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Les écologistes sont-ils contre le développement?

Par Danie Royer le 2014/03
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Les écologistes sont-ils contre le développement?

Par Danie Royer le 2014/03

Les écologistes ont mauvaise presse et sont qualifiés par certains d’« enverdeurs », de « nonistes » et de « bloqueurs de projets ». Certaines organisations citoyennes préoccupées par les enjeux environnementaux, comme le regroupement interrégional sur les gaz de schiste, refusent parfois même d’être associées au mouvement écologiste. D’un côté, les promoteurs de projets, souvent soutenus par les gouvernements au nom du développement économique, tentent de discréditer le discours des écologistes en les accusant d’ « irrationalité » et d’ « irresponsabilité ». De l’autre, les écologistes s’opposent soi-disant à toute forme de développement au nom de la préservation de la nature. Les camps sont facilement caricaturés entre les « bons développeurs » et les « hippies-granos ». S’il est vrai que les écologistes remettent en question le mode de production et de consommation, il faudrait proposer une redéfinition de l’économie et de l’écologie pour aborder les enjeux du développement liés au modèle économique actuel.

La création de richesse

« Le dossier du gaz de schiste a été parti tout croche », a soutenu Pauline Marois, avant d’expliquer que son gouvernement, contrairement au précédent, verrait à mieux « mettre en valeur » les ressources à exploiter au Québec, notamment dans le cas du pétrole1. Selon cette logique, le gouvernement actuel réduit les contestations contre des projets de développement comportant des dangers environnementaux à une incompréhension et délégitime la contestation en prétendant que la création de richesse est une valeur plus importante que celle de la protection de l’environnement. Par exemple, selon la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, l’échec des gaz de schiste n’est attribuable ni au gouvernement, ni aux industries, mais bel et bien à la population, qui n’a pas saisi tout le potentiel économique de la filière. Avec ce genre de discours, les contestations récurrentes ne changent rien : les promoteurs, alliés des gouvernements, doivent avoir le courage de partir à la conquête des régions dites « ressources » afin d’y apporter la bonne nouvelle de la création de la richesse.

Selon ce discours économique, la richesse est « tangible » – la preuve, elle se mesure par d’audacieuses promesses d’emplois directs, mais surtout indirects (entreprises de construction, fournisseurs, restauration, etc.). Ce discours poursuit une politique « des grands nombres » (emplois créés, profit potentiel, etc.) pour monopoliser le cœur du débat, ne laissant aux écologistes que la légitimité de l’imaginaire et de l’intangible. Certes, les risques environnementaux existent, mais sont-ils vraiment mesurables? Au final, toute la difficulté actuelle de l’argumentaire écologiste est là : comment faire valoir sa légitimité auprès de citoyens à qui on ne laisse guère le choix?

Le territoire comme habitat

Pour les personnes et les milieux ciblés par des projets économiques d’envergure (mines, puits d’hydrocarbures, barrages hydroélectriques), prendre position est loin d’être évident, notamment dans les régions périphériques (Côte-Nord, Gaspésie, Abitibi-Témiscamingue) où les projets proposés représentent souvent les moteurs économiques tant souhaités pour sortir d’un marasme social fortement ressenti. Le gouvernement a beau jeu d’invoquer le soi-disant « consensus » entourant ces projets pour aller de l’avant avec des investissements majeurs qui vont stimuler l’économie régionale. Les quelques voix dissidentes sont souvent supprimées et évacuées des lieux de « consultation ». Et nous n’abordons pas la place accordée aux autochtones et à leur conception du territoire.

Une définition plus large de l’économie, telle que la proposait Aristote, consisterait à la comprendre comme oikos, comme une façon d’habiter le territoire en tenant compte des éléments qui le composent. L’environnement est donc l’« habitat » de l’être humain, et bien plus que cela. En plus de préserver la qualité des milieux et la beauté des paysages, le discours écologiste vise à redonner à l’économie une fonction bel et bien pratique, mais qui prend en compte les limites et les risques de l’exploitation des ressources.

Toutes et tous écologistes

Ainsi, l’écologie ne s’oppose pas à l’économie. L’économie de type capitaliste, par contre, exige un développement à croissance exponentielle qui décompose les territoires en « ressources potentielles » et réduit l’être humain à une simple force de travail sur le marché. Dans le cas des hydrocarbures, l’accumulation des risques liés à l’exploitation (ex. : fuite, explosion, élimination des boues de forages) et au transport (ex. : accident ferroviaire et marin, bris d’oléoduc) transforme les dangers en catastrophes bien réelles. La transition énergétique permettant de sortir du modèle pétrolier actuel demande un effort d’imagination pour entrevoir une économie qui prend en compte d’autres dimensions comme la qualité des territoires dans la durée et, conséquemment, la qualité de vie des habitants. Les écologistes, et sans doute bien des citoyennes et des citoyens au-delà de cette étiquette, portent un message récurrent : habiter autrement les territoires est une mesure valable d’un autre développement, possible et souhaitable.

  1. Alec Castonguay, « PaulineMarois : Nous allons exploiter le pétrole du Québec », L’Actualité, 25 mars 2013, www.lactualite.com.

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