Le blogue du rédac

Criminaliser la richesse

Par Fred Dubé le 2022/08
Le blogue du rédac

Criminaliser la richesse

Par
Fred Dubé
le 2022/08

Rassurez-vous : les riches sont de plus en plus riches. C’est une excellente nouvelle. Si on a encore les moyens de se payer des riches, c’est que la société a un surplus d’argent à gaspiller.

La fortune des milliardaires a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population a chuté de 11 % ; le 1 % de la population possède 82 % de la richesse mondiale ; les 500 individus les plus riches au monde se sont appropriés plus de mille milliards de richesses produites par les classes laborieuses en 2019. Les inégalités actuelles sont comparables à celles enregistrées au sommet de l’impérialisme occidental au début du XXe siècle.1

Au Québec, les revenus des plus riches ont doublé durant les dix dernières années, alors que ceux du reste de la population n’ont augmenté que de 15 %. Les deux Canadiens les plus riches valent autant que 30 % des plus pauvres : vous savez ce que ça veut dire ça ? Si on les séquestre et qu’on les dépouille, Dieu ne s’en rendra même pas compte, il va faire son décompte le soir avant de se coucher et conclure : « Plus ou moins deux, c’est correct, bonne nuit. » Au Canada, pendant le confinement de la COVID-19, alors que la société était sur « pause », nos 44 milliardaires se sont enrichis de plus de 64 milliards. Lors de cette même période aux États-Unis, terre des libertés et de la plus grande démocratie du monde (LOL), les milliardaires se sont enrichis de près d’un trillion (mille milliards). Ce qu’il faut comprendre de ce maelström de chiffres, c’est que la fin du monde est rentable.

La richesse tue

Selon Oxfam, vingt des milliardaires les plus riches émettraient en moyenne 8 000 fois plus de carbone que le milliard de personnes les plus pauvres dans le monde.

Une centaine d’entreprises totalisent 71 % de la pollution planétaire annuelle.

Chaque année dans le monde, la pollution est responsable de 9 millions de morts. Selon une étude publiée dans The Lancet Planetary Health, les polluants de l’air, de l’eau et des sols causent trois fois plus de morts que le sida, la tuberculose et le paludisme.2

Ceci n’est pas une fatalité, mais des choix politiques. On pourrait facilement redistribuer les richesses et limiter la pollution. Donc, chaque humain qui meurt suite à ces injustices, c’est un meurtre.

La dette écologique des pays riches

Le Royaume-Uni émet plus de CO2 en deux semaines que l’Afrique pendant un an.3 Parmi les 20 États émettant le moins de GES de serre à l’échelle mondiale, 18 sont des pays pauvres d’Afrique, dont le Nigeria, le Kenya et le Zimbabwe, qui ne dépassent pas la tonne annuelle de CO2 par habitant. D’après le Global Carbon Atlas, il suffirait d’à peine cinq jours à un Britannique pour émettre la même quantité de carbone qu’un Rwandais pendant une année entière. (Le Québec émet plus de CO2 par habitant que le Royaume-Uni.) Autrement dit, un pauvre qui se fout de l’environnement pollue quand même moins qu’un riche écolo. C’est ça, l’injustice climatique : les pauvres des pays pauvres polluent le moins, mais subissent davantage les conséquences. Au final, ne serait-ce pas les pays riches du Nord qui auraient une dette envers les pays du Sud?

Dans le plus meilleur pays du monde, c’est la même dynamique. À Montréal, suffit de comparer les quartiers riches avec les quartiers pauvres. Ces derniers ont accès à un environnement moins sain, soit un air plus pollué, une eau insalubre, une canicule plus frappante et des vox-pop de Guy Nantel.

Chaque geste compte?

Vous aurez compris que ce texte n’est pas pour vous convaincre de recycler. Je ne vous ferai pas sentir coupable avec ça. Non seulement je m’en fous de votre recyclage, mais en plus, je suis contre. Le mirage du recyclage nuit aux combats écologiques. Faire disparaître les corps morts est un vieux truc de mafieux qui n’efface en rien le crime d’origine. Ce placebo vert nous déculpabilise de produire et de consommer parce qu’on s’imagine qu’en envoyant nos trucs en plastoc dans un bac vert, cela annule tous les effets néfastes ; que le contenu sera transporté dans une usine biomagique capable de transformer un deux litres de crème glacée en prothèse pour enfants soldats. Chaque geste compte ! C’est faux. Traire un acarien élevé en liberté pour boire du lait local, atchoumer dedans ton bac à recyclage au cas où t’aurais des bouttes de plastique dans ton organisme, coudre tes peaux de banane pour t’en faire un manteau style Silence des agneaux ou adopter un glacier pour rendre le monde meilleur, tous ces gestes n’amélioreront rien.

T’as beau te priver autant que tu veux à grands coups de p’tits gestes, chacun de tes efforts ne permettra qu’à ceux qui sont installés en haut de l’échelle sociale de polluer davantage. La populace se serre la ceinture pour donner du lousse à l’oligarchie. Pour juguler la pollution, c’est autour de leur cou qu’il faut serrer la ceinture. Là, on va mieux respirer. Pourquoi consommer dans un IKEA quand on peut voler dans Westmount ?

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