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Dinosaures à l’horizon

Par Yves Boudreault le 2014/03
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Dinosaures à l’horizon

Par Yves Boudreault le 2014/03

L’or noir est à la fois source d’énergie et matière première. Or, les hydrocarbures, dans leur ensemble, ont deux défauts majeurs : ils se trouvent en quantités limitées et sont notre principale source de pollution. Que l’humanité n’en ait pas eu conscience en s’engageant dans la voie de leur exploitation est une chose, mais que nous fermions aujourd’hui les yeux sur ces faits en est une autre.

Y a-t-il des substituts aux hydrocarbures en termes d’apport énergétique? L’énergie éolienne? Après avoir observé deux étés durant l’unique route menant au chantier du parc éolien de Lac-Alfred dans la vallée de la Matapédia, on constate qu’aucune éolienne n’aurait pu être érigée sans pétrole. Au plus fort des travaux, jusqu’à cent cinquante véhicules faisaient quotidiennement l’aller-retour dans le rang. C’est sans compter la machinerie lourde qui brûlait des milliers de litres d’essence sur le chantier même. Pas de pétrole, pas d’éoliennes.

L’énergie hydroélectrique? Même constat : des véhicules et de la machinerie lourde qui consomment de monstrueuses quantités de pétrole. Pas de pétrole, pas de grands barrages. L’énergie solaire? Problème semblable : l’extraction, la transformation des matières premières et le transport sont des processus dépendant des hydrocarbures. Pour l’heure, toutes ces solutions de remplacement sont encore carrément tributaires de l’or noir.

En tant que matière première, le pétrole entre dans la composition de nombreux polymères : des fibres synthétiques aux matières plastiques, jusqu’au caoutchouc des pneus de nos véhicules. Difficile d’imaginer que nous pourrions chausser nos voitures en cultivant des végétaux qui produisent naturellement du latex.

Il nous faut donc envisager en même temps (et idéalement dans un avenir assez proche) une multitude de nouvelles options dédiées à différentes facettes de notre mode de vie. Et c’est possible. Mais en tenant compte de l’inertie sociale, c’est assez peu réaliste. Ou alors, il nous faut renoncer à ce mode de vie à l’occidentale.

Nous savons désormais que tous les écosystèmes de la planète sont interreliés et que les ressources et leur capacité à se régénérer sont limitées. Combien d’êtres humains la Terre peut-elle supporter? Dix, douze, quinze milliards? Les chiffres absolus n’ont ici aucune importance. Le principe, toutefois, en a beaucoup. Quand l’humanité a-t-elle prévu arrêter de se reproduire?

Certains affirment que nous devrions délaisser l’idée de la croissance infinie (plus ou moins explicitement promue par le néolibéralisme), pour plutôt embrasser le développement durable. Malheureusement, le développement durable ne suffira pas. Il ne ferait que ralentir l’arrivée du mur auquel nous faisons face. Car qui dit développement dit encore expansion, et qui dit durable dit toujours sans fin.

Ne devrions-nous pas plutôt tenter de repenser les besoins de l’humanité en fonction d’une « organisation viable ». Autrement dit, nous devrions chercher des moyens pour réintégrer notre place au sein des cycles naturels, pour y contribuer positivement à long terme (plutôt que simplement continuer à exploiter hardiment les ressources, en ne poursuivant jamais que des objectifs économiques au détriment de l’équilibre global).

Si le pétrole et ses dérivés ont d’abord été perçus comme une panacée, ils sont aujourd’hui devenus le symbole de notre incommensurable inconséquence. Et même si nous leur trouvons rapidement des substituts efficaces, nous devrons encore faire face au problème des ressources limitées en regard de la croissance infinie.

Le système capitaliste, même si nous pouvons lui trouver de bons côtés, est pour notre planète l’équivalent d’un bourreau sadique. Lui appliquer des rustines politico-économiques ne le rendra pas meilleur. Pas plus que cela ne nous permettra de rééquilibrer l’écosphère, que nous malmenons comme jamais.

Dans l’expression énergie fossile, ce n’est pas le mot énergie qui s’impose, mais le mot fossile. Et fossile résonnera toujours avec dinosaures. Continuons de surconsommer, de gaspiller, de polluer, de n’avoir d’horizon qu’un mandat politique à la fois, et nous les rejoindrons bientôt!

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