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Grève des stages: le cadre légal de l’exploitation

Par Flavie Paquin Chabot le 2022/10
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Grève des stages: le cadre légal de l’exploitation

Par Flavie Paquin Chabot le 2022/10

La lutte pour la reconnaissance du travail étudiant est une entreprise monstre contre l’exploitation tentaculaire et systémique des personnes œuvrant (entre autres et majoritairement) dans les milieux du care et de la culture. Le corps qui porte cette multitude de bras se nomme gouvernement, institutions, tradition et surtout patriarcat. L’analyse par les militants et les militantes du cadre légal qui gouverne les stages obligatoires dans les programmes collégiaux, universitaires ou professionnels au Québec est ancrée dans cette réalité : le travail traditionnellement féminin souffrira toujours de la non-reconnaissance par celles et ceux qui en profitent.

Outre le salariat, la protection des droits et de l’intégrité des stagiaires a toujours été au cœur des revendications du mouvement pour la reconnaissance du travail étudiant. Le 24 février 2022, l’Assemblée nationale du Québec adoptait le projet de loi 14 présenté sous le titre Loi visant à assurer la protection des stagiaires en milieu de travail. Cette loi prévoit jeter un baume sur les injustices vécues par les stagiaires dans leurs milieux de stage en leur permettant de bénéficier de la plupart des recours offerts par la Loi sur les normes du travail (LNT) tout en tenant compte des réalités particulières qui ont trait aux stages1.

 Une victoire? Certainement. La fin du cauchemar? Aucunement. Cette loi, qui a nul doute vu le jour grâce aux multiples moyens de pression mis en place par les militants et les militantes, vient certes répondre à plusieurs cris d’alerte lancés par les stagiaires depuis de nombreuses années sur leurs conditions de travail déplorables et le manque de ressources pour y remédier. Cependant, lorsque nous nous embrouillons dans le domaine juridique, il est facile de se perdre dans une dynamique qui encourage la désolidarisation et l’individualisation. La lutte est légale, mais elle est également idéologique. Nos gouvernements auraient pu utiliser leur temps et leur énergie pour chercher à inclure les stagiaires dans la LNT à titre de travailleuses et de travailleurs salariés, mais ont décidé de pondre cette loi toute spéciale ne considérant que la moitié des demandes. Leur acharnement à laisser la porte grande ouverte à l’utilisation de personnes en formation comme cheap labor met en évidence le mépris ou du moins le manque de valeur accordée aux métiers qui entrent sous le cadre du care ou de la reproduction, puisque leur indifférence quant aux conditions de travail ne prend pas fin à l’obtention du diplôme.

La salarisation des stages ne passera pas par l’exclusion et la création de clauses spéciales cimentant la précarité des travailleurs et des travailleuses qui effectuent jusqu’à des milliers d’heures impayées. On peut reconnaître que les stagiaires, dans le cadre de leur pratique, ne sont pas employé·e·s, mais ils et elles ne sont pas non plus des observateurs passifs ni des observatrices passives. C’est cette « zone grise » qui les condamne et la nouvelle loi ne vient pas clarifier leur statut. Gardons en tête l’un des objectifs clés : la salarisation de tous les stages, à tous les niveaux. Les tentacules nous arrachent au groupe en forçant une compétition imaginée. Qui travaille le plus? Qui mérite un salaire?

1. André Baril, « Loi visant à assurer la protection des stagiaires en milieu de travail. Les stagiaires se voient octroyer une protection en grande partie similaire à celle des employés », McCarthy Tetrault, 11 avril 2022, https://www.mccarthy.ca/fr/references/blogues/conseiller-de-lemployeur/loi-visant-assurer-la-protection-des-stagiaires-en-milieu-de-travail-les-stagiaires-se-voient-octroyer-une-protection-en-grande-partie-similaire-celle-des-employes

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