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Pourquoi ne votent-ils plus?

Par Ian Parenteau le 2015/07
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Pourquoi ne votent-ils plus?

Par Ian Parenteau le 2015/07

Depuis quelques décennies maintenant, d’élection en élection, un constat s’impose au Québec : les électeurs votent de moins en moins. Le taux de participation électorale lors des élections générales était en moyenne de 78 % de 1931 à 1981. Depuis, ce taux a chuté à 73 % et continue de dégringoler. Il a même atteint 57 % en 2008. Ce phénomène n’est pas unique au Québec, il s’observe dans presque toutes les démocraties occidentales.

Doit-on s’inquiéter de la désaffection des citoyens pour les urnes? Certainement et pour plusieurs raisons. Dans un sens philosophique, cette tendance met à mal l’idéal démocratique puisque le pouvoir se trouve de moins en moins partagé par tous. Les élus eux-mêmes en souffrent aussi dans la mesure où ils disposent d’une moins grande légitimité, n’ayant recueilli la sanction électorale que d’une minorité de citoyens. De plus, faut-il voir derrière cette situation un manque d’intérêt croissant des citoyens pour les affaires publiques, du moins pour une certaine manière d’appréhender le rôle du pouvoir politique.

Les causes de l’absentéisme électoral

Les causes de l’absentéisme électoral sont nombreuses et complexes. Certaines études pointent vers la crise de confiance qui secoue les élus. D’autres montrent plutôt que le manque de compétences politiques des électeurs, en particulier chez les jeunes, contribuerait au peu d’intérêt que ceux-ci manifestent pour les campagnes électorales. Le mode de scrutin uninominal québécois serait un autre motif d’insatisfaction qui nourrit le décrochage électoral. Je dirais que ces facteurs amplifient certes ce phénomène, mais ils n’en constituent pas pour autant la cause la plus profonde. Les pays ayant un régime électoral proportionnel et où les électeurs sont mieux informés de la politique affichent eux aussi des taux déclinants de participation électorale.

Le désintérêt grandissant des citoyens pour la chose politique est d’abord et avant tout alimenté idéologiquement. En effet, ce désintérêt repose sur une conception du monde où le pouvoir politique est mis en compétition avec d’autres pouvoirs, notamment avec le secteur économique. Cette conception conduit certains électeurs à croire que les élus sont de moins en moins capables d’agir sur certains enjeux. Inutile dans ce contexte, se disent-ils ou en sont-ils vaguement conscients, d’aller voter pour des personnes incapables.

Le premier fautif est bien entendu la mondialisation économique. Les différents accords commerciaux et fiscaux dont le Québec est signataire – souvent par le biais d’une décision du Canada en ce sens – réduisent l’influence des élus et du gouvernement du Québec sur les questions économiques. Il ne lui suffit plus maintenant de soutenir les grandes entreprises québécoises, comme ce fut le cas à une autre époque, pour créer des emplois et stimuler l’économie. L’économie québécoise est de plus en plus tributaire des actions des grands acteurs de l’économie mondiale notamment des multinationales. Par ailleurs, le contexte de l’heure où l’on assiste au rétrécissement de la taille de l’appareil étatique contribuerait également à véhiculer l’idée selon laquelle les élus disposent de peu de capacité d’action.

Le second fautif se trouve aussi à l’échelle globale. Certains enjeux actuels, conformément à leur essence, sont précisément globaux. C’est par exemple le cas du réchauffement climatique et de la menace des organisations radicales antioccidentales qui nécessitent d’engager des actions qui transcendent l’échelle nationale des États où est traditionnellement confiné le pouvoir politique suivant le système westphalien (sur la scène internationale, les États sont les seuls dépositaires de la souveraineté politique). Dans cette perspective, les citoyens qui se déclarent particulièrement préoccupés par la progression de l’État islamique ou encore par la désertification des sols et l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes auront tendance à se désintéresser des affaires politiques de l’État. S’étant engagés dans des causes moins directement « politiques », ces citoyens négligeraient d’accomplir le premier de leurs devoirs civiques.

Comment remobiliser les électeurs?

Que peut-on faire pour renverser cette tendance? Il faut d’abord mieux comprendre les raisons du désintérêt croissant pour la politique qui se manifeste partout dans les démocraties occidentales où les règles électorales et les pratiques politiques sont pourtant différentes du Québec. De manière complémentaire, il est nécessaire de chercher à préciser quels sont les éléments du contexte électoral auxquels les citoyens prenaient jadis davantage part. Parmi ces éléments, est-il possible d’en réactualiser certains? Du point de vue de l’administration électorale, il faut aussi continuer d’adopter des mesures pour faciliter le vote des électeurs en faisant preuve d’innovation. Enfin, comme dernière solution pour augmenter l’intérêt des citoyens pour la politique et les remobiliser électoralement, il faut plus largement insister sur l’idée que les élus jouent encore un rôle déterminant dans la défense des intérêts collectifs ici comme ailleurs.

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