Non classé

La révolution des potagers

Par Sandrine Vachon le 2013/09
Image
Non classé

La révolution des potagers

Par Sandrine Vachon le 2013/09

Des cours résidentielles sagement recouvertes de pelouse. Des espaces publics asphaltés ou bordés de timides plates-bandes d’annuelles. Des terrains vagues à l’abandon où règnent le gazon et les mauvaises herbes. Vous reconnaissez ce paysage ? Il y a de fortes chances que ce soit ainsi dans votre voisinage. Il semble bien loin le temps où vos grands-parents avaient un jardin qui remplissait les pots de conserves et nourrissait les enfants tout l’hiver…

L’agriculture industrielle a changé notre rapport à la terre. Nous dépendons maintenant des monocultures et de leur réseau de distribution pour assurer notre subsistance. Depuis des années, pourtant, des voix s’élèvent pour dire que cette façon de faire nous mènera vers une catastrophe environnementale et humaine. Avec 841 millions de personnes souffrant de malnutrition1, il n’est pas difficile de voir que l’agriculture industrielle n’a pas rempli ses promesses.

Au milieu des années 1970, deux scientifiques australiens, Bill Mollison et David Holmgren, ont inventé le concept de permaculture afin d’offrir aux citoyens désirant produire et consommer autrement une solution de rechange viable et soutenable. La permaculture, tirée de l’expression culture permanente, vise à travailler avec la nature, et non à lutter contre elle. Les passionnés de permaculture privilégient des espèces rustiques adaptées au climat et au type de sol et encouragent la biodiversité. Lorsqu’un parasite envahit leurs cultures, ils tentent de trouver la solution la plus naturelle possible, par exemple en attirant son prédateur au jardin. La permaculture vise à augmenter l’autonomie alimentaire des citoyens en les encourageant à cultiver des plantes comestibles, peu importe l’espace qui leur est accessible. En combinant des plantes qui produisent sur différentes hauteurs comme les arbres fruitiers, les buissons de petits fruits, les plantes de surface ou grimpantes et les légumes-racines, elle maximise la productivité des petits espaces.

Mais la permaculture est plus qu’une série de techniques de jardinage biologique. Elle repose sur trois principes fondamentaux : le respect de la terre, le souci des gens et le partage équitable des ressources. Elle valorise le savoir-faire des aînés, le travail collaboratif et la création de systèmes d’échanges locaux, comme les accorderies. Les ressources produites par ce travail commun doivent être réparties équitablement, afin de permettre à tous d’avoir accès à des fruits et des légumes frais. La permaculture est une approche globale où chaque maillon de la chaîne est important.

De ce concept sont nées plusieurs initiatives qui se sont étendues internationalement. La première est celle des villes en transition, développée par Rob Hopkins dans son livre Manuel de transition : de la dépendance au pétrole à la résilience locale. Ce mouvement mondial vise à créer des villes résilientes qui réussiront à s’adapter aux modifications inévitables de notre mode de vie, comme les suites du pic pétrolier et les dérèglements climatiques. En réduisant nos déchets, en construisant des maisons vertes, en encourageant l’utilisation des transports collectifs ou actifs et en créant des jardins urbains, les villes résilientes permettent de recréer le tissu social des collectivités.

L’initiative la plus récente inspirée de la permaculture est celle des Incroyables Comestibles. En 2008, deux mères de famille vivant à Todmorden, une petite ville de 15 000 habitants située en Angleterre, ont eu l’idée de rendre leur potager accessible à tous. L’idée s’est propagée et les habitants se sont joints à ce projet novateur en jardinant dans tous les espaces possibles. La ville de Todmorden, anciennement autosuffisante, avait été transformée par l’arrivée de l’industrie du coton. Lorsque les industries ont fermé, la ville s’est retrouvée avec un taux de chômage élevé. Le but de Pamela Warhurst et de Mary Clear était de « redynamiser les échanges locaux par le partage de fruits et légumes bio cultivés par les habitants et offerts librement à tous.2 » Les citoyens ont été invités à jardiner dans les potagers publics et à y récolter directement les fruits de leur labeur. Des bacs situés dans différents endroits de la ville ont permis aux citoyens de partager la production de leur propre potager avec leurs voisins. Grâce aux Incroyables Comestibles, la ville de Todmorden a réussi à combler 83 % des besoins alimentaires de sa population, tout en constatant une baisse importante des actes de délinquance.

Le mouvement des Incroyables Comestibles est une réponse à nos préoccupations sociales et environnementales. Il n’est pas étonnant de voir à quelle vitesse le mouvement se répand à travers le monde : France, Australie, États-Unis, Japon, Russie, etc. Le Québec n’est pas en reste : de nombreuses initiatives locales ont récemment été mises sur pied, notamment dans les villes de Montréal, Québec, Drummondville, Valleyfield, Saint-Georges en Beauce, Saint-Élie-de-Caxton et Rimouski.

Des cours résidentielles transformées en verdoyants potagers. Des espaces publics où des passants s’arrêtent pour retirer quelques mauvaises herbes et repartent avec des tomates fraîchement cueillies. Des terrains vagues transformés en jardins communautaires. Et si c’était possible près de chez vous ?

  1. Graham Burnett, La permaculture : une brève introduction, Les Éditions Écosociété, 2013, 142 p.
  2. Incroyables Comestibles France, www.incredible-edible.

Partager l'article

Image

Voir l'article précédent

Devenir une planète

Image

Voir l'article suivant

Encore du charbon ?