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Vivre et transmettre

Par Diane Chevrier le 2022/08
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Vivre et transmettre

Par Diane Chevrier le 2022/08

Pensez-vous qu’il soit possible de vivre en autarcie dans la forêt boréale québécoise? Si vous en doutez, il vous faut à tout prix regarder le documentaire peaufiné pendant sept ans et réalisé par Laura Rietveld, La famille de la forêt (2022). Cette documentariste, lauréate du Prix du Conseil des arts et des lettres du Québec (2015), nous fait découvrir le vécu remarquable de Gérard Mathar et de Catherine Jacob, et celui de leurs trois garçons, Côme, Ossyane et Jonas.

Il y a quinze ans, cette famille quitte la région de l’Ardenne, en Belgique, et vient s’installer sur la pointe de la Gaspésie. Sur une superficie de 22 hectares de forêt, ils créent, de A à Z, un milieu de vie en parfaite harmonie avec la nature majestueuse qui les entoure. Leur aventure n’est pas comparable à l’idyllique trip du retour à la terre des années soixante-dix. Encore moins à la commune de Roch (Moïse) Thériault en Gaspésie, sur le mont de l’Éternel. Les parents Jacob-Mathar construisent, de leurs propres mains, maison et bâtiments attenants et aménagent un immense potager. Ils travaillent sans relâche du matin au soir, sept jours par semaine, et écoulent sur le marché régional les produits de leurs récoltes forestières (Gaspésie sauvage). Les enfants participent, bon gré mal gré, aux innombrables travaux que nécessite leur mode de vie familial et fréquentent les institutions scolaires.

Visiblement, La famille de la forêt propose deux pistes de réflexion : celle de l’autonomie alimentaire respectueuse de l’environnement et celle de l’éducation impliquant une transmission de valeurs. Si Catherine et Gérald réalisent un rêve, ils se font aussi un devoir d’enseigner à leurs enfants la base de leur sécurité vitale : savoir construire une maison, élever des animaux, cultiver un potager et cuisiner. Cette discipline amène toutefois son lot de contraintes pour les enfants qui se sentent différents de leurs amis. Côme, Ossyane et Jonas suivront-ils la voie tracée par leurs parents?

Au-delà de ces considérations, le film nous transporte dans un univers de beauté et de poésie. Un décor magnifique, une maison imprégnée de l’âme artistique de Catherine, du miel, du fromage, du beurre, des légumes, des fruits, des champignons, des œufs, tous en abondance, des animaux libres et attachants, tels sont leurs trésors inestimables. Gérard et Catherine proclament, à tour de rôle : « C’est le paradis! » En toute saison, à toute heure du jour, Alex Margineanu, à la direction de la photographie, a su capter la lumière naturelle des lieux et Ramachandra Borcar a su envelopper le tout d’une musique sublime.

À travers cette luxuriance, sans prêchi-prêcha, tout simplement, les Jacob-Mathar transmettent leur philosophie : vivre à même la nature exige le respect du vivant. « Tu vas te servir, mais tu n’exploites pas, en aucun moment, tu prends ce qu’il te faut, puis c’est tout », affirme Gérard. Catherine d’ajouter : « Vivre avec la nature, c’est suivre son rythme, puis l’apprécier surtout. C’est ce qu’on fait. »

Il faut voir La famille de la forêt pour retrouver confiance en l’humanité, pour raviver l’espoir de jours meilleurs, et pour réaliser la proximité des bienfaits de la nature. À coup sûr, vous serez ravis et émus, à plusieurs reprises, par cette histoire d’amour et de passion.

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