Société

Qui sont les lutins du père Noël?

Par Marie-France Pelletier le 2009/01
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Société

Qui sont les lutins du père Noël?

Par Marie-France Pelletier le 2009/01

Je me trouve chanceuse de vivre dans le milieu où je vis. J’aimerais, de même, léguer à mes enfants un monde où il fasse bon vivre. En tant que mère, je me sens triste quand je pense à certains parents qui, eux, ne peuvent offrir le énième de ce que je possède à leur progéniture. Je me suis demandé ce que je pouvais faire, moi, en tant qu’individu. Je n’ai pas l’audace et le charisme d’une Laure Waridel ni le curriculum d’un Steven Guilbeault, mais je peux, et je dois, faire ma part, si minime soit-elle, pour améliorer les conditions de vie des générations futures.

Quand j’ai soif, j’ouvre le robinet et je m’abreuve; je n’ai pas à marcher un kilomètre pour aller chercher de l’eau. Quand mes enfants ont faim, ils ouvrent la porte du réfrigérateur ou d’une armoire et ils ont le choix; je n’ai pas à fouiller dans les poubelles à la recherche de pelures ou de restes quelconques pour leur préparer un mets acceptable. Quand j’étouffe, je sors à l’extérieur respirer à pleins poumons sans porter de masque. Quand j’ai froid, je mets du bois dans le poêle ou monte le thermostat. Pour moi, pour vous, ces actions font partie du quotidien. Ces gestes, on ne les considère même plus; pourtant ce sont des gestes anodins d’une grande valeur, car, pour d’autres, c’est une question de survie. Qu’en sera-t-il dans 5, 20 ou 50 ans?

La protection de l’environnement est l’affaire de tous, mais comment certaines personnes peuvent-elles réfléchir au gaspillage des ressources naturelles quand elles n’ont même pas un grain de riz à se mettre sous la dent? Leur survie entraîne leurs pensées bien ailleurs. Il est clair que c’est à nous, les nantis, d’en faire plus, car c’est, entre autres, notre rythme de vie et notre surconsommation qui entraînent des catastrophes hors continent. Il est bon de se rappeler que, « même s’ils ne forment qu’un faible pourcentage de la population de la planète (environ 5 à 6%), les Nord-Américains consomment près d’un tiers de ses ressources et produisent plus de la moitié de ses déchets1! » Notre désir de richesses matérielles pour combler notre manque-de-sens-à-notre-vie transforme l’autre côté du globe en camp de réfugiés. La loi du marché, comme tout le monde le sait, repose sur l’offre et la demande. Si nous diminuons nos besoins de consommateurs, si nous analysons ce sur quoi repose l’essentiel de nos vies, nous pourrons ensemble avoir un impact significatif. On ne peut refaire le monde, mais on peut faire de notre milieu de vie un monde avec des valeurs plus humaines, moins matérielles.

Se préoccuper d’environnement, ce n’est pas uniquement penser à mettre son bac de recyclage au bord du chemin une fois par semaine; ce n’est pas seulement signer une pétition pour sauver les bélugas; ce n’est pas que regarder Le Dernier Continent de Jean Lemire et blâmer les gouvernements de faire si peu. La plupart des mesures qu’on nous propose sont de l’ordre de la réparation, ce qui nous permet de garder notre train de vie, donc de consommer tout autant. Parce qu’il faut agir rapidement, parce qu’on est en état d’urgence, parce que les gouvernements font l’autruche et agissent au pas de tortue, il nous faut, nous, réfléchir à notre façon de vivre. Je crois réellement que nous réussirons à sauver la planète, pas seulement à coups de pétitions, de militantisme agressif et de grands discours, mais surtout en révisant notre style de vie personnel. Avoir une conscience planétaire ne peut nécessairement pas s’effectuer sans un éveil individuel. « C’est pourquoi, si nous voulons arriver à harmoniser nos relations avec la nature, nous devons d’abord et avant tout changer nos sociétés pour qu’y cessent la domination et l’exploitation entre les hommes, qui se traduisent inévitablement par les mêmes attitudes à l’égard de la nature2 », d’affirmer Serge Mongeau. Malheureusement, cette phrase écrite en 1994 est toujours de mise.

Bien sûr, on peut continuer à se culpabiliser, à s’autoflageller ou on peut tout simplement baisser les bras parce que le défi nous semble trop grand. Par contre, quand des parents se préoccupent d’acheter de la vaisselle réutilisable, pour une activité scolaire, afin d’éliminer l’utilisation de couverts en styromousse; quand un pharmacien est fier de me dire qu’il a réduit son volume de déchets et augmenté son volume de recyclage de 80 %; quand mon propre enfant de 5 ans s’indigne des déchets laissés sur le bord du chemin par des individus plus qu’irresponsables ou qu’il m’indique que j’ai oublié de fermer la lumière dans une pièce où je ne suis pas, eh bien!, cela me rassure de constater ces avancées en matière de conscience sociale. Il faut continuer à s’investir, à éduquer, à être des modèles aussi (sans tomber dans la vertu, ma foi!), car j’ai la conviction qu’un-petit-geste-à-la-fois3 permettra que tous ensemble on fasse beaucoup.

La période des Fêtes en étant une de surconsommation, beaucoup d’occasions nous seront offertes de nous questionner sur les impacts de nos gestes au quotidien : ce qu’on peut ou non recycler, ce qu’on peut récupérer, ce qu’on peut réparer, ce qu’on peut troquer, ce qu’on peut éviter d’acheter.

Il fut un temps où Noël représentait la naissance du Christ; c’était un temps pour réfléchir à sa spiritualité. Certains ont la nostalgie d’antan, ils se souviennent des tablées gorgées de victuailles et saupoudrées de rires d’enfants. Ils sont de moins en moins nombreux, ces nostalgiques. Aujourd’hui, cette période correspond à une course aux emplettes. Après Noël, l’énergie est à son plus bas et le portefeuille, à plat. Nous sommes de plus en plus nombreux à être des consommateurs pas toujours avertis. Chaque année, moi aussi, je me laisse entraîner par le traîneau du père Noël. Avec de jeunes enfants aux yeux pétillant de joie et de désir, comment résister? Ici, une réflexion s’impose. Ces jouets fabriqués de plastique résistant (à base de pétrole ou en PVC, substance nocive pour les enfants) ne sont pas toujours recyclables. Comme vous le savez, ces jouets ont une durée de vie limitée et sont difficilement réparables. Il faudrait donc en vérifier la composition, mais surtout la provenance. Et si les lutins de ce cher père Noël étaient des enfants aux yeux brillant de fatigue attablés douze heures par jour à fabriquer des jouets dont ils ne profiteront jamais, en achèteriez-vous?

Les flocons tombent doucement sur mon vert sapin et la nostalgie d’antan me presse de vous inviter à revenir à l’essentiel.

L’auteure est présidente d’Échofête, festival environnemental à Trois-Pistoles

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Notes:

1. François Pelletier, La consommation, Réseau québécois de la simplicité volontaire, 2007.

2. Serge Mongeau, L’écosophie ou la sagesse de la nature, Montréal, Éditions Écosociété, 1994, p. 23

3. Titre d’une campagne d’Équiterre.

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