Actualité

Le soin des choses

Par Mathieu Perchat le 2024/01
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Le soin des choses

Par Mathieu Perchat le 2024/01

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Le 9 décembre, une conduite principale d’eau potable a subi un dommage important dans le secteur de la montée Industrielle-et-Commerciale à Rimouski. À la suite du dimanche, la conduite a été réparée.

Cet évènement peut sembler anodin, mais il révèle pourtant un aspect essentiel qui constitue nos vies : l’entretien, la maintenance et la réparation de nos objets qui composent notre monde.

Les activités de maintenance sont avant tout des activités d’arrière-plan, très peu visible lorsqu’on ne fait que passer, car elles sont très banales. Alors qu’elles se manifestent chez un regard attentif, car ces activités de maintenance nous entourent quotidiennement. Cependant, elles portent un une signification politique : entretenir les choses, c’est vouloir contrer l’usure des choses par une action actuelle, présente. Cela sans autre but que la préservation des choses dans l’efficacité de leur utilisation. Ainsi, de nombreuses personnes travaillent à entretenir la normalité du quotidien par leur effort.

Fragilité et maintenance

Il existe une distinction importante entre la maintenance et la réparation. La réparation a lieu lors d’un évènement extraordinaire, comme le bris d’une canalisation, alors que la maintenance se situe dans le non-évènement, dans le maintien du routinier. « Le travail de maintenance est sans fin […]. Il génère la continuité, il la cultive » (Denis, Pontille, 2022, p. 51).

Ce que la maintenance fait apparaitre, c’est la fragilité des choses que l’on croit résistantes, comme un mur. En effet, cet acte de maintenance mobilise les sens de la personne pour déceler les vulnérabilités, les mouvances, ou encore les transformations infimes. Une expérience de la fragilité est alors expérimentée par ces personnes grâce à leur perception aiguisée : « la vue, certes, mais aussi le toucher, l’odorat et l’ouïe sont nécessaires pour se rendre disponibles à la manifestation de signes inattendus » (Denis, Pontille, 2022, p. 125).

Or, souvent dans nos sociétés, cet espace des choses est souvent nié.

La lutte pour les maintenir

Pourtant, il ne faut pas aussi tomber dans la romantisation de la maintenance « où les humains s’occupent des choses en harmonie avec elles » (Denis, Pontille, 2022, p. 142).

En effet, certaines activités de maintenances dégradent elles-mêmes la chose à entretenir. Par exemple, lorsqu’il s’agit de nettoyer un mur de ses graffitis, l’utilisation des produits dégrade les murs petit à petit.

Cette danse de la maintenance nécessite alors une connaissance aiguisée des choses, pas tant intellectuelle que sensitive : en la maintenant à travers des périodes trop espacée, et l’objet se dégradera de de manière irrémédiable ; sur des fréquences trop rapprochées et les objets s’useront, autant que les personnes qui réaliseront cet entretien. Une question de rythme, de tempo ou de temporalité a alors une importance cruciale.

Pourtant, la dégradation, l’usure de l’objet est inévitable. La maintenance, aussi efficace soit-elle ne produit qu’un ralentissement. Et parfois, ce sont « les choses elles-mêmes qui durent plus longtemps que prévu » (Besençon, 2022).

La maintenance est parfois empêchée, car faire durer dans le temps l’objet ne convient pas. On le constate à travers l’obsolescence programmée, qui se manifeste par des logiciels qui empêchent toute réparation matérielle, ou encore une impossibilité d’accéder au matériel interne. 

C’est pourquoi la maintenance est une affaire politique, car le soin des choses devient superflu dans une culture de la consommation qui obsoletise rapidement ses propres produits.

La maintenant est alors une pratique du maintien de la continuité des choses dans notre quotidien. Ce sont de multiples personnes qui œuvrent et luttent pour la préservation de l’existence de ces objets, parfois au détriment de leur propre corps.

Sylvain Besençon, « Jérôme Denis, David Pontille, Le soin des choses. Politiques de la maintenance », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 22 novembre 2022, consulté le 12 décembre 2023. URL : http://journals.openedition.org/lectures/58828 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lectures.58828

Jérôme Denis, David Pontille, Le soin des choses. Politiques de la maintenance, Paris, La Découverte, coll. « Terrains philosophiques », 2022, 368 p

(Denis, Pontille, 2022, p.

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