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Le français au Québec : un double enjeu

Par Rosalie Pinho le 2025/05
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Le français au Québec : un double enjeu

Par Rosalie Pinho le 2025/05

            Source inépuisable de débats, la question du français au Québec repose sur ce que l’écrivaine Lise Gauvin a appelé une « surconscience linguistique ». Cette « surconscience linguistique » est la conséquence directe du statut minoritaire du français en Amérique du Nord et de « l’insécurité linguistique » prenant entre autres forme à travers notre relation ambiguë avec la France depuis la fin du XIIIe siècle. Lorsqu’il est question du français au Québec, deux enjeux primordiaux ne cessent de s’entremêler dans le discours, alors qu’il faudrait les séparer : le déclin de l’utilisation courante du français et la qualité de ce dernier. Alors que le premier est une question a priori démographique, le second est une question linguistique.

            Il y a deux ans, le 15 mars 2023, le ministère de la Langue française diffusait pour la première fois sa publicité mettant en images un faucon pèlerin, « cet oiseau de proie vraiment sick », qui se concluait par le message suivant : « Au Québec, le français est en déclin. Renversons la tendance. » Alors que le ministre Roberge s’était réjoui du retentissement de cette publicité visant à conscientiser les Québécoises et les Québécois quant à leur utilisation d’anglicismes, plusieurs avaient plutôt souligné que le ministère faisait fausse route en instrumentalisant la qualité du français au profit du déclin de l’usage de ce dernier. D’autres avaient critiqué le fait que la publicité pointait du doigt les jeunes par son utilisation de mots tels que chill, insane, sketch, watcher, alors qu’il est tout à fait normal qu’une sous-communauté linguistique (et par le fait même identitaire) se crée chez les jeunes, sous-communauté qui n’est d’ailleurs par seulement imprégnée d’emprunts à l’anglais, mais également à l’arabe et au créole haïtien. Cette publicité trahit simplement notre obsession des anglicismes, justifiée par la position géographique du Québec et notre peur historique de l’assimilation.

            Alors qu’en 2022 l’Office québécois de la langue française (OQLF) notait que l’utilisation du français était stable dans l’espace public depuis les 15 dernières années, ce qui est pour plusieurs linguistes le premier indicatif de la « santé » d’une langue, on pourrait certes lister une panoplie d’autres statistiques, dont certaines montrent le déclin de l’utilisation du français, tandis que d’autres démontrent son état de stabilité ou même d’ascension. Quel est alors le rôle du gouvernement en matière de linguistique, outre mettre temps, énergie et argent dans une publicité de mauvais goût? Est-ce l’adoption de la loi 14 (PL96), extension de la loi 101, qui restreint le taux de francophones qui peuvent fréquenter les cégeps anglophones? Est-ce vraiment par le biais d’une dynamique restrictive que les jeunes seront enclins à chérir la langue française? Hugo Saint-Amant Lamy, professeur de linguistique au Département des lettres et humanités de l’Université du Québec à Rimouski, rappelle que « la défense du français ne peut tout simplement pas être légitimement imposée par le haut s’il n’y a pas de volonté populaire derrière ». Cette volonté concernant le devoir commun vis-à-vis du français n’est-elle pas brimée chez les jeunes par l’attitude négativiste de notre gouvernement à l’égard de leur langue?

Il est alors impératif de se poser la question suivante : arriverons-nous un jour à surpasser cet état « d’insécurité linguistique » et à non plus avoir recours à la réglementation comme première arme de défense du français, mais bien à le mettre en valeur comme bien commun par le biais de la culture, qui, comme nous le savons, est en crise au Québec? À Rimouski, dans les dernières semaines, le Musée régional et le Carrousel international du film ont fermé définitivement leurs portes. Que le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) soit de 0,15 % du budget de l’État représente une position politique nette : la culture n’est pas prioritaire pour la CAQ. Politique et situation du français sont indissociables et Hugo Saint-Amant Lamy souligne sur ce point « qu’améliorer les conditions socioéconomiques d’un groupe permet d’augmenter le statut de la langue qu’il parle ». Considérant la précarité économique à laquelle le Québec a déjà commencé à faire face, n’est-il pas primordial de financer notre culture (et ainsi notre langue et notre identité) et de rendre accessibles nos archives culturelles afin que l’on puisse renverser la tendance?

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