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Parlons des grèves

Par Mathieu Perchat le 2023/03
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Parlons des grèves

Par Mathieu Perchat le 2023/03

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

                Suite au vote de grève prévu à l’UQUAR ainsi que la grève illimitée à l’Université de Laval, il est bon ton d’aborder une autre manière de revendiquer ses droits et des injustices subies. Cette alternative complémentaire se nomme la grève du zèle. Représentant un outil qui offre une possibilité de revendication dans d’autres contextes et pour des injustices autres, la grève du zèle est une réponse face à un surtravail ordinaire exigé implicitement par les employeurs. En effet, le surtravail est un phénomène présent dans chaque entreprise et organisation au point où il s’est imposé comme modèle dans notre société.

Les organisations à but non lucratif ne sont pas épargnées par ce phénomène, le caractère désintéressé financièrement, le manque de personnel dans ces milieux, ou encore l’abnégation dont la personne fait preuve dans ses tâches, amènent au surtravail. Ainsi, dans de nombreuses organisations, le surtravail fait partie intégrante de leur fonctionnement ordinaire.

Dans les entreprises, de nombreuses stratégies managériales poussent les employés à fournir toujours plus d’effort, qu’ils se donnent à 110%, ce qui dépasse largement ce que prévoyait leur contrat de travail. Par exemple, fixer des objectifs toujours plus élevés au fil des mois, et qui vont devoir être supérieurs à ceux de l’année précédente. On retrouve ici la valeur de la croissance infinie au cœur même de nos fonctions et métiers.

Au point où on met en avant notre emploi du temps surchargé, nous contraignant à n’avoir du temps pour rien d’autre que notre emploi.

Or, en raison de sa banalité, ce surtravail que chacune et chacun produit ne sera pas valorisé, reconnu, même financièrement. Bien au contraire, en surtravaillant tout le temps, on baisse notre valeur et celle de notre véritable travail qui ne mène pas à notre épuisement professionnel (et forcément personnel).

C’est face à cette exigence de la performance qu’une grève du zèle peut être employée. Mais « la grève de la performance ne constitue que l’une des modalités possibles du sabotage au travail. D’autres moyens existent pour résister, retrouver sa dignité et reprendre le pouvoir sur son travail » (Framont, 2023).

La grève du zèle

Ce type de grève consiste à réaliser uniquement les tâches qui sont dictées par le contrat de travail, ni plus, ni moins. Ce qui a pour effet à la fois de dénoncer ces tâches et de ralentir la production ; montrant par la même occasion l’exigence implicite de zèle.

La dénonciation des tâches cible précisément leur déconnexion avec la réalité du travail, car elles sont souvent conçues par des personnes des bureaux, n’ayant que peu de connaissances réelles de ce métier ; parfois, ce sont mêmes des entreprises extérieures (cabinets de conseils) qui produisent ces tâches, souvent inapplicables dans la pratique.

C’est la raison pour laquelle la grève du zèle peut aboutir à des résultats encore plus significatifs. En effet, ce type de grève piège les directions à leur propre jeu : « elles ne peuvent pas reprocher aux salariés d’appliquer les consignes ou de bien travailler. Elles sont prises dans leur propre contradiction du discours managérial si répandu de nos jours : “Faire mieux avec moins, et vite !”. ».

Ainsi, ralentir la production, refuser le surtravail, désorganiser les actions néfastes (si vous travaillez pour une entreprise pollueuse par exemple), dénoncer les agissements de sa direction et enfin détourner les outils et l’organisation du travail pour faire autre chose : à la fois une façon, individuellement, de retrouver sa dignité et, collectivement, de résister et de reprendre le pouvoir sur son travail.

Sources 

Nicolas Framont, « Comment réussir sa grève de la performance ? », Décrypter – Travail, 1 Mars 2023, https://www.frustrationmagazine.fr/sabotage-performance/

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