Exclusivité Web

Le Nitaskinan, cœur de l’exploitation forestière destructrice d’un tout

Par Chloé Pelletier le 2022/03
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Le Nitaskinan, cœur de l’exploitation forestière destructrice d’un tout

Par Chloé Pelletier le 2022/03


Ces coupes forestières sont abusives, démesurées et faites sans égard à nos droits. Les aménagements forestiers sont insensibles à notre mode de vie et à notre capacité d’exercer nos activités traditionnelles. Cette pratique qui va à l’encontre de nos droits doit cesser immédiatement.

[…]

Nous exigeons aujourd’hui le développement d’une nouvelle relation entre le gouvernement, l’industrie et nous. Il faut un appel à l’industrie forestière pour prendre en considération ce qui convient de nommer une dépossession et d’avancer vers un équilibre des intérêts économiques plus juste et plus équitable.

– Extrait de la lettre ouverte destinée au premier ministre du Québec, 2 novembre 20211

 

Dans le cadre de mes études, je suis allé·e à la rencontre de la communauté Atikamekw de Wemotaci, sur le Nitaskinan – territoire ancestral revendiqué. Sur les routes forestières reliant les trois communautés Atikamekw (Opitciwan, Wemotaci et Manawan), les allées et venues des camions remplis de bois fraîchement coupés sont constantes.

Après des années à constater l’expansion des travaux forestiers sur leur territoire ancestral sans que leurs appels à des procédures de consultation réelle soient entendus et respectés, la Nation Atikamekw Nehirowisiw a entrepris la mise en place d’un moratoire contre les coupes forestières en novembre 2021.

Le territoire (notcimik) désigne bien plus qu’une surface exploitable. Il désigne un ensemble d’interactions entre les différents êtres vivants et non vivants le constituant, une richesse culturelle de lieux historiques, de sites d’activités traditionnelles, de portages marchés depuis des temps immémoriaux et un espace de transmission intergénérationnelle. Notcimik est central à l’identité individuelle et collective atikamekw nehirowisiw.

Parce qu’il est plus que temps que nous (Blancs) écoutions et parce que leurs mots parlent d’eux-mêmes, voici les témoignages d’une aînée et d’un aîné en réponse à la question suivante : « Peux-tu me parler de ta relation au territoire ? » :

Il y a longtemps j’ai travaillé plusieurs années en ville et il fallait absolument que j’aille sur le territoire, on dirait que j’avais de la misère à respirer. Et là, je venais ici, je m’en allais sur le territoire, là ça va. Je pouvais mieux respirer. Vital, je dirais vital (Rires). Pour tous les Autochtones.

[…] Même ma petite fille, elle avait huit ans je pense. Durant l’été, il y a eu de grandes coupes à leur résidence et les machines étaient encore sur le terrain en train de couper les arbres, la petite fille voulait pleurer et a dit à son père : « Papa, va donc leur dire qu’ils arrêtent ça, pourquoi ils font ça?! » Elle voulait pleurer. Eux aussi, ça leur fait de la peine et pourtant ce sont des enfants! Même eux, ça leur fait déjà mal de voir ce qu’ils font au territoire, qu’ils appauvrissent le territoire.

Aînée de la communauté de Wemotaci, août 2021

Comment je le vois? Ils [les Blancs] sont en train de détruire le territoire. Peut-être est-ce la raison de tout ce qui arrive en ce moment arrive, le fait que l’on soit malade [en référence à la pandémie de COVID-19]. Les arbres, le territoire, c’est eux qui nettoient. Les arbres et le territoire ne sont plus assez forts parce qu’on a trop détruit à cause de la coupe forestière. Si on leur en fait part, ils n’écoutent pas et ils le font pareil. Ils détruisent tout.

Ceux qui ont fait l’expédition en canots2, ils n’ont pas même pas trouvé les portages parce que tout était détruit. Ils ont dû passer par des chemins divers. Même si on leur a dit de ne pas faire de coupes à ces endroits, de les faire à côté, ils les font pareil.

[…]  Il suffit d’une seule machine pour détruire beaucoup, ils font de la coupe jusqu’au matin. Nous voyons les lumières dans les montagnes lorsqu’ils font de la coupe. Le matin, une autre équipe prend le relais.

Aîné de la communauté de Wemotaci, août 2021

[1]. Rédigée par le grand chef de la Nation Atikamekw Nehirowisiw : Constant Awashish, le Chef de Manawan : Paul-Émile Ottawa et des chefs de territoires familiaux : Aurèle Dubé, Bruno Dubé, Henri Dubé, Isidore Dubé, Jean-Jacques Dubé, Paul Dubé, Paul-Émile Dubé, Armand Echaquan, Robert Echaquan, Denis Flamand, Jean-Guy Flamand, Léon Flamand, Maxime Flamand, Rodrigue Jacob, Gaston Moar, Hervé Moar, Jean-Pierre Moar, Paul Nequado, Jean-Louis Néwashish, Michel Néwashish, Jacquelin Ottawa, Jean Ottawa, Jean-Yves Ottawa, Joseph Ottawa, Mario Ottawa, Paul-Émile Ottawa, Almas Petiquay, Basil Petiquay, Alain D. Quitich, Léo Quitich et Viateur Quitish.

2. En référence à l’expédition des Grands Aventuriers en canots de Opitciwan à Opictikweiak (Québec) pour lutter contre le racisme. L’expédition, effectuée par plus d’une cinquantaine de personnes, a duré près de deux semaines, de fin juillet à début août 2021.

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