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Un cas régional qui reflète la tendance au manque de confiance envers les institutions : « Manifestation » devant les locaux de Radio-Canada le 16 octobre 2024

Par Aimée Lalonde le 2024/10
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Un cas régional qui reflète la tendance au manque de confiance envers les institutions : « Manifestation » devant les locaux de Radio-Canada le 16 octobre 2024

Par Aimée Lalonde le 2024/10

Le présent article ne vise pas à informer sur la situation israélo-palestinienne, mais plutôt sur les regroupements qui adhèrent à une cause pour signifier leur manque de confiance à l’égard d’une ou de plusieurs institutions, dont celle des médias.

16 octobre 2024. C’est un matin pluvieux et venteux. Une dizaine de citoyen.ne.s sont devant les locaux de Radio-Canada, à Rimouski. Les messages qu’ils et elles brandissent sont les suivants : « Palestine Libre », « Génocide », et autres.

Après quelques clichés, je m’approche du groupe avec une question simple en tête : « Quelles sont vos revendications ? »

Une sirène retentit. Il ne s’agit pas de la police, qui se trouve à proximité, mais de celle des manifestants. Ils sont une quinzaine. Les manifestants frappent aux vitres des locaux de Radio-Canada. Je fais signe à un manifestant de se rapprocher. Celui-ci accepte un court échange enregistré qui se déroule comme suit :

A-L : Nous sommes le 16 octobre. Vous êtes présentement devant les locaux de Radio-Canada.

Manifestant : Oui, à Rimouski. [inaudible]. On est là pour parler du génocide en Palestine et de l’occupation en Palestine d’un état voyou qu’est l’état d’Israël. On est là pour revendiquer et pratiquer notre liberté de manifester contre l’état voyou d’Israël et ses mesures d’apartheid.

A-L : Et pourquoi avoir choisi les locaux de Radio-Canada ?

Manifestant : Ce sont les locaux de Rimouski, mais en fait on parle d’un problème national de biais médiatiques. Quand un palestinien est tué ou assassiné, on va dire qu’une frappe aérienne a causé des blessés ou qu’il y a des décès collatéraux en territoire palestinien, mais on ne dit pas « Israël a lâché une frappe aérienne qui a assassinée des civils, des femmes et des enfants ».

A-L: Donc… Vous trouvez la couverture médiatique…

Manifestant : En général, il y a des biais et des lignes éditoriales qui font que le mot « génocide » doit être évacué. [inaudible] Il faut le dire plus souvent et ça c’est pas assez dit souvent, ça c’est clair.

A-L : Un dernier mot ?

Manifestant : J’invite la population à poser des gestes que ce soit des manifestations ou appeler des élus. […]

Un propos me marque particulièrement, soit celui du manque de confiance envers les institutions, plus particulièrement envers les médias. Le rapport « La confiance à l’égard des institutions et des médias, 2023 » de Statistiques Canada révèle que :

 « La confiance à l’égard des institutions et la confiance à l’égard des médias sont interdépendantes, bien que les deux concepts diffèrent quelque peu. La confiance à l’égard des institutions correspond généralement au rendement d’une institution, alors que la confiance à l’égard des médias est plutôt liée aux attentes et aux perceptions d’une couverture véridique et impartiale. » (STATISTIQUES CANADA, 2023, p.4, La confiance à l’égard des institutions et des médias, 2023 (statcan.gc.ca)).

Un point soulevé par le manifestant interrogé que nous pouvons observer est que sa perception de la couverture médiatique, dont celle de Radio-Canada, lui semble « biaisée ». Est-ce pour autant la vérité ? Chose certaine, le Canada et plusieurs pays se heurtent à un manque de confiance grandissant envers les institutions. Gérard Bronner, Professeur de sociologie à l’université de Paris-Diderot, membre de l’Académie des technologies et de l’Académie nationale de médecine, soulève dans le cadre d’un Balado intitulé « Sciences, savoir et sociétés (Parti 1) : Paradoxe des discours sur les sciences en démocratie » de la Chaire du CIRCEM plusieurs constats quant à nos sociétés hyperconnectées. Premièrement, il soulève que « On a jamais eu autant d’informations à notre disposition » et le taux d’éducation augmente. Par ailleurs, nous dit-il, « le surgissement soudain dans notre histoire des mondes numériques [..] est la variable la plus significative pour expliquer cette situation paradoxale ». Plusieurs modèles explicatifs et scientifiques du monde social que l’on habite existaient avant le surgissement des mondes numériques et nous permettaient (outre les « murs sociaux ») d’accéder à une vérité plus scientifique et nuancée du monde. Cependant, avec le surgissement des mondes numériques et la concurrence du « marché libre des idées », Bronner nous explique que cela n’aboutit pas à la concrétisation de l’espoir du Siècle des lumières, soit à celui des « sociétés de connaissance ». Au contraire, nous dit-il, ce « marché cognitif » ne répond pas aux règles espérées. C’est la « domination du vraisemblable sur le vrai ». Plusieurs pièges existent, dont, celui de confondre la notion de causalité (l’un cause l’autre) à celle de corrélation ou même d’adhérer au biais de confirmation. Les théories conspirationnistes (ou tout produit de « crédulité ») qui trouvent terreau fertile sur les mondes numériques « donnent un sentiment de soigner des blessures identitaires ». Certaines personnes, nous dit Bronner, ont le sentiment d’être du côté des perdants et ce sont ceux-ci qui tendent à avoir moins confiance en les institutions. D’ailleurs, cela rejoint le rapport de Statistiques Canada (2013) mentionné ci-haut qui souligne que « Les Canadiennes et Canadiens qui ont des préoccupations financières ou liées à la santé sont plus susceptibles de déclarer avoir une faible confiance à l’égard des institutions et une faible confiance à l’égard des médias » (p.5). Me vient alors la question suivante :

Sommes-nous en train d’exporter (ou d’appliquer) nos problèmes sociaux vers d’autres nations tout en oubliant le contexte historique propre à chaque région ?

RÉFÉRENCES :

Sciences, savoirs et sociétés (Partie 1) : Paradoxe des discours sur les sciences en démocratie – Audio player (transistor.fm)

La confiance à l’égard des institutions et des médias, 2023 (statcan.gc.ca)

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