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L’éthique et le tourisme : une rencontre

Par Mathieu Perchat le 2023/07
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L’éthique et le tourisme : une rencontre

Par Mathieu Perchat le 2023/07

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

                En cette saison estivale, un plus grand engouement pour les pays outre-mer, et plus particulièrement pour l’ancien continent, se prédit des habitudes des habitant.es de la région BSL et Gaspésie (OMT, 2023).

Seulement, les voyages ne se limitent pas à la saison estivale. Avec une capacité de mobilité croissante et une organisation temporelle du travail spécifique, les durées de séjour se sont raccourcies et les vacances se sont vues fractionnées. Ce qui entraine un changement dans l’utilisation des différents moyens de transport. L’automobile a souvent été privilégiée, mais sa part diminue au profit de l’avion, en raison des changements de choix de destination.

Mais le choix des séjours n’est pas le seul facteur expliquant ce changement, le développement des compagnies aériennes low cost est un facteur non négligeable, de plus en plus de touristes visitent les pays étrangers. Ce qui veut dire que le tourisme actuel produit la possibilité pour une plus grande partie de la population d’entrer en contact avec l’altérité, la différence.

Le tourisme a alors une forte composante avec l’éthique. D’une part, par cette rencontre avec l’altérité, et d’autre part par sa composante d’échange, d’hospitalité, d’ouverture et de préservation des espaces (Schéou, 2009). L’éthique est la traduction d’une volonté en un comportement basée sur le souci de l’autre et de l’ensemble du monde vivant.

                Être touriste dans un espace n’offre aucun droit supplémentaire sur ce lieu, ou une décharge de droit, quand bien même une forte somme a été délivrée pour accéder à ce lieu. Tout au contraire, séjourner dans un lieu en tant que touriste lui octroie une coresponsabilité sur ce lieu, et avec ses habitant.es durant son séjour (Schéou, 2009). Cette responsabilité n’est qu’une extension de la responsabilité que nous avons toustes envers les lieux dans lesquels nous habitons ordinairement. Et c’est par cette extension éthique que le et la touriste est responsable du lieu qui l’accueil et les fait vivre durant leur séjour.

Or, ce rapport éthique est loin d’être appliqué. Comme expliqué ci-dessus, le nombre de petits voyages éloignés a augmenté, faisant perdre le lien entre les touristes et les lieux qui les accueils (incluant les habitant.es locaux). Ce qui produit une réduction de la conscience environnementale.

Mais ces comportements qui s’éloignent d’une attitude éthique n’est pas forcément consciente ou qui proviendrait d’une mauvaise éducation (sauf pour certains comportements comme le tourisme sexuel ou autre). Malgré tout, ils entrainent souvent des attitudes parfois irrespectueuses, méprisantes ou néfastes vis-à-vis des lieux et de leurs habitant.es (Schéou, 2009).

Par exemple, vouloir offrir de l’argent ou autres biens à des personnes locales qui mendient est très souvent « néfaste, dénaturant l’échange, créant des dépendances et des besoins, suscitant la jalousie, la mendicité et la démobilisation » (Schéou, 2009). Pourtant, cet acte provient d’un sentiment sincère de culpabilité et une sensibilité à la souffrance d’autrui. Malgré leur sincérité, ces comportements irréfléchis entraînent presque toujours des conséquences désastreuses pour les locaux sur le long terme. Un.e tourisme éthique est donc celui qui ne donne pas, car son acte dégrade la société qui l’accueil.

                Ce que cet exemple illustre, c’est qu’être touriste, ce n’est pas seulement être un ou une consommatrice de lieu, c’est être surtout participer à la construction du produit touristique, à l’expérience qui sera vécue. Car la consommation du tourisme se fait en même temps qu’il est créé. C’est pourquoi la ou le touriste est tout autant responsable de ses actes commis en tant que touriste. L’éphémérité de sa situation ne l’exempte pas d’une position éthique.

« En tant qu’habitant temporaire d’un lieu, il devient coresponsable de ces lieux et de ses habitants. Il ne l’est pas plus que lorsqu’il est chez lui, mais autant. C’est pour cela qu’il est nécessaire de le préparer à assumer cette responsabilité » (Schéou, 2009).

Visiter un pays, c’est alors se mettre au courant de sa situation politique, économique et sociale, afin d’adopter les meilleures attitudes possibles et assumer sa part de responsabilité pour que les attitudes soient en accord avec le lieu qui accueil et contribué à son maintien. Cette prise de connaissance peut être juste superficielle.

Source

Schéou, Bernard. « Chapitre 3. Le tourisme », , Du tourisme durable au tourisme équitable. Quelle éthique pour le tourisme de demain, sous la direction de Schéou Bernard. De Boeck Supérieur, 2009, pp. 99-118.

Organisation mondiale du tourisme, Baromètre du tourisme mondial, mai 2023

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