Actualité

Vivre ensemble

Par Mathieu Perchat le 2022/12
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Actualité

Vivre ensemble

Par Mathieu Perchat le 2022/12

L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Grâce à ses établissements scolaires supérieurs et son ambiance portuaire si particulière, Rimouski accueille une population très diversifiée. Et cela malgré le fait qu’elle soit située en région. La ville mobilise plusieurs organismes pour l’accueil, l’intégration et le vivre-ensemble comme La Sphère, ou encore AIBLS, sans parler de tous les évènements multiculturels organisés durant toute l’année.

Seulement, toute cette effervescence pourrait nous faire croire que le racisme est écarté. Or, comme on nous l’a dit dans les médias, le racisme est systémique et non direct. Ce petit article a pour ambition d’exemplifier cette expression, de l’expliquer et de montrer comment peut-on réussir à vraiment s’en écarter.

                Nous sommes tous des êtres d’habitudes, qui vont bien au-delà des petits rituels ponctuant nos journées. Ces habitudes sont en réalité ce mode pilote dans lequel nous entrons très facilement, et bien heureusement pour réaliser la majorité de nos tâches sans qu’elles deviennent des charges mentales. Ces habitudes intégrées sont ce que l’on nomme de l’inné, elles sont tellement intégrées, qu’on n’a pas besoin d’y penser, ce sont nos outils automatiques pour interagir aisément avec le monde. Mais ces habitudes ne se limitent pas à l’individu, elles se retrouvent aussi au niveau du groupe, que l’on appelle les normes sociales. Selon un large panel d’études, toutes ces normes sociales nous restent invisibles, sauf si une personne vient les briser ou en appliquer de nouvelles. On peut conclure que les normes et les habitudes sont comme un logiciel facilitant l’interaction sociale.

Les biais, la peur, les préjugés et les stéréotypes proviennent de ces habitudes ancrées en nous et dans notre culture. C’est sur eux que la dichotomie eux/nous se fondent, mais ce clivage n’est pas entièrement mauvais, il offre un sentiment d’appartenance sans se fonder sur l’exclusion. Accepter son inhérence à la nature sociale de l’humain est déjà un très bon début.

Un excellent indicateur d’habitudes qui excluent l’autre est l’émotion. Dans des situations chargées d’émotions, comme la brisure d’une norme sociale qui déstabilise, une division raciale ou ethnique est souvent invoquée pour retrouver un équilibre interne. On a souvent entendu cette phrase « oh, mais c’est normal, c’est dans leur culture… ». On n’apprend pas à se placer au niveau de l’individu, ni à entrer en lien avec, ni à comprendre son point de vue, ou à saisir la difficulté de notre norme-ci. Au contraire, l’exclusion permet de tout mettre sous le tapis en détruisant un lien pas encore né.

Les émotions, les habitudes (biais) et l’esprit de groupe représentent un obstacle de taille pour réaliser une inclusion. Ces trois éléments associés à notre histoire, à nos colonisations, notre politique et notre système économique se renforcent. Un statut social élevé ou bas en résulte selon l’identité sociale à laquelle nous appartenons. Mais, notre société valorise l’égalité et l’équité, ce qui a tendance à masquer les discriminations insidieuses en condamnant les formes flagrantes.

Par exemple, si l’on porte un nom de personne occidentale, nous avons 40 à 50% plus de chance d’être retenus sur le marché du travail qu’une personne d’une autre ethnie. L’accès au soin est favorisé si nous sommes blancs, et le risque d’être interpelé par la police est diminué. Ainsi, ce n’est pas tant un racisme qu’une discrimination systémique.

Dans une société égalitaire, il faut nommer, pointer et résoudre ces inégalités systémiques pour produire une équité entre les différents groupes qui la compose. Mais nommer, c’est prendre le risque de pointer qui détient le plus de pouvoir, risquant de creuser le fossé entre les groupes ethniques.

Pour revenir aux émotions, à l’esprit de groupe et aux habitudes, ce n’est pas tant le contact avec autrui que des stratégies de réadaptation, de désapprentissage et de réapprentissages qui sont à créer.  L’une des solutions est de se focaliser sur la compassion envers soi et autrui, dans le but de ne plus pointer les erreurs, les différences, mais au contraire de comprendre autrui, de se mettre en relation de compréhension. 

                Les organismes de Rimouski sont donc essentiels, voire fondamentaux pour créer un lien avec autrui, et dépasser ses habitudes sociales et ethniques. Car ils permettent de lier, de favoriser un rapprochement et un sentiment d’inclusion envers toute personne qui vient habiter avec nous, coconstruire cette place.

Sources :

Profil de la ville de Rimouski : https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/dp-pd/prof/details/page.cfm?Lang=F&Geo1=POPC&Code1=0709&Geo2=PR&Code2=24&SearchText=Rimouski&SearchType=Begins&SearchPR=01&B1=All&GeoLevel=PR&GeoCode=0709&TABID=1&type=0

Shakil Choudhury, Vivre la diversité. Pour en finir avec le clivage eux/ nous, 2018, Mémoire d’encrier, Montréal.

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