Champ libre

Ailleurs si on y est

Par Louis Poulain le 2018/03
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Champ libre

Ailleurs si on y est

Par Louis Poulain le 2018/03

Le Théâtre du Bic a l’art d’être un lieu propice à la création. Ce haut lieu d’expérimentation artistique défend l’idée d’un théâtre populaire, fondamentalement ancré dans la réalité et à l’écoute de son public. Les programmateurs n’hésitent pas à proposer des spectacles subversifs et originaux. À preuve, un joyeux collectif faisait récemment bloc et présentait sa pièce, tout en nous donnant l’envie d’aller voir ailleurs si on y est...

Le spectacle Ailleurs si on y est repose à la base sur une observation : le fait que Rimouski est une ville de passage. Les Rimouskois partent vers les grands centres, les nouveaux arrivants restent un temps, puis repartent. Hormis quelques contre-exemples notables, certains trentenaires restent tiraillés entre l’envie d’ailleurs et l’ancrage bas-laurentien.

Pour Stéphanie Beaudoin, interprète, « l’enracinement et l’exil sont des thèmes qui nous touchent particulièrement et à plusieurs niveaux. On s’est rendu compte que notre cercle d’amis était volatile et cette tension entre l’idée de partir et le fait de revenir nous habite. On a eu l’idée et l’envie d’en faire un spectacle. »

Afin d’étoffer sa réflexion et de donner une ossature au projet théâtral, le collectif de création a sollicité la collaboration de la communauté rimouskoise. Plusieurs ateliers participatifs ont ainsi eu lieu au cours desquels les participants étaient invités à bouger et à danser à partir de thématiques comme le voyage, le départ ou le retour au bercail. Comment aborder corporellement notre relation au territoire? Comment l’incarner et la représenter? C’est à ces thématiques que s’est attaquée Stéphanie Beaudoin, spécialiste du théâtre communautaire qui vise « à redonner une place à la parole citoyenne dans un immense souci éthique. Le but est de donner aux gens des espaces pour s’exprimer sans les contraindre. »

De ces ateliers, véritables socles du spectacle, a émergé une poésie inspirée par le mouvement des participants. Entre poésie récitée, théâtre physique et danse, le collectif a dégagé plusieurs thèmes déclinés en plusieurs tableaux qui croisent plusieurs formes d’art. Ne manquait que les arts visuels, et le collectif a fait appel à Marc Lepage, photographe et vidéaste, qui a filmé les performances sous tous les angles. « Comme on n’avait aucune idée d’où l’on s’en allait, j’ai disposé des caméras partout dans tous les sens pour ne rien rater de ce que les gens présents avaient à offrir. » Après un travail de montage, la capture vidéo des mouvements participatifs a pu être projetée derrière la scène pendant que les artistes illustreraient, à leur façon, par la danse ou le théâtre, les propos au cœur du spectacle.

Ailleurs si on y est réunit théâtre, poésie, danse, expression corporelle, vidéo et une musique originale signée par l’artiste rimouskois Thomas Gaudet-Asselin. Le Théâtre du Bic présentait encore une fois par ce spectacle une certaine idée du théâtre : un théâtre protéiforme, qui ose prendre des chemins de traverse et qui donne une voix à sa population. Rien de moins!

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