
L’artiste derrière le P’tit Belliveau s’appelle Jonah Guimond. Par son nom de scène, il voulait rendre hommage à son grand-père maternel, le Grand Belliveau de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse. « Il m’a appris beaucoup d’affaires, manière comme un père va t’apprendre comment charpenter pis travailler le métal, jardiner. » Ces habiletés lui servent aujourd’hui dans ses nombreux projets qui ne touchent pas que la musique.
Les grenouilles et les abeilles
P’tit Belliveau s’est produit en spectacle à l’Université Sainte-Anne, où j’enseignais cet été. J’ai pensé lui dédier un article sachant qu’il performerait à Rimouski en novembre.
Quand je suis arrivée pour l’entrevue, je l’ai trouvé pieds nus dans son jardin. Il creusait un étang derrière sa maison pour créer un environnement propice aux grenouilles. Ces amphibiens mangent les mouches. Grâce à eux, il y en a « zéro zéro » chez lui, pas de moustiques non plus, bien qu’il habite dans le bois. Si ses musiciens et lui portent un chapeau de grenouille sur scène, ça n’a rien à voir avec la vieille insulte de French Frog. Guimond aime les grenouilles; il en a même une de tatouée sur l’avant-bras.
Jonah Guimond parle de ses projets avec enthousiasme, il me fait visiter son potager. Là un jeune bananier, là une plante comestible. Il m’est tout de suite sympathique. Il veut faire pousser des arbres fruitiers. En attendant, il plante des fleurs pour attirer les pollinisateurs. À un moment pendant l’entrevue, il bondit pour chasser un quiscale bronzé. « Les grackles attend que le blé d’Inde pousse haut comme ça, pis ils les piquont et les mangeont, c’est tannant. Je veux créer de l’abondance pour pouvoir partager, but si qu’y mangent les graines qui ont même point poussé, y’a point d’abondance pour personne. » Il aime son jardin, les animaux qui lui rendent visite, la mer. Son territoire et les gens qui l’habitent lui ont inspiré plusieurs chansons, dont L’église de St. Bernard, dans laquelle il déplore sa désacralisation depuis 2022. Elle est maintenant devenue un point de rencontre pour les ornithologues amateurs : des nuées de martinets ramoneurs y entrent par la cheminée les soirs de printemps.
L’authenticité
Le grand choix dans la carrière du P’tit Belliveau a été de ne pas quitter son coin de pays. Les musiciens déménagent à Montréal s’ils veulent percer. « On assume qu’on va être plus heureux en ville, mais en réalité, c’est point sexy. » Selon lui, on a besoin de simplicité, de modestie, de réduire le stress. La recherche du bonheur dans notre société de consommation est d’ailleurs un thème [NL1] récurrent dans ses textes : il invite les gens à se questionner sur leur situation, à se demander ce qui les comblerait réellement. Évidemment, vivre en campagne n’est pas une réponse universelle, mais il ne faut pas croire qu’on sera plus heureux en ville juste parce qu’il y a plus à faire. À la Baie, on voit les étoiles la nuit et [NL2] Jonah Guimond sait y cultiver son bonheur.
P’tit Belliveau reste fidèle à sa voix, à son accent acadien. Il assume son côté weird, qu’il twiste pour atteindre les gens « moins weird que lui ». Il planifie sa tournée et négocie ses contrats. Se voir réussir dans le domaine de la musique le rend fier. « En région, on n’a pas quelqu’un pour tout faire», dit-il, prônant la polyvalence. Habiter loin d’un centre urbain ne limite pas nécessairement ses possibilités : selon lui, tout peut se régler par courriel ou par téléphone.
La délégation acadienne
Jonah Guimond crée à son rythme. Il compose seul ses pièces, mais déteste faire des spectacles solos. En tournée, il se fait accompagner d’autres musiciens de sa région pour faire danser la foule, car il faut que ça bouge – et il réussit son pari! À ses côtés, on verra le batteur Normand Pothier, également membre du groupe acadien Peanut Butter Sunday et le bassiste Adam Coulstring, qui produit de la musique romantique électronique sous le nom de Jalapeño Papa. Guimond s’entoure aussi de deux anciens membres du groupe acadien Cy : le pianiste Jacques Blinn, qui forme une relève locale dans son studio en Clare, et le guitariste Guyaume Boulianne, qui vient de publier Nâ, un recueil d’histoires et de légendes de la Baie Sainte-Marie, aux éditions Prise de parole. Quelle chance nous avons, d’accueillir P’tit Belliveau et sa délégation de talents acadiens à Rimouski!
Alors allons danser le 16 novembre prochain à la Coop Paradis. De toute façon : « Vaut point la peine de s’trafiquer su’l stuff qu’on peut point changer » et le lendemain, on réfléchira sur ce qu’on peut effectivement changer pour rendre notre vie meilleure.
[NL1]Ou
un thème récurrent dans ses textes
[NL2]À la Baie, on voit les étoiles la nuit, c’est un endroit magnifique, et Jonah Guimond sait y cultiver son bonheur.


