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La maison des communs du savoir

Par Mathieu Perchat le 2023/10
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La maison des communs du savoir

Par Mathieu Perchat le 2023/10

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Du 14 au 21 octobre dernier, les villes du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ont célébré la 25e édition de la Semaine des bibliothèques publiques du Québec ! Une thématique particulière était à l’honneur, celle de l’évolution du rôle social des bibliothèques publiques dans une communauté.

Une bibliothèque dans une ville peut apparaitre comme banale, mais elle offre pourtant un service essentiel et parfois sous-estimé, voire ignoré. Elle permet un accès et un partage libres des connaissances, de la culture et des informations, cela dans le but de faciliter l’émerger de développements sociétaux.

La question est de savoir si nos bibliothèques publiques sont vraiment des communs du savoir ?

            La bibliothèque, vraiment un commun ?

À première vue, on serait tenté de répondre par l’affirmatif, car une bibliothèque concentre le partage de ressources informationnelles matérielles et/ou immatérielles dans une communauté (Dujol, 2017). Cet accès sort les ressources de la sphère marchande pour la placer dans un usage collectif partagé. Un ensemble de règles et de pratiques encadre ces échanges pour pérenniser l’usage collectif de ses ressources dans le temps.

Pourtant, toutes ces ressources appartiennent à la puissance publique, ce qui les empêche d’être considérées comme des biens communs. Car un bien commun est par définition extrait au régime de la propriété privée ou de la propriété publique (Dujol, 2017). Seul le patrimoine entreposé dans des bibliothèques publiques est véritablement considéré comme un bien commun à part entière.

Ainsi, les biens que possède une bibliothèque publique ne sont pas des ressources communes, car elles ne sont pas gérées collectivement, et les règles et usages sont édictés par une gouvernance et non par les utilisateurices. C’est lorsque les règles et la gestion sont régulées par la collectivité qui les ressources sont considérées comme communes.

Par la connaissance de cette limite, de nombreuses bibliothèques intègrent la participation active des usagers dans la vie et la gouvernance de l’établissement.

Même si ces bibliothèques ne peuvent pas être considérées comme des communs, elles participent à garantir le développement et le partage de la diffusion des savoirs par l’accessibilité (Dujol, 2017). Pour qu’une bibliothèque deviennent un commun du savoir, il faut qu’elle soit instituée par un collectif, à l’image des bibliothèques citoyennes qu’on voit émerger un peu partout.

            Un lieu commun sous certaines conditions

Une bibliothèque participe à une bienveillance publique en mettant à disposition des ressources accessibles à toustes, cela sans restriction d’usage. Cette bienveillance publique ne se limite donc pas à s’assurer l’accès et le partage des ressources, la bienveillance se traduit par cette volonté de maintenir dans chaque individu son désir de participer à la vie culturelle.

Le lieu qu’est une bibliothèque est alors l’un des rares services publics dans lequel peut se déployer une action collective participative, transparente et inclusive (Dujol, 2017).

Bien entendu, pour être participative, transparente et inclusive, elle doit adapter son espace aux horaires des usager.es, considérer la question de la mobilité ou encore l’offre d’un accès à internet ouvert et non bridé. Dans ces conditions-ci, la bibliothèque devient alors « un espace public, que l’on pourrait appeler plus largement un espace commun » (Dujol, 2017).

« Les bibliothèques publiques s’affirment ainsi comme des maisons de proximité des communs du savoir où les citoyens qui la pratiquent imaginent et construisent l’espace politique des communs et en deviennent les gardiens vigilants » (Dujol, 2017).

Dujol, Lionel. « La bibliothèque, une maison des communs du savoir », Lionel Dujol éd., Communs du savoir et bibliothèques. Éditions du Cercle de la Librairie, 2017, pp. 35-38.

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