Environnement

637 km, 33 jours et une cause

Par Nicolas Martel le 2011/07
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Environnement

637 km, 33 jours et une cause

Par Nicolas Martel le 2011/07

Rimouski, le 16 mai. La marche Rimouski-Montréal pour un moratoire d’une génération démarre au parc de la Gare. Une quarantaine de marcheurs s’arrêtent devant le siège social de la compagnie Pétrolia pour manifester leur opposition à la poursuite intentée contre Ugo Lapointe, porte-parole de la coalition Pour que le Québec ait meilleure MINE, et Le Soleil à la suite d’un article paru dans le journal en décembre dernier. Avec cette action qui marque le départ de la marche, ils entreprennent un périple de 637 km qui les mènera dans une trentaine de municipalités le long du fleuve Saint-Laurent.

Ces marcheurs portent avec eux un message : ils demandent au gouvernement provincial d’imposer un moratoire de 20 ans sur les gaz de schiste et les autres énergies sales afin de laisser la chance aux générations futures de décider de leur avenir énergétique. Ce message, ils vont le livrer au bureau du premier ministre Jean Charest à Montréal le 18 juin.

Cette marche s’inscrit dans le cadre de la campagne citoyenne pour un moratoire d’une génération qui cherche, à travers l’action non violente et la création d’un espace citoyen démocratique, ouvert et autogéré, à obtenir un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, un premier pas pour sortir le Québec des énergies fossiles et du nucléaire, le tout dans une optique de solidarité intergénérationnelle.

En moins de deux mois, une petite équipe d’organisation s’est mise en place et a mobilisé différents groupes et organismes dans plus de 30 localités le long du Saint-Laurent afin de planifier le trajet et les activités pour les 33 jours de la marche. Les organisateurs locaux peuvent être de petites organisations comme le comité de l’environnement du Cégep de La Pocatière ou bien des gens engagés dans leur communauté comme en témoigne l’accueil chaleureux de la population de Saint-André-de-Kamouraska.

À l’entrée de chaque village où ils passeront la nuit, les marcheurs sortent les costumes et paradent dans les rues, annonçant le spectacle du soir tout en distribuant des feuillets d’information. La première partie de la veillée est consacrée à une séance d’information sur la situation dans le dossier des gaz de schiste, et la seconde aux prestations offertes par des groupes invités.

Les marcheurs, à la fin de chaque journée ou quand le besoin s’en fait sentir, organisent un cercle de parole. C’est à ce moment-là que les problèmes et les bons coups de la journée sont soulignés. Chacun a droit à son tour de parole pour partager ses idées et proposer des solutions qui seront ensuite discutées en groupe. Les marcheurs qui font plus qu’une journée du trajet sont invités à s’impliquer dans le fonctionnement quotidien de la marche. Que ce soit pour la nourriture, les communications et les médias, ou bien pour faire la sécurité sur la route, chaque personne a un rôle précis afin que le tout se déroule de manière agréable et aisée.

Pour Philipe Duhamel, co-organisateur de l’événement, cette marche n’est que le début des actions en vue du moratoire. Si elle n’a pas l’impact escompté, il y aura un appel à la désobéissance civile pour faire pression sur le gouvernement et l’encourager à réformer sa politique sur les hydrocarbures. La marche est « une tentative pour retisser le réseau citoyen le long du Saint-Laurent et au Québec, et ainsi créer un rempart capable de créer un rapport de force incontournable à l’encontre du gouvernement dans ses choix qui ne respectent pas la volonté démocratique », explique Duhamel.

Malgré l’annonce par le gouvernement de la tenue d’une étude environnementale stratégique (EES), dans la foulée des recommandations du BAPE déposées en mars dernier, les inquié-tudes demeurent. Son mandat est d’intégrer les considérations environnementales dans l’établissement d’un cadre réglementaire régissant l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste sur le territoire québécois. L’absence de représentation des groupes environnementaux et des citoyens sur le comité de l’EES, ainsi que les craintes liées aux fuites des puits déjà en exploitation et aux risques de contamination de la nappe phréatique créent de vives appréhensions chez les résidants des zones visées.

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L’arrivée de la Marche à Montréal, le 18 juin, a attiré plus de 10 000 personnes qui ont manifesté devant le bureau du premier ministre Jean Charest pour revendiquer un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Plusieurs figures publiques, dont Pauline Marois, Amir Khadir et Armand Vaillancourt, étaient présentes. Le ministre de l’Environnement, Paul Arcand, s’est dit fatigué et dérangé par les faussetés véhiculées par les opposants à l’exploitation des gaz de schiste. Selon lui, le BAPE propose des solutions viables pour régler la crise.

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