
Après presque un an d’incertitude sur l’avenir des services de santé d’urgence pour les communautés de Trois-Pistoles et de Pohénégamook, le CISSS du Bas-Saint-Laurent est sorti de son mutisme par la publication d’un communiqué de presse laconique le 20 novembre dernier. Dans ce communiqué rédigé en novlangue, le docteur Christophe Carvalho affirme sans s’expliquer que le statu quo n’est plus une option pour le maintien des services d’urgence dans ces deux secteurs dans le contexte du manque de main-d’œuvre. Du même souffle il dit vouloir consulter les acteurs du milieu et la population pour définir un nouveau modèle de soins plus adaptés et surtout moins coûteux.
Donc selon le docteur Carvalho, c’est la pénurie de main-d’œuvre qui serait en cause dans cette décision de remettre en question les soins de proximité pour ces deux communautés en périphérie des grands centres. Pourtant selon les intervenants que j’ai pu interpeller sur cet enjeu et ceux qui se sont exprimés sur la place publique, cette pénurie dont on nous parle ne serait pas directement en lien avec le manque de personnel de soins pour maintenir les deux urgences ouvertes. Ou plus simplement on ne manquerait pas de médecins, d’infirmières et de personnel de soins pour opérer les deux urgences. Alors où est le problème?
Pour bien déchiffrer ce que le PDG du CISSS nous dit dans son langage hermétique, il faut comprendre la situation difficile dans laquelle se retrouvent actuellement les administrations régionales en santé. Il semble encore difficile pour ces organisations de recruter du personnel en quantité suffisante, ce qui les oblige à avoir recours à de la main-d’œuvre d’agence de placement de personnel. Encore cette semaine Radio-Canada rapportait que la région manquait de pharmaciens d’établissement pour répondre aux besoins de la population. Le CISSS doit donc faire appel à des pharmaciens dépanneurs qui leur coûtent entre 50 % et 75 % plus cher qu’un salarié de l’État.
Ces dépenses additionnelles viennent alourdir le déficit d’opération du CISSS du Bas-Saint-Laurent qui totalisait plus de 38 millions de dollars en mars 2025, dont 30 millions sont directement imputables à l’embauche de personnel d’agence, ou selon le jargon par le recours à la MOI (main-d’œuvre indépendante). On annonce un déficit de 15 millions additionnels pour l’exercice au 31 mars 2026.
Le gouvernement avait pourtant autorisé les déficits liés à l’embauche de MOI avant de se raviser et d’exiger que les CISSS prévoient des mesures pour éponger le montant entier du déficit. C’est dans le plan de contingence présenté à Santé Québec, ce sous-traitant privé du ministère de la Santé, que se retrouvent les coupes de services pour les urgences des hôpitaux de Trois-Pistoles et de Pohénégamook.
On veut donc faire payer le prix du recours au personnel d’agence en coupant dans les services de proximité des citoyens. Cela est de l’ordre de l’évidence. Que la ministre responsable de la région Amélie Dionne ne veuille pas l’admettre et refuse de s’engager à leurs côtés ne change rien au fait que la population de ces deux communautés voit clair et sait déchiffrer les mensonges, même quand ils sont alambiqués et dans un langage peu compréhensible. Et n’en déplaise à la ministre Dionne, nous avons une compréhension parfaite de la situation et nous parlons ensemble d’une même voix forte et solidaire : médecins, syndicats, organismes communautaires, élus et population sont déterminés à ne pas perdre leurs services de proximité.
Consultations, piège à cons?
Heureusement, les populations de Trois-Pistoles et de Pohénégamook n’attendent pas le soutien de leur députée ou de leur CISSS pour se mobiliser et exiger que les services de soins de santé de proximité soient maintenus et même bonifiés, afin qu’ils répondent adéquatement aux nouvelles réalités du vieillissement de la population. Cette mobilisation se poursuivra pendant le processus de consultation annoncé par le CISSS pour le début de l’année 2026.
Il faudra cependant que ces consultations s’élargissent pour trouver des solutions durables à la pénurie de main-d’œuvre. Pourquoi est-il plus attrayant pour un travailleur de la santé d’œuvrer au sein d’une agence de placement de personnel plutôt qu’au sein du réseau public de santé? Est-ce possible de valoriser la contribution des ressources essentielles pour les attirer et les retenir chez nous? Il me semble que le CISSS, Santé Québec et ce qu’il reste du ministère de la Santé qui n’est pas encore privatisé devraient placer ces questions en priorité. Mais peut-être que je ne comprends pas bien?


