre-ville. De plus, les activités de valorisation de la forêt et la pétition pour sa protection lancée par le groupe Mobilisation forêt Pointe-au-Père ont déjà rejoint le nombre total de personnes ayant participé à la consultation organisée par la Ville. Pourtant, le maire Guy Caron ne cesse de répéter, autant en entrevue que lors des séances du conseil municipal, que le projet ira de l’avant coûte que coûte. Comme quoi, l’acceptabilité sociale n’est pas une priorité pour l’administration Caron. On se demande alors pourquoi investir autant dans des processus consultatifs si c’est pour ignorer de telle manière leurs conclusions…

1. Sam Harper, « Une histoire d’amour entre la Ville et le promoteur : le projet Medway de Rivière-du-Loup », Pivot, 19 avril 2023, https://pivot.quebec/2023/04/19/une-histoire-damour-entre-la-ville-et-un-promoteur-le-projet-medway-de-riviere-du-loup/

2. Ville de Rimouski, Consultation « Pointe-au-Père : on veut vous entendre », 2023, https://consultation.rimouski.ca/groups/types-dhabitation-35e52e46c269

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