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Les moutons se font rouler dans la farine

Par Luc Bélanger le 2014/01
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Les moutons se font rouler dans la farine

Par Luc Bélanger le 2014/01

Le Canada a récemment signé son plus important accord de libre-échange économique avec la plus grande économie mondiale, l’Union européenne (UE), composée de 27 pays, dont la France, l’Allemagne, la Suisse, la Pologne, la Suède, le Danemark, et 400 millions de personnes. Cet accord abolit les revenus douaniers sur les biens et services, ce qui signifie une ouverture globale et totale à tous les produits de consommation à l’exception peut-être du lait et de la viande de phoque.

L’avenir économique du Québec dans un marché mondialisé est chose faite ou presque. Certains anciens premiers ministres du Québec, Johnson, Charest, Bouchard, Landry et Parizeau, ont émis des commentaires dans les médias ou ont travaillé à l’entente avec l’UE. Au plus fort des pourparlers et lors de la signature du gouvernement canadien avec l’UE, seules de très brèves et rares informations réconfortantes expliquaient combien cet accord était essentiel et allait se traduire en économies pour les consommateurs canadiens.

Mais de quoi est-il question en ce moment? Quel est le sujet chaud depuis des semaines? La Charte des valeurs québécoises. Ce débat très émotif aura permis de passer sous silence la signature de cet accord de libre-échange, comme si les réflexions ne pouvaient venir que du flux médiatique, de l’actualité spectacle. Même le dernier Mouton Noir comptait huit textes sur la Charte et aucun sur le libre-échange avec l’UE. Les ultra-capitalistes nous ont roulés dans la farine en plaçant la Charte au premier plan et en reléguant l’accord de libre-échange au rang des faits divers. Pourtant, lequel de ces deux projets aura une incidence majeure sur l’écart entre les riches et les pauvres, les émissions de CO2 dans l’atmosphère, sur les revenus de l’État, la baisse du taux de syndicalisation des travailleurs, la fermeture des fermes, la délocalisation de notre secteur manufacturier?

Être pour la mondialisation économique est une chose, chacun a droit à ses opinions. Mais lorsque les représentants politiques signent ces accords sans en faire un enjeu électoral, ni même en débattre sur la place publique, et que l’ensemble des médias de masse nous présente cet accord commercial comme un fait divers, là, ça ne va plus du tout! Ce genre d’entente économique taillée sur mesure pour la grande entreprise devrait être soumise à la population par référendum populaire. La démocratie doit permettre à l’électeur de devenir un « citoyen législateur ». La démocratie directe dans un système fédéré permettrait aux gens et aux peuples d’approuver ou de rejeter, avec leurs représentants, des projets de lois, ce qui légitimerait les actes gouvernementaux et donnerait aux citoyens une réelle expérience de la vie politique.

Réformer la Constitution en ce sens éloignerait la population de la mascarade parlementaire. Un peu plus de 50 % de la population vote tous les quatre ans sans trop d’espoir et les plus engagés jouent de la casserole dans la rue dans l’espoir qu’un ministre daigne les écouter! La question n’est pas de savoir si on est pour ou contre le libre-échange, le mariage gai, le transport du pétrole albertain sur le Saint-Laurent, le port du voile, etc., mais de se doter de bons mécanismes décisionnels par lesquels le citoyen peut exercer des pouvoirs législatifs dans un cadre parlementaire et légal. Poursuivre aujourd’hui dans la voie de l’engagement individuel pour une cause sociale et accepter d’être représenté par des partis politiques, c’est un aller simple vers la fosse commune. Les mers montent, les calottes glaciaires fondent, une grande part de l’humanité manque de nourriture et les solutions proposées passent toujours par l’économie. Les mots égalité, liberté, progressisme et démocratie ont été remplacés par équité, libéralisme, technologie et gouvernance. Le système parlementaire britannique ne forme pas les élus à l’amélioration du bien public, mais à sa « dévaluation ». Certes, l’exercice de la liberté n’est pas chose facile, mais tout déléguer à une classe dirigeante n’est pas sans conséquence.

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